OPINIONS/ Banque d’investissement de l’AES. Analyse de NOUVOU BERTE
Annoncer une banque d’investissement de 500 milliards pour remplacer la BIDC, c’est ignorer la réalité des marchés financiers
L’Alliance des États du Sahel (AES) veut créer une banque d’investissement confédérale dotée de 500 milliards FCFA. L’objectif affiché : remplacer la BIDC, bras financier de la CEDEAO.
Le problème est simple : les trois pays de l’AES reçoivent actuellement 933 milliards FCFA de financements en cours de la BIDC. Autrement dit, ils veulent remplacer un dispositif qui leur apporte presque le double de ce qu’ils espèrent eux-mêmes mobiliser.
C’est un pari déséquilibré dès le départ.
1. La force de la BIDC, c’est la CEDEAO, pas trois pays isolésLa BIDC repose sur :un marché de 14 États ;une capacité de risque mutualisée ;un historique solide auprès des bailleurs et investisseurs.L’AES, c’est :3 pays représentant environ 10 % du PIB de la CEDEAO ;une concentration des risques politiques et sécuritaires ;aucun track record financier.Les marchés ne prêtent pas sur les intentions mais sur la taille, la stabilité et la capacité de remboursement. Sur ces critères, l’écart est évident.
2. Une banque confédérale de 500 milliards ne peut pas remplacer une institution régionale mature
Lever 500 milliards à partir d’un marché restreint, avec une gouvernance à construire, sans notation souveraine favorable, et en contexte de sanctions récentes, relève plus de l’ambition politique que de la faisabilité financière.
La BIDC mobilise des fonds auprès : de la BAD, de la BOAD, de la KfW, de l’OFID et d’investisseurs privés.
Ces bailleurs ne suivent pas les ruptures institutionnelles sans garanties solides. L’AES n’a pas encore ces garanties.
3. Sortir d’un espace régional réduit mécaniquement la capacité de financement
Les membres de l’AES espèrent capter autant — voire plus — en étant seuls que dans un bloc qui mutualise risques, marchés et crédibilité.
C’est une illusion structurelle.Un bloc de trois pays ne peut pas rivaliser, en termes de levée de fonds, avec une union de quatorze. Pas en volume, pas en conditions, pas en coût du capital.
Conclusion
L’idée d’une banque d’investissement confédérale n’est pas mauvaise en soi. Elle devient problématique lorsqu’elle est présentée comme un substitut crédible à une institution régionale qui finance déjà les mêmes pays à hauteur de 933 milliards FCFA.
Pour l’instant, cela ressemble surtout à une réduction de capacité financière maquillée en souverainisme économique.
PH.D NOUVOU BERTE,expert ivoirien en géographie et urbanisme,

