Revue de presse Niger – 17/12/2025

Revue de presse Niger – 17/12/2025

5 questions pour comprendre l’affaire du convoi d’uranium et ses enjeux pour le Niger – Jeune Afrique –16/12

Depuis fin novembre, des dizaines de camions ont fait le trajet entre la mine de la Somaïr, dans le nord du Niger, et la capitale, Niamey, transportant plus de 1 000 tonnes d’uranium vers une destination finale inconnue. Un convoi bien mystérieux, dont l’existence soulève de nombreuses questions.

Le 27 novembre, Orano publiait un communiqué dénonçant le « transport illégal de l’uranium entreposé sur le site de la Somaïr » – mine que le groupe français exploitait à Arlit, dans le nord du Niger, avant d’en perdre le contrôle opérationnel, en 2024. Au même moment, un convoi de camions était vu, roulant en direction du sud du pays. À son bord, 1 050 tonnes de yellowcake, un concentré d’uranium.

Quelques jours plus tard, la junte au pouvoir à Niamey, dirigée par Abdourahamane Tiani, revendiquait son droit de mettre ce stock sur le marché international. Il fait pourtant l’objet d’un bras de fer entre Orano et les autorités du Niger. Où est aujourd’hui l’uranium ? Qui va l’acheter ? Niamey a-t-il le droit de le mettre en vente ? Éléments de réponse.

  1. D’où provient cet uranium ?

Le yellowcake était stocké sur la mine de la Somaïr, située dans la région d’Arlit, dans le nord du Niger. C’est sur ce site qu’il a été produit du temps où Orano l’exploitait. En juin, les autorités de Niamey ont nationalisé la mine, jusque-là contrôlée par le spécialiste français du nucléaire (63,4 %) et par l’État du Niger (36,6 %).

L’uranium y était entreposé depuis de longs mois, bien avant la nationalisation. À la suite du coup d’État qui a porté Abdourahamane Tiani au pouvoir en juillet 2023, la frontière terrestre entre le Niger et le Bénin a en effet été fermée. Or Orano exportait l’uranium via le port de Cotonou. Pour surmonter cette difficulté, le groupe français avait, mi-2024, suggéré d’envoyer les stocks par avion. Mais les tensions entre Orano, détenu à 90 % par l’État français, et une junte en rupture avec l’ancienne puissance coloniale, étaient trop fortes : les autorités nigériennes n’ont jamais donné leur accord à cette solution. Face à « l’aggravation des difficultés financières de la Somaïr », Orano a donc décidé, le 31 octobre 2024, d’y suspendre la production. Elle n’a pas repris depuis.

Ces difficultés se sont couplées à des tensions sur les autres sites exploités par Orano au Niger – le projet d’Imouraren et la mine de Cominak (arrêtée en 2021) –, la junte vilipendant la gestion du groupe français. Orano en a peu à peu perdu le contrôle opérationnel. Estimant avoir été expropriée, l’entreprise a engagé quatre procédures contre le Niger : une pour chaque site minier, et une dernière qui porte sur l’accord global de partenariat, qui encadrait la collaboration entre Orano et le Niger.

  • Pourquoi la junte s’est-elle emparée du yellowcake ?

Dans le cadre des procédures d’arbitrage engagées, Orano venait d’obtenir une première victoire. Le 23 septembre, le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) a « enjoint à l’État du Niger de ne pas vendre, ni céder, ni même faciliter le transfert à des tiers de l’uranium produit par la Somaïr retenu en violation des droits d’Orano, comme celui-ci le demandait ». Sentant qu’elle n’obtiendrait pas gain de cause par la voie judiciaire, la junte nigérienne a décidé d’user de la manière forte.

Quelques jours plus tard, devant l’Assemblée générale des Nations unies, Ali Mahamane Lamine Zeine, le Premier ministre nigérien, accusait Paris d’« entraîner [son pays] dans des procès interminables pour arrêter l’exploitation et la vente » de son uranium. Début novembre, le général Tiani s’est ensuite rendu sur le site de la mine, à Arlit. Il y a affirmé que le Niger n’avait besoin « d’aucune autorisation pour vendre à qui [il] veut [ses] richesses naturelles ».

Il faut dire qu’avec la fermeture de la frontière béninoise, Niamey a perdu un important couloir commercial et un débouché portuaire indispensable. Et pour ne rien arranger, les attaques de milices sur le pipeline qui achemine le brut d’Agadem vers le port béninois de Sèmè-Kpodji, ainsi que les tensions avec les exploitants chinois, ne permettent pas à la production pétrolière d’alimenter suffisamment les caisses de l’État. L’étau financier se resserrait autour de la junte.

Fin novembre, le général Tiani a donc mis sa menace à exécution et envoyé des camions à la Somaïr pour charger le yellowcake entreposé. « Le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production [d’uranium] », se réjouit-il alors.

