Revue de presse Niger – 25/11/2025
Après sa tournée de proximité en régions, le Président Tiani exprime au peuple nigérien sa gratitude pour l’accueil chaleureux et la mobilisation exceptionnelle qui lui ont été réservés – ANP – 24/11
Après la tournée de proximité qu’il a effectuée dans les régions du pays, le Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, dans un communiqué publié ce 24 novembre en début de soirée, a exprimé au peuple nigérien sa gratitude pour l’accueil chaleureux et la mobilisation exceptionnelle qui lui ont été réservés.
Le Chef de l’État, rappelle-t-on, a effectué, du 04 au 05 octobre, puis du 08 au 20 novembre 2025, une tournée de proximité à l’intérieur du pays qui l’a conduit de Tillabéry à Diffa, en passant par Dosso, Tahoua, Agadez, Zinder et Maradi.
A la tête d’une forte délégation, le Président de la République a partout été reçu avec honneur et générosité et dans la plus grande tradition d’hospitalité par les laborieuses populations nigériennes.
C’est cet engouement populaire que le Chef de l’Etat a voulu saluer en exprimant sa sincère gratitude au peuple nigérien.
Tout en se disant profondément touché par la chaleur humaine et l’hospitalité légendaire des Nigériens, le Chef de l’Etat a aussi tenu à informer le peuple nigérien que « les témoignages, les préoccupations et les suggestions des populations ont été des moments de riches échanges à toutes les étapes de sa tournée ».
Selon le communiqué, « cette tournée a permis non seulement de renforcer les liens de confiance entre les populations et leurs autorités, mais aussi de rassurer l’ensemble des Nigériens quant à la détermination du Chef de l’État à poursuivre ses efforts de lutte pour la souveraineté du Niger, la sécurisation de notre territoire et l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens ».
Aussi, le Président Tiani tient-il « à renouveler ses sincères remerciements ainsi que ses meilleurs vœux de santé et de bonheur » au peuple nigérien pour tous les égards tout au long de son périple.
Niger : Des forces de défense et de sécurité et des journalistes formés dans la lutte contre le terrorisme – ANP – 24/11
Le Programme de la Coalition Islamique Militaire contre le Terrorisme dans les États du Sahel (CIMCT) a entamé, ce lundi 24 novembre 2025 au Radisson Blu de Niamey, une série de sessions de formation sur la lutte contre le terrorisme à l’endroit des forces de défense et de sécurité et des journalistes.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Directeur des Relations Extérieures et de la Coopération Militaire au Ministère de la Défense Nationale, le Colonel-major Hamadou Djibo Bartie.
Au total, 41 membres des forces de défense et de sécurité et des journalistes seront formés du 24 novembre au 02 décembre 2025 sur plusieurs thématiques, dont la formulation de messages médiatiques et télévisuels dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme ; le rôle des médias traditionnels et modernes dans la sensibilisation de la communauté à la prévention du terrorisme ; ou encore le rôle des médias de sécurité dans la lutte contre la création de frustration dans la société.
Pour le Colonel-major Hamadou Djibo Bartie, « ces thématiques revêtent toutes une importance particulière aussi bien pour le Niger que pour la Confédération de l’Alliance des États du Sahel dans le contexte actuel marqué par la persistance de défis sécuritaires multiples et la montée des discours extrémistes ».
Le fait est qu’à la lumière des événements qui se déroulent dans l’espace du Sahel, « la lutte contre l’extrémisme violent est largement débordée des champs opérationnels », a fait remarquer ce Responsable du Ministère de la Défense Nationale, qui précise que le phénomène « s’étend désormais aux champs informationnels où les esprits, les perceptions, les adhésions populaires et les résistances sont constamment façonnées ».
