Bénin : Après l’adresse de Patrice Talon, un message de fermeté dans un pays sous tension

Bénin : Après l’adresse de Patrice Talon, un message de fermeté dans un pays sous tension

Quelques heures après la tentative de coup d’État déjouée à Cotonou, le président béninois Patrice Talon a finalement pris la parole.

Une intervention attendue, brève mais dense, qui cherche à rassurer, à affirmer l’autorité de l’État et à redéfinir les enjeux politiques d’un pays jusque-là présenté comme l’un des plus stables de la région.

Un ton de fermeté, sans équivoque

Au cœur de son discours, Patrice Talon a insisté sur la « résilience » des institutions républicaines et la « détermination » du gouvernement à faire face à toute tentative de déstabilisation.Ce choix rhétorique n’est pas anodin : il vise à envoyer un double message.

D’abord aux populations, pour rétablir un sentiment de sécurité après l’irruption de militaires à la télévision nationale. Ensuite aux forces de défense elles-mêmes, pour rappeler la hiérarchie et l’obligation de loyauté en pleine zone d’incertitudes sous-régionales.

Un appel à l’unité nationale, mais un contexte fragilisé. Comme souvent dans ce type de prise de parole, le chef de l’État a appelé à « l’unité » et à « la vigilance ».

Mais le contexte ne joue pas entièrement en sa faveur : le Bénin fait face depuis plusieurs mois à un climat politique tendu, alimenté par des critiques récurrentes de l’opposition sur la gouvernance, les libertés politiques ou encore les réformes institutionnelles.

Le discours du président tente donc d’anticiper une lecture politique de la crise. En appelant à la cohésion, Talon cherche à prévenir tout glissement vers une contestation accrue qui pourrait exploiter l’épisode du putsch avorté.

Sécurité nationale : un message adressé à la sous-région

On perçoit également dans cette intervention une volonté de repositionner le Bénin dans l’échiquier sous-régional.

Avec la montée des coups d’État en Afrique de l’Ouest depuis 2020 et la porosité sécuritaire liée au Sahel, Talon veut montrer que son gouvernement garde le contrôle et reste un pôle de stabilité.

Ce discours apparaît aussi comme une réponse implicite à ceux qui, dans la sous-région, voient le Bénin comme un pays potentiellement exposé à des tensions de caserne et à la contagion institutionnelle venue des voisins.

Un appel au calme qui n’efface pas les questionsMalgré le ton assuré, plusieurs interrogations demeurent : Comment un groupe de militaires a-t-il pu accéder à la télévision nationale aussi facilement ?

Y a-t-il des complicités à un niveau plus élevé ?

Cet événement est-il le symptôme d’un malaise plus profond au sein de l’armée ?

Quelles mesures structurelles seront prises pour prévenir de nouvelles velléités ?

Le discours présidentiel rassure, mais il ne répond pas explicitement à ces zones d’ombre, qui seront décisives pour rétablir une confiance totale.Conclusion : un message d’autorité, en attendant des actes

En somme, Patrice Talon a choisi la fermeté et la résilience comme axes principaux. Son intervention vise à réaffirmer sa légitimité et la stabilité de l’État béninois.

Mais une adresse, aussi solennelle soit-elle, ne suffira pas.Les prochains jours seront décisifs : l’enquête annoncée, la gestion des interpellations et la communication gouvernementale diront si le pouvoir prend la mesure de cette crise exceptionnelle.

Le Bénin vient de vivre une secousse politique rare. Le discours du président fixe un cap, mais c’est l’action et la transparence qui permettront de refermer réellement cette parenthèse.

Abdoulkarim Ousmane Mahamadou