« 𝐏𝐨𝐮𝐫𝐪𝐮𝐨𝐢 𝐥’𝐞́𝐥𝐢𝐭𝐞 𝐚𝐟𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐩𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐬𝐨𝐧 𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐢𝐧𝐞𝐧𝐭 : 𝐥𝐞 𝐆𝐚𝐛𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐍𝐢𝐠𝐞𝐫 𝐞𝐧 𝐦𝐢𝐫𝐨𝐢𝐫
L’Afrique n’a pas besoin d’être sauvée de l’extérieur ; elle doit avant tout se défendre de l’intérieur.
Aujourd’hui, je veux parler d’une plaie que j’observe avec inquiétude : le pillage de nos États par nos propres élites. Deux exemples récents, le Gabon et le Niger illustrent à quel point l’appauvrissement de nos peuples passe trop souvent par la captation systémique des ressources publiques par une minorité puissante.
Au Gabon, le procès de Sylvia et Noureddin Bongo révèle des milliards de francs détournés ; au Niger, les affaires “MDN Gate” ou ”URANIUM Gate” montre comment la justice peut renoncer à ses responsabilités.
Deux visages d’une même corruption systémique, et un appel urgent à la justice réparatrice.
𝐈. 𝐋𝐞 𝐍𝐢𝐠𝐞𝐫 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝’𝐡𝐮𝐢 : 𝐮𝐧 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐞́ 𝐝𝐞 𝐬𝐜𝐚𝐧𝐝𝐚𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐦𝐩𝐮𝐧𝐢𝐬
Au Niger, plusieurs affaires majeures jettent une lumière crue sur les pratiques de certains dirigeants. L’« uraniumgate » en est l’un des plus emblématiques. Selon les enquêtes, des rétrocommissions liées à une vente d’uranium auraient profité à des proches du pouvoir, dont l’ancien président Mahamadou Issoufou, identifié comme “T3” dans certaines transactions.  Une plainte a même été déposée par la société civile. 
Parallèlement, le MDN Gate (ministère de la Défense) révèle des surfacturations et des détournements massifs dans des marchés militaires. D’après certains rapports, environ 78 milliards de FCFA seraient en jeu. Les nigériens dénoncent depuis longtemps l’impunité et l’absence de justice efficace. 
Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que, malgré les révélations, la transparence recule : un décret récent abroge la loi qui encadrait le contrôle des dépenses militaires, privant de facto toute possibilité de contrôle public réel sur le budget de la Défense.
Mais le moment le plus troublant demeure la décision de l’État nigérien de renoncer à se constituer partie civile dans ce dossier hautement politisé. Ce retrait de la partie civile, formalisé dans une transaction est interprété par de nombreux observateurs comme une manœuvre pour étouffer l’affaire, apaiser l’opinion ou éviter un procès plus visible.
Le constat est sans appel, un scandale majeur, pourtant documenté, mais sans poursuite judiciaire à la mesure de l’enjeu. L’absence de jugement ou de sanctions significatives envoie un message dangereux : le crime d’État, quand il est organisé au sommet, peut rester impuni.
Outre ces deux affaires, des personnalités du premier cercle présidentiel, ministres, proches du Cabinet, premières dames, sont citées dans d’autres scandales financiers, sans que la justice nigérienne ne parvienne à faire toute la lumière ni à sanctionner réellement. Ce déni n’est pas un détail : il traduit un échec institutionnel profond.
𝐈𝐈. 𝐋𝐞 𝐦𝐢𝐫𝐨𝐢𝐫 𝐠𝐚𝐛𝐨𝐧𝐚𝐢𝐬 : 𝐥’𝐚𝐥𝐞𝐫𝐭𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞
Au Gabon, l’ampleur des détournements mis au jour, ainsi que le procès désormais très médiatisé, suscitent une indignation légitime. Le peuple regarde, espère que la justice soit à la hauteur, non seulement pour punir, mais pour réparer. Ce que le Gabon nous rappelle, c’est que la justice peut être un levier, si elle est indépendante, courageuse, déterminée.
Le Gabon et le Niger nous montrent deux visages du pillage : celui, spectaculaire, d’un procès retentissant ; celui, plus discret, d’un compromis judiciaire. Mais le constat est le même : nos élites politiques continuent d’appauvrir nos nations, et la justice doit retrouver sa force, pas seulement pour juger, mais pour réparer.
Car, le danger vient précisément du fait que, dans le cas Nigerien, cette justice est souvent trop timide, trop instrumentalisée, ou simplement inefficace.
Tout se passe comme si la justice servait d’outil de communication : apaiser l’opinion plutôt que traduire en justice les véritables responsables.
Quand l’institution judiciaire renonce à défendre les intérêts supérieurs de la Nation, les élites continuent leur pillage impunément.
Je dénonce avec force cette faiblesse de la justice : elle ne peut pas être un simple décor dans le théâtre politique. Elle doit redevenir un rempart contre la corruption, un outil de réparation, et surtout, un moyen de protéger les ressources de l’État pour le bien de tous. Si l’Afrique veut vraiment s’émanciper, elle ne peut tolérer que quelques-uns vident les caisses pendant que la majorité souffre. La justice doit se lever, pas pour quelques-uns, mais pour le continent tout entier.
Je signe cette tribune de tout mon engagement : en tant qu’avocat, je plaide non seulement devant les tribunaux, mais aussi devant les consciences! »
Par Maitre Bachir