Selon le Colonel-major Hamadou Bartie, « un message n’est jamais neutre, il peut être apaisé ou enfin prévenu ou radicalisé ». C’est pourquoi, explique-t-il, « dans un contexte où l’extrémisme violent et le terrorisme exploitent les failles de l’information pour se propager, le message médiatique devient d’emblée un rempart essentiel. D’où l’importance et la maîtrise de la communication stratégique ». Pour ce faire, « la capacité à produire un message médiatique crédible et adapté, ainsi que la diffusion de contenus qui promeuvent les valeurs de paix, de cohésion et de résilience constituent des leviers essentiels pour contrer les narratifs extrémistes, réducteurs et/ou néocolonialistes ». Déjà, a-t-il fait savoir, « aujourd’hui, nous ne travaillons pas seulement sur les messages, nous travaillons sur la résilience de nos sociétés tout entière ».
Suant au Directeur des plateformes des médias numériques au sein de la CIMCT et superviseur scientifique du programme médiatique, M. Mohammed Bin Hussein Al-Shahri, il a indiqué que « cet atelier constitue l’une des initiatives qualitatives adoptées par la coalition dans le pays du Sahel ». Selon lui, « cette initiative traduit la conviction de la coalition quant au rôle essentiel des médias dans la consolidation des valeurs et des modèles pour les médias, ainsi que dans la lutte contre les idées extrémistes qui menacent la sécurité et la stabilité de nos sociétés ».
Pour M. Mohammed Bin Hussein Al-Shahri, « ces activités médiatiques contribuent à élaborer des secours médiatiques communs visant à stabiliser la communauté et à faire face au danger du terrorisme ». Cette série de sessions, note-t-on, vise à doter les participants de compétences et de connaissances nécessaires pour élaborer des messages médiatiques puissants et une très grande formation dans le traitement des questions liées à l’extrémisme et au terrorisme.
La Coalition islamique militaire pour combattre le terrorisme (CIMCT), note-t-on, est une coalition formée à l’initiative de l’Arabie Saoudite en 2015. Elle est destinée essentiellement à la lutte contre le terrorisme.
Coopération : L’ambassadeur de Chine au Niger augure un partenariat plus soutenu sur l’axe NiameyPékin au cours du prochain quinquennat – ANP – 24/11
L’Ambassadeur de la République Populaire de Chine au Niger, M. Lyu Guijun a annoncé les couleurs d’un partenariat plus soutenu entre son pays et celui du Président Abdourahamane Tiani au cours des cinq (5) prochaines années.
Le Diplomate chinois a fait cette annonce alors qu’il présidait, ce lundi 24 Novembre 2025 à Niamey, la cérémonie de remise de certificats de fin de formation du cours de chinois dispensé par son ambassade au public nigérien.
« Récemment, le 4ème Plénum du 20ème Comité central du Parti communiste chinois s’est tenu à Pékin. Le Plénum a salué les grandes réalisations de la Chine durant la période du 14ème Plan quinquennal et a adopté les propositions pour le 15ème Plan quinquennal, dessinant une feuille de route pour le développement de la Chine au cours des cinq prochaines années », a-t-il rappelé.
« Pendant la période du 14ème Plan quinquennal, la puissance économique, technologique et globale de la Chine a atteint de nouveaux sommets. En envisageant l’avenir, au cours du 15ème Plan quinquennal, la Chine s’ouvrira au monde à un niveau plus élevé et œuvrera avec tous les pays du monde à créer des nouvelles perspectives de coopération gagnant-gagnant », a renchéri M. Lyu Guijun dans son adresse.
Le diplomate chinois a ensuite annoncé que « le 15ème Plan quinquennal offre des opportunités précieuses pour la coopération sino-nigérienne », promettant que « l’ouverture continue du vaste marché chinois, l’avancement de haute qualité de l’Initiative « la Ceinture et la Route » au Niger, et les efforts conjoints de nos deux pays pour construire une communauté d’avenir partagé pour l’humanité et une communauté d’avenir partagé Chine-Afrique, fourniront une impulsion puissante au développement du partenariat stratégique sino-nigérien ».
Il a par ailleurs indiqué que « la Chine est prête à inscrire étroitement ses opportunités de développement dans le cadre de la Refondation du Niger, et à approfondir la coopération dans divers domaines tels que l’énergie et les mines, l’industrie, l’agriculture, les infrastructures, etc.»
