Réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale : l’Afrique avance à deux vitesses
Réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale : l’Afrique avance à deux vitesses
NIAMEY, 27 octobre : La Voie du Sahel
Du 13 au 18 octobre, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du monde entier se sont réunis pour les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale.
Un rendez-vous décisif qui révèle des économies africaines contrastées : certaines résistent, d’autres s’enfoncent.
Croissance soutenue au Bénin et en Côte d’Ivoire
Malgré un contexte mondial tendu — Covid-19, guerre en Ukraine, inflation — l’Afrique continue de surprendre.
Le FMI prévoit une croissance de 4,1 % en 2025 pour l’Afrique subsaharienne, et la Banque mondiale table sur 3,8 %, en hausse par rapport à 2024.
Le Bénin (7,3 %) et la Côte d’Ivoire (6,3 %) figurent parmi les champions de cette reprise.
Selon le FMI, ces pays bénéficient de politiques économiques crédibles et d’une transparence budgétaire accrue, facteurs clés de la confiance des investisseurs.
Des réformes qui portent leurs fruits
Au Bénin, la gestion rigoureuse des finances publiques a amélioré la note du pays sur la scène africaine.
En Côte d’Ivoire, la politique de transformation locale de l’anacarde a permis de créer 18 000 emplois, soutenant la croissance inclusive.

Par ailleurs, la fibre optique déployée au Bénin a généré jusqu’à 7 % d’emplois supplémentaires, selon la Banque mondiale.
Autant d’exemples qui illustrent une Afrique résiliente, capable d’innover malgré les crises.
Niger et Mali : le revers de la médaille
À l’autre bout du spectre, le Niger et le Mali symbolisent les fragilités persistantes du continent.
Le Niger est étranglé par une dette publique de 11 milliards de dollars, soit près de la moitié de son PIB.
Avec 34 % des recettes de l’État consacrées au remboursement, le pays est classé en surendettement élevé.
L’agence Moody’s maintient d’ailleurs sa note à Caa3, reflet d’une méfiance persistante des marchés.
« Le poids du remboursement de la dette enlève le pouvoir aux gouvernements. Ce sont des enfants qui ont faim, des écoles fermées, des hôpitaux inactifs », alerte Charlie Chilufya, de la Conférence des jésuites d’Afrique.
Le Mali plongé dans le noir
Depuis septembre, un blocus du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans paralyse les approvisionnements en carburant.
Résultat : des coupures d’électricité prolongées à Mopti et Bandiagara, qui plongent des milliers de foyers et d’entreprises dans l’obscurité.
Cette crise énergétique freine la production, accentue le chômage et met en péril les activités économiques locales.
Une situation qui appelle à des investissements urgents dans les énergies renouvelables, encore sous-exploitées.
Un avenir démographique et industriel à gérer
D’ici 2050, la population africaine en âge de travailler augmentera de 625 millions de personnes, selon la Banque mondiale.
Un défi colossal qui exige des politiques d’éducation, d’emploi et de santé adaptées.
Mais la concurrence mondiale complique la donne.
La réorientation industrielle de la Chine menace l’émergence africaine dans les secteurs stratégiques : batteries, panneaux solaires, véhicules électriques ou équipements industriels.
Entre promesse et précarité
Le contraste entre les succès du Bénin et de la Côte d’Ivoire et les difficultés du Niger et du Mali reflète une Afrique à deux vitesses.
Les réunions du FMI et de la Banque mondiale ont relancé un débat essentiel :
Comment construire une croissance durable, inclusive et souveraine sur l’ensemble du continent ?

