Synthèse du Panel de Haut Niveau sur l’Urbanisme et la Régulation des Loyers pour les 27 et 28 septembre 2025
✅ Sous la modération de Mr Ibrahim Anarba, les travaux du panel de haut niveau sur la régulation des loyers se sont tenus durant deux journées riches en échanges, avec la participation de deux conférenciers principaux. Les discussions ont été centrées sur la mise en œuvre de la décision du Conseil des ministres du 4 septembre 2025, portant création d’un comité chargé d’encadrer les loyers dans plusieurs régions du pays. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de crise économique prolongée, marquée par une flambée des prix, une pénurie de logements accessibles et l’absence d’un cadre réglementaire efficace, rendant urgente l’adoption de mesures structurantes et équitables.



▶️ Thème 1
La réforme des loyers au Niger : enjeux, attentes et défis d’un chantier juridique longtemps repoussé
➡️ Conférencier
Mr Abdoulaye Ibrahima Lawal, juriste en droits humains, ancien conseiller juridique du CICR au Niger, collaborateur du HCDH/BRAO, ancien cadre de l’USN et doctorant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Ce premier panel a permis de poser un diagnostic lucide sur les lacunes structurelles du marché locatif au Niger . Dans son intervention, Mr Abdoulaye Ibrahima Lawal a souligné les conséquences d’une absence prolongée de régulation : inflation immobilière incontrôlée, déséquilibres dans les relations bailleur-locataire, et atteinte au droit fondamental au logement. Il a salué la création de la Commission nationale de tarification des loyers, perçue comme une étape décisive, mais a appelé à aller plus loin, en construisant un cadre juridique cohérent, socialement juste et économiquement soutenable.
Les interventions suivantes ont enrichi les réflexions. Elh Hima journaliste, a insisté sur la nécessité d’une politique globale de lutte contre la vie chère, avec le logement social comme pilier. Grand Frère TSA a rappelé l’importance d’un texte de loi clair et applicable, appuyé par un dispositif de contrôle crédible. Mr Souley Boukar, a recommandé la vulgarisation des textes futurs et un recensement national des logements locatifs. Mr Assaleh Mahamadou a proposé un mécanisme de suivi national, basé sur une catégorisation précise des logements. Quant à Mr Yahaya Mahamadou, il a suggéré un classement technique des logements selon les matériaux utilisés, afin de mieux encadrer les loyers.
Au terme des échanges, plusieurs recommandations fortes ont émergé :
- La mise en place d’un cadre légal renforcé et opérationnel ;
- L’implication accrue des collectivités territoriales dans la régulation ;
- La promotion du logement social à grande échelle ;
- La classification des logements selon des critères objectifs ;
- Et la création d’une cartographie nationale du marché locatif.
Les participants, parmi lesquels Mr Yahaya Ousmane, Mr Mahaman Abdoulahi et Mr Souley Boukar, ont unanimement salué la pertinence des débats et l’approche participative adoptée. Le conférencier a conclu en insistant sur l’importance d’une réforme inclusive, techniquement solide et orientée vers l’intérêt collectif.
▶️ Thème 2
Révision des loyers au Niger : comment concilier stabilité des revenus des bailleurs et protection des locataires ?
➡️ Conférencier
Mr Yahaya Ousmane Boukari, figure de la société civile, militant des droits humains et ancien cadre de l’USN.
Ce deuxième panel s’est penché sur un enjeu particulièrement délicat : trouver un équilibre entre la rentabilité légitime des bailleurs et la protection des locataires face aux abus, dans un environnement économique difficile. Mr Yahaya Ousmane Boukari a souligné les risques sociaux posés par les hausses de loyers non encadrées, et a proposé plusieurs mécanismes concrets :
- L’introduction d’un plafonnement annuel des hausses de loyer, indexé sur le SMIG ou l’inflation ;
- La mise en place de commissions locales de conciliation pour prévenir les litiges ;
- La généralisation de contrats de bail clairs, équilibrés et respectés.
Il a également rappelé la nécessité de rendre pleinement effective la loi n°2017-21 sur le bail locatif.
Plusieurs intervenants ont apporté des compléments stratégiques. Mr Assaleh Mahamadou a défendu la création d’un fichier national des bailleurs, adossé à une grille de tarification par zone et type de logement. Pr Rabiou Habou a dénoncé les pratiques d’évitement (expulsions déguisées, réparations fictives), tandis que Mr Yahaya Mahamadou a proposé une approche innovante : intégrer le logement dans la politique de prévoyance sociale, à travers une contribution au Fonds National de Retraite ( FNR ). Mr Moustapha Abagana a, pour sa part, attiré l’attention sur les dérives dans les locations administratives par l’État, appelant à un audit rigoureux et transparent.
Les débats ont convergé vers la nécessité d’une approche intégrée, combinant encadrement juridique, implication des acteurs locaux, volonté politique forte, et responsabilisation des acteurs. Mr Ousseini Mahamadou et Mr Ibrahim Moussa ont qualifié les discussions de « passionnantes », en soulignant les liens étroits entre inflation locative, stagnation salariale et déficit de logement social.
▶️ Conclusion générale
La réforme de la régulation des loyers au Niger apparaît désormais comme un impératif structurel, à la croisée des enjeux sociaux, économiques et institutionnels. Les panels ont mis en évidence les conséquences d’un marché locatif dérégulé : flambée incontrôlée des loyers, insécurité résidentielle, inaccessibilité du logement pour les classes moyennes et modestes. Face à cela, plusieurs axes d’intervention prioritaires se dégagent :
- Un cadre juridique renouvelé, appliqué avec rigueur ;
- La mise en place de mécanismes de régulation transparents, fondés sur des données fiables ;
- Le recensement et la classification des logements ;
- La promotion d’une politique de logement social ambitieuse ;
- Et l’implication réelle des collectivités locales et des services déconcentrés de l’État.
Le succès de cette réforme reposera sur une volonté politique claire, une application effective des textes, et une gouvernance participative, mobilisant l’ensemble des acteurs : bailleurs, locataires, société civile, institutions publiques et partenaires techniques. La régulation des loyers ne saurait être une simple mesure économique ; elle constitue un véritable levier de justice sociale, un pilier de la cohésion urbaine, et un gage de stabilité pour les générations futures en pleine transformation.