« Nous espérons travailler avec nos amis nigériens pour suivre le pouls de l’époque et écrire ensemble un nouveau chapitre de la modernisation », a souhaité l’Ambassadeur Lyu Guijun, assurant que, globalement, « l’année 2026 marque « l’Année sino-africaine des échanges humains et culturels » ».
Solidarité AES : 82 citernes d’hydrocarbures du Niger arrivent au Mali sous escorte militaire – Actu Niger – 24/11
Un important convoi de 82 camions-citernes d’hydrocarbures a fait son entrée dans la matinée du samedi 22 novembre 2025 à Bamako, après un périple de près de 1.400 kilomètres depuis Niamey. Escorté tout au long du trajet par les Forces armées de l’Alliance des États du Sahel (AES), ce convoi exceptionnel transportait un don offert par le Président de la République du Niger, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, pour soutenir le Mali dans un contexte de crise énergétique.
Depuis septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, bloque en effet plusieurs axes stratégiques, notamment les routes permettant l’acheminement du carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Pour un pays enclavé comme le Mali, ces corridors constituent l’essentiel des voies d’approvisionnement. Le blocus a progressivement paralysé une large partie du territoire, touchant désormais Bamako et la majorité des régions. Stations-service à sec, coupures d’électricité plus fréquentes, flambée du prix des denrées : les populations subissent de plein fouet les conséquences de cette double crise, énergétique et alimentaire.
En quelques semaines, ce blocus a provoqué un effet domino dans tout le Mali : stations-service à sec, files d’attente interminables, flambée des prix, paralysie de certaines activités administratives et économiques, multiplication des coupures d’électricité, ralentissement du transport de denrées alimentaires. À Bamako comme dans les régions, les populations voient leur quotidien fragilisé, entre pénurie de carburant et hausse du coût de la vie.
C’est dans ce contexte tendu que l’arrivée du convoi nigérien a été accueillie comme un soulagement majeur. À la réception des camions, le Ministre malien de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a exprimé, au nom du Président de la Transition et du gouvernement, la profonde gratitude du peuple malien. Ce don, a-t-il rappelé, « contribuera certainement à améliorer l’approvisionnement de nos pays en produits pétroliers ».
Dans un moment hautement symbolique, le ministre a pris le temps de serrer la main de chacun des chauffeurs et de leurs apprentis. Fatigués mais souriants, ces hommes ont traversé pendant plusieurs jours les vastes étendues sahéliennes, parfois sous escorte serrée, pour assurer l’acheminement sécurisé de la cargaison. Un acte de courage salué par toutes les autorités présentes.
Aux côtés des autorités maliennes, l’Ambassadeur du Niger au Mali, Abdou Adamou, a rappelé que ce geste s’inscrit dans une mémoire fraternelle entre les deux peuples. Il a évoqué le soutien que le Mali avait apporté au Niger lorsque la CEDEAO menaçait d’imposer la force aux nouvelles autorités nigériennes. « Le Niger est un pays reconnaissant », a-t-il déclaré, soulignant que les relations entre Niamey et Bamako ont été renforcées par des épreuves communes, et qu’elles se traduisent aujourd’hui par des actions concrètes.
L’ampleur du dispositif sécuritaire déployé pour accompagner le convoi témoigne également de la coordination militaire renforcée entre les deux pays membres de l’AES. Pick-ups, blindés et motos des forces unifiées ont encadré la progression du convoi tout au long de son parcours, dans une région marquée par l’activité de groupes armés. Une démonstration de capacité opérationnelle mais aussi de volonté politique, alors que les États de l’AES entendent bâtir un espace intégré fondé sur la mutualisation de leurs moyens.
Au-delà de l’aspect logistique, cette opération revêt une portée symbolique majeure. En offrant 82 citernes d’hydrocarbures au Mali au moment où celui-ci traverse une crise énergétique sévère, le Niger réaffirme son engagement envers un partenariat fondé sur la solidarité, la souveraineté et la résilience collective. Une vision que traduit la devise de la Confédération AES : « Un Espace, Un Peuple, Un Destin
».
À Bamako, la nouvelle de l’arrivée du convoi a été largement commentée, notamment dans les marchés, les gares routières et les quartiers populaires où le manque de carburant compliquait depuis des semaines le quotidien. Si ce don ne résout pas à lui seul l’ensemble des difficultés, il représente un bol d’air pour les secteurs les plus touchés et un signal politique fort : celui d’une solidarité qui ne se dit pas seulement, mais qui se matérialise sur plus de 1.400 kilomètres de route.
Tchad et AES : un partenariat stratégique renforcé pour sécuriser le Sahel et soutenir le développement régional – Actu Niger – 24/11
Le Tchad et l’Alliance des États du Sahel (AES) renforcent leur coopération dans la lutte contre les menaces djihadistes dans la région. Cette collaboration se traduit par des rencontres régulières au plus haut niveau, des exercices militaires conjoints et un échange accru de renseignements, tandis que les deux parties unissent également leurs efforts dans les domaines économique, humanitaire et du développement des infrastructures.
L’ONU a récemment tiré la sonnette d’alarme sur l’escalade des attaques djihadistes dans la région sahélienne. Lors d’une réunion du Conseil de sécurité le 18 novembre 2025, le Secrétaire général António Guterres a insisté sur la nécessité pour les pays de la région de surmonter leurs divergences et de coordonner leurs efforts contre les groupes armés.
Pour le Mali, représenté par l’ambassadeur Issa Konfourou, il s’agit avant tout de reconstruire la confiance entre les États et renforcer la coopération régionale. Dans ce cadre, le Tchad se positionne comme un partenaire clé de l’AES, jouant un rôle stratégique à la fois sur le plan militaire et diplomatique.
Depuis plusieurs années, l’armée tchadienne a considérablement amélioré ses capacités opérationnelles. Elle participe activement à des exercices conjoints avec le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Sénégal et le Togo. L’exemple le plus notable reste l’exercice “Tarha-Nakal 2”, organisé en mai 2025 dans la région de Tillia au Niger, où les forces tchadiennes se sont distinguées, se classant premières parmi les participants.
Ces démonstrations soulignent que le Tchad constitue un bastion de sécurité fiable dans le Sahel, capable de coordonner des opérations transfrontalières complexes et de soutenir les pays voisins face aux menaces terroristes.
Le Tchad et les pays de l’AES ne se limitent pas à la coopération militaire. Ils collaborent également dans les domaines économique, humanitaire et du développement des infrastructures. Un exemple concret est la signature, le 18 novembre 2025, d’un mémorandum d’entente entre le Tchad et le Niger dans le secteur minier, visant à former et renforcer les compétences des spécialistes tchadiens à l’École des mines, de l’industrie et de la géologie (EMIG) à Niamey.
Cette initiative ouvre de nouvelles perspectives pour moderniser le secteur extractif tchadien et créer des opportunités économiques régionales, tout en consolidant la sécurité et la résilience des communautés locales.
Grâce à ces efforts conjoints, le Tchad et l’AES démontrent que la lutte contre le terrorisme et la stabilisation de la région passent par l’union des moyens, de l’expérience et de la volonté politique. L’adhésion active du Tchad à l’Alliance offre des avantages stratégiques et militaires, tout en favorisant la coopération transfrontalière et la croissance économique.
Le Tchad s’impose ainsi comme un acteur central du Sahel, combinant expertise militaire, position géographique stratégique et engagement pour le développement régional, contribuant à contrôler les mouvements de groupes armés et de contrebande tout en favorisant l’intégration régionale.
Ce que la France doit au Niger – Afrique XXI – 24/11
Un groupe de communautés du Niger a engagé auprès des Nations unies une procédure en réparation pour les crimes commis par la France en 1899 lors de la conquête coloniale. Malgré la promesse française d’ouverture au dialogue bilatéral, le chemin risque d’être très long dans le contexte de rupture entre les deux pays.
Il y a environ dix ans, je me suis rendu à Dioundiou, un village situé à 200 kilomètres au sud-est de Niamey, la capitale du Niger, où j’ai rencontré un dénommé Albert Camus. Hosseini Tahirou Amadou, qui tient son surnom de son écrivain préféré, était le professeur d’histoire du village. C’était un spécialiste des événements du 24 février 1899, lorsqu’un contingent colonial français se présenta en exigeant de l’eau, de la nourriture et des femmes. Confrontés à la résistance des habitants, les Français détruisirent le village à coups de canon, massacrèrent 373 personnes (selon les recherches d’Amadou) et enlevèrent des centaines de femmes. Déjà alors, Amadou se disait confiant que la France serait un jour traduite en justice.
Dioundiou était la première étape de mon voyage de recherche à travers le pays pour African Apocalypse, un film de la BBC/BFI sur le parcours de la sanglante Mission Afrique centrale qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes alors que la France et la Grande-Bretagne se disputaient le contrôle des terres et des peuples entre le fleuve Niger et le lac Tchad. J’étais venu sur les traces de l’histoire curieusement associée au célèbre roman publié en 1899 par Joseph Conrad Au cœur des ténèbres (dont l’intrigue se situe au Congo), qui avait été consignée dans des ouvrages comme celui de Sven Lindqvist Exterminez toutes ces brutes !1 et des films comme Sarraounia, de Med Hondo2 et Capitaines des Ténèbres, de Serge Moati (2005). Sous les ordres du capitaine Paul Voulet, la colonne s’était livrée à une débauche de violence très similaire à celle de M. Kurtz, de Conrad. Que l’écriture du roman de Conrad et la mission Afrique centrale aient été concomitantes, dans les premiers mois de 1899, rendait l’histoire encore plus convaincante.
Je découvris lors de ce premier voyage que le parcours de Voulet était celui de la principale grande route du Niger d’aujourd’hui, la Route nationale 1. Des dizaines de villes et de villages longeant cette route sont le site de massacres documentés par Muriel Mathieu3 puis Bertrand Taithe, dans The Killer Trail. A Colonial Scandal in the Heart of Africa4, Pour ma part, je cherchais à comprendre ce que cette expédition représentait aux yeux du peuple nigérien.
Pour Amadou et ses élèves, il ne s’agissait pas d’histoire ancienne : ils y voyaient la source de l’actuelle pauvreté des populations et de leur sentiment d’assujettissement à une lointaine puissance. Cependant, selon Amadou, si les jeunes générations peuvent éprouver de l’antipathie à l’endroit de la présence néocoloniale continue de la France au Niger, elles ignorent trop souvent l’origine violente de cette relation.
En 2021, après la sortie du film, Amadou et moi-même, avec d’autres membres des communautés touchées, avons décidé de transformer nos recherches en une demande collective de réparation : nous avons réclamé, avant tout, que la France reconnaisse5 les immenses dommages causés, mais aussi qu’elle présente des excuses et s’engage à partager avec le Niger les archives coloniales, actuellement conservées à Aix-en-Provence, dans le sud de la France, et hors de portée de la plupart des Nigériens à cause des contraintes financières et des entraves à l’immigration.
Une procédure devant les Nations unies
Le collectif des quatre communautés nigériennes représentant les descendants des victimes qui demandent réparation6 a reçu un certain soutien en Europe. Une avocate a été commise – Jelia Sané, du cabinet Doughty Street Chambers –, et après plus de deux ans de travail un dossier de cinquante pages a été déposé auprès du rapporteur spécial des Nations unies pour la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition. Le groupe a étoffé sa demande par des témoignages oraux à l’occasion d’une audience en ligne.
L’actuel rapporteur spécial, Bernard Duhaime, a obtenu cette année le soutien de huit autres rapporteurs spéciaux ayant des mandats sur les disparitions forcées, les exécutions extrajudiciaires, le logement convenable, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, le racisme, l’esclavage, la traite et la violence à l’égard des femmes et des filles. Dans une lettre datée du 17 avril 20257, les rapporteurs spéciaux cités plus haut ont attiré l’attention du gouvernement français sur « l’absence alléguée de recours effectif et de réparation pour les victimes de violations graves des droits de l’homme commises au cours de l’expédition française « Mission Afrique centrale » ainsi que pour les descendants. » En juin, dans sa réponse officielle, la France a écrit rester « ouverte au dialogue bilatéral avec les autorités nigériennes », « bien qu’aucune mesure spécifique liée à la Mission Afrique centrale ou au Niger n’ait été prise à ce jour ».
Amadou et le groupe ont présenté leur dossier à la télévision publique lors d’une édition spéciale de la grande émission d’actualité du Niger, « Le Grand Débat ». Et à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre, le Premier ministre, Ali Lamine Zeine, a consacré plusieurs minutes de son discours à cette question, demandant « solennellement à la France de faire devoir de mémoire et de reconnaître ses crimes ».
Bataille juridique
Même si la France n’a pas officiellement totalement fermé la porte du dialogue, elle a rejeté la litanie d’atrocités dénoncées par le collectif comme de simples allégations, ajoutant que « la manière dont elles sont présentées dans la communication aurait nécessité l’emploi du conditionnel ».
Allégations, peut-être, mais il est généralement admis que de nombreuses preuves ont été détruites. Jean Suret-Canale dans « Afrique noire. L’ère coloniale (1900-1945) »8 raconte sa découverte de dossiers vides et d’archives caviardées. Ancienne directrice des Archives nationales d’outre-mer à Aixen-Provence, dans le sud de la France, Isabelle Dion note que beaucoup de documents personnels et de photographies de la mission ont disparu9. La France soutient également que les lois et les conventions qu’elle est accusée d’avoir enfreintes n’étaient pas en vigueur à l’époque. En d’autres termes, comme il n’était pas illégal en 1899, pour des Français, d’exterminer, de mutiler, de décapiter, de violer, d’asservir et de déposséder des Africains, la France n’est pas responsable, aujourd’hui, de ces actes.
Dans sa propre correspondance, le gouvernement nigérien reconnaît, de son côté, l’absence de mesures concrètes en faveur de la réparation du préjudice subi par les victimes et de leur commémoration, qu’il impute au « manque d’initiatives et de volonté politique » de ses prédécesseurs et à leur « silence persistant autour des atrocités commises (en relation avec) la résistance anticoloniale ». Dans ce même courrier, il estime que « la colonne Voulet-Chanoine a fait, entre Lougou et Konni, plus de 6000 morts au combat, sans compter des centaines de victimes, torturées ou déportées. Certaines de ces victimes ayant été attachées et livrées vivantes à des hyènes. Les rapports de l’époque, gardés à Aix, estiment le nombre total de victimes, morts, blessés et déplacés à des dizaines de milliers.
Le gouvernement français n’a pas répondu aux demandes du collectif concernant la création d’une commission vérité, la présentation d’excuses, l’organisation de commémorations ou l’accès aux archives. Il a également déclaré qu’il ne traiterait qu’avec le gouvernement du Niger – or le Niger et la France n’ont plus de relations officielles depuis le coup d’État de juillet 2023. Par « gouvernement », le Quai d’Orsay entend le régime civil dirigé par Mohamed Bazoum, qui a été renversé par sa garde prétorienne. Les militaires qui lui ont succédé au pouvoir ont ensuite expulsé l’armée française, obtenu le départ de l’ambassadeur de France et nationalisé les concessions minières d’uranium détenues par des filiales du géant français Orano.
Malgré ses apparentes ouvertures, la France ne prévoit pas de verser des réparations pour les violences coloniales. D’éventuelles excuses françaises ne paraissent pas envisageables tant que les autorités nigériennes ne démontrent pas leur volonté de coopérer avec l’Union européenne sur le contrôle des routes migratoires vers l’Europe. Le nombre de migrants ouest-africains rejoignant le Niger sur leur route vers la Méditerranée a doublé depuis le coup d’État de 202310 Conditionner des excuses historiques à la realpolitik contemporaine était le cœur des extraordinaires aveux de Silvio Berlusconi en 2008 sur les crimes coloniaux commis par l’Italie en Libye. « Je me sens obligé de présenter mes excuses et d’exprimer notre regret pour ce qui s’est passé il y a de nombreuses années », avait déclaré le président du Conseil italien après l’engagement du colonel Mouammar Kadhafi de bloquer les flux de migrants traversant la Méditerranée.
Partage de l’Afrique
Au moment du coup d’État de 2023, la France dépendait du Niger pour 15 % de l’uranium consommé par son parc nucléaire civil et pour 100 % de son uranium militaire. « En un demi-siècle, l’uranium n’a apporté aux Nigériens que misère, pollution, rébellion, corruption et désespoir », a déclaré Ali Lamine Zeine à l’Assemblée générale des Nations unies, « et aux Français prospérité et puissance. ». L’exploitation de l’uranium n’a certes pas apporté l’énergie au Niger, qui a l’un des taux d’accès à l’électricité les plus faibles du continent : jusqu’à présent, en zone rurale, 10 % seulement des habitants ont accès à l’électricité (18 % pour l’ensemble du pays en 2023, selon la Banque mondiale). Sans le territoire conquis par la Mission Afrique centrale, la colonie du Niger aurait été intenable, et la France n’aurait pas pu profiter de cinquante-cinq ans d’uranium bon marché.
En 1890, peu après le Congrès de Berlin (1878), la Grande-Bretagne et la France ont départagé leurs prétentions territoriales par une ligne droite allant du fleuve Niger au lac Tchad. « Le territoire en question est ce qu’en agriculture on appelle un sol léger, très léger. Le coq gaulois qui aime à gratter la terre pourra y user ses ergots », a déclaré, à la Chambre des lords, lord Salisbury, alors Premier ministre et ministre des Affaires étrangères. « Quant à la région fertile, qui comprend le Sokoto et tout ce qui en dépend équitablement, elle reste entièrement à l’Angleterre. » Les pires atrocités de la Mission Afrique centrale ont été commises au sud de cette ligne, dans la zone revendiquée par les Britanniques, pour partie au Nigeria actuel.
De 1904 à 1906, les gains obtenus par la France au prix de ces massacres sont ratifiés dans plusieurs traités11. La Grande-Bretagne cède des terres fertiles le long de la frontière en échange de droits de pêche au large des côtes de Terre-Neuve, que la France détient depuis le traité d’Utrecht de 1713. Puis, en 1906, la frontière se déplace au sud de Birnin Konni, l’une des villes échangées par les puissances coloniales, lieu du plus grand massacre commis par la Mission Afrique centrale. Dans notre film African Apocalypse, le sultan de Birnin Konni dit à ses courtisans qu’entre 7 000 et 15 000 personnes sont mortes, et qu’aujourd’hui Voulet serait poursuivi devant la Cour internationale de justice de La Haye pour crime contre l’humanité. Les chiffres officiels disponibles à Aix tournent plutôt autour de 1 000 morts.
Témoignage, histoire et mémoire
Un garçon de 13 ans nommé Tsalhatou a assisté aux événements après avoir grimpé sur les remparts de la ville avec un ami pour observer la bataille, jusqu’à ce que son frère aîné leur ordonne de descendre. En 1979, âgé de 93 ans, Tsalhatou a raconté ce qu’il avait vu à l’historien nigérien Djibo Hamani12. Il se souvenait que les soldats français tuaient tous ceux qui tentaient de fuir et visaient toutes les personnes bien vêtues, sous prétexte qu’elles travaillaient probablement pour le sultan à la tête de la défense de la ville. Les Français sont restés sur place pendant treize jours, affirmait Tsalhatou, ne faisant « que massacrer ». À en croire Le Drame de Dankori13, l‘ouvrage de souvenirs publié par le général Joalland, les morts étaient si nombreux qu’il a fallu cinq jours pour enterrer tous les corps.
Le mois dernier, l’actuel sarki (roi) de Birnin Konni, arrière-petit-fils du chef de la résistance, a participé à une cérémonie officielle à Niamey à l’occasion du baptême de la route jouxtant l’ambassade étatsunienne, qui s’appelle désormais avenue « Sarkin Konni Mahamadou ». À cette occasion, le professeur Ibro Abdou, au nom des plaignants de la localité, a déclaré dans son discours que le massacre et la destruction de la ville avaient eu « un impact démographique, économique et social considérable » sur la région. Finn Fuglestad, historien spécialiste du Niger, voit dans cette épisode, « l’une des plus glorieuses pages de l’histoire de la résistance africaine contre l’imposition de l’ordre colonial », mais il reconnaît qu’après « le terrible saccage de Birnin Konni il fallait un sacré courage pour vouloir essayer de résister aux Français. »14.
L’Union africaine a décrété une décennie d’action sur les réparations et le patrimoine africain. Le gouvernement nigérien a mis en place une commission chargée de réécrire l’histoire coloniale du pays, conduite par l’historien et ancien ministre de l’Éducation Mamadou Djibo. Et les avocats du groupe de justice réparatrice préparent désormais leurs prochaines démarches auprès des Nations unies.
George Donkor : « Pour la BIDC, la rupture entre l’AES et la Cedeao n’a rien changé » – Jeune Afrique – 24/11
Le président de la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (BIDC) estime que, si le départ des pays de l’Alliance des États du Sahel de l’organisation régionale a eu des conséquences politiques, il n’a pas perturbé les échanges économiques. Entretien en vidéo.
George Agyekum Donkor, président de la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (BIDC), l’affirme sans ambages : le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’organisation régionale ouest-africaine n’a eu quasiment aucun impact sur les activités de l’institution qu’il dirige. « Le Conseil des gouverneurs, qui est l’organe décisionnel le plus élevé de la BIDC, a décidé que nous devions continuer à travailler avec l’AES », explique-t-il dans l’entretien en vidéo qu’il a accordé à Jeune Afrique en marge de l’Africa Financial Summit (AFIS) 2025, rappelant que les trois pays concernés demeurent actionnaires de la banque.
« Les chefs d’État de la Cedeao ont accordé son autonomie à la banque : elle n’est pas gérée comme une institution politique », insiste-t-il. Les trois pays de l’AES « remplissent toujours leurs obligations » : « Le Burkina Faso est sur la bonne voie, le Niger aussi et le Mali également, affirme-t-il. Pour nous, rien n’a changé. La raison est simple : nous parlons d’intégration économique. S’ils se retirent effectivement politiquement, nous restons tous intégrés économiquement, et il est important pour nous de faire des affaires avec eux ».
Résilience et optimisation au menu de la nouvelle feuille de route de la BIDC
Sur la question de la souveraineté économique, un des arguments avancés par les autorités de transition des trois pays de l’AES pour justifier leur rupture avec la Cedeao, George Agyekum Donkor adopte une position sans détour. « La souveraineté signifie que nous avons nos propres gouvernements, notre propre système, nos propres entités et que nous ne sollicitons pas les étrangers », martèle-t-il. « Nous n’allons dans aucun pays étranger pour obtenir des instructions sur la gestion de nos économies. » George Agyekum Donkor estime que les dirigeants du continent sont « suffisamment compétents » pour « changer réellement le visage de l’Afrique », et construire cette souveraineté financière africaine qui fut au cœur des débats de l’édition 2025 de l’AFIS.
À l’heure où son plan stratégique 2021-2025 arrive à son terme, la BIDC prépare une nouvelle feuille de route. « L’objectif est d’élargir et d’accélérer l’économie, et cela ne peut pas se faire sans mettre l’accent sur les infrastructures », explique-t-il. Outre le soutien à l’accélération de la croissance et au renforcement de la « résilience » des économies ouest-africaines, George Agyekum Donkor insiste également sur l’urgence de travailler sur « l’optimisation » du bilan de la banque et en particulier, sur « l’optimisation du portefeuille de prêts » grâce à un argument imparable : « Plus nous sommes en mesure d’optimiser, plus nous avons la capacité de nous engager dans la réalisation de nos mandats en tant que banque régionale. »