3. Où est le convoi et quel est l’acheteur potentiel ?

Si l’acheteur final n’est pas connu et que des soupçons ont vite porté sur l’Iran et la Chine, qui entretiennent des relations diplomatiques et commerciales avec Niamey, un faisceau d’indices pointe également en direction de la Russie. Publiée sur les réseaux sociaux le 21 novembre, une vidéo révèle la présence d’un Ilyiouchine 76 sur le tarmac de l’aéroport d’Agadez.

Selon plusieurs sources, la présence de cet avion-cargo russe confirme un transport d’hommes et de matériel vers la mine de la Somaïr. Et c’est le 28 novembre, qu’une cinquantaine de camions se rendent sur le site et chargent les 1 050 tonnes de minerai dans des conteneurs. Une vidéo filmée sur l’axe ArlitAgadez montre six camions transportant chacun deux conteneurs qui, selon l’organisation All Eyes On Wagner, sont des modèles de type KC-20 sur lesquels sont visibles des pictogrammes signalant un danger radioactif.

Des sources nigériennes affirment que le convoi a été escorté par des militaires russes au moins jusqu’à Agadez. Le convoi a ensuite poursuivi sa route vers Niamey, où des images satellites confirment la présence des camions sur la base militaire 101, le 7 décembre.

Seront-ils chargés à bord d’un avion-cargo ? Si le transport aérien est une solution envisageable, la voie terrestre reste privilégiée, avec un possible transbordement de l’uranium sur un navire amarré au Togo. Un vraquier suspecté d’appartenir à la flotte fantôme russe, le Matros Shevchenko, a d’ailleurs été signalé au large du port de Lomé, le 1er décembre, mais il en est ressorti quelques jours plus tard, sans avoir déchargé. Pour l’heure, les camions sont toujours en attente sur la base de Niamey.

Si les soupçons portent sur la Russie, c’est parce que la junte nigérienne n’a jamais caché sa volonté de se tourner vers Moscou, qui, en retour, a fait part de son souhait d’exploiter l’uranium du Niger. Le 28 juillet, Rosatom, l’entreprise publique russe dédiée au nucléaire, et le ministère nigérien de l’Énergie ont signé un « mémorandum de compréhension mutuelle » portant sur leur coopération dans le domaine du nucléaire civil. Selon des sources sécuritaires, les 1 050 tonnes d’uranium auraient été négociées aux alentours de 180 millions de dollars entre le gouvernement de Tiani et Rosatom, mais le Niger ne l’a jamais confirmé.

  • Cet uranium peut-il être utilisé à des fins militaires ?

L’uranium convoyé depuis la mine de Somaïr est ce que l’on appelle du yellowcake. Ce produit est un concentré d’uranium naturel, obtenu en concassant le minerai extrait du gisement puis en le mettant en solution à l’aide de réactifs chimiques.

En l’état, le yellowcake n’est utilisable ni dans le nucléaire civil ni pour la fabrication d’armes. Pour ce faire, il devrait d’abord être converti et enrichi. La production de la Somaïr avait d’ailleurs vocation à être vendue à des acheteurs, en France ou ailleurs dans le monde, afin d’être utilisée comme combustible dans les centrales nucléaires. L’enrichissement à des fins militaires est bien plus complexe et nécessite des capacités industrielles bien supérieures.

  • Quels sont les risques pour Niamey ?

Après avoir appris l’existence du fameux convoi, Orano a réagi en le qualifiant d’« illégal » et rappelé qu’il contrevenait à la décision du tribunal arbitral interdisant au Niger de vendre son stock à des tiers. Le minier a également fait savoir qu’il se réservait « le droit d’initier des actions complémentaires ». L’initiative de la junte pourrait lui valoir de nouvelles décisions arbitrales en sa défaveur, et l’exposer à une obligation de dédommagement financier d’Orano. Il n’est toutefois pas certain que, dans ce cas, Niamey s’exécute. Si le Niger a mobilisé des avocats pour le défendre dans les différents arbitrages, cela ne signifie pas qu’il acceptera d’éventuelles sanctions.

La junte estime en effet qu’Orano n’a pas respecté ses engagements, qu’ils soient financiers, sociaux ou environnementaux, pendant ses longues années d’activité. Elle estime donc avoir été dans son droit en évinçant le groupe et en mettant le yellowcake sur le marché.

Depuis plusieurs années, une partie de la société civile nigérienne dénonçait aussi certaines pratiques du groupe français, notamment sur le site en cours de réhabilitation de Cominak. Début décembre, le gouvernement du Niger a d’ailleurs accusé Orano de « crimes » après la découverte de 400 barils de matières radioactives à Madaouela, près d’Arlit. Un site où le minier se défend de toute activité.

Une chose est sûre toutefois : l’épisode risque de refroidir davantage encore les investisseurs, découragés par les mesures brutales décidées par le Niger et par les régulières violations du droit international. Et cela ne fera qu’empirer les difficultés économiques auxquelles le pays est confronté.

Première Foire de l’AES à Niamey : la Confédération pose les jalons de sa souveraineté économique – Actu Niger 17/12

Le Palais du 29 Juillet a vibré, ce mardi, au rythme d’un événement à forte portée politique, économique et symbolique : la cérémonie solennelle d’ouverture de la toute première édition de la Foire de la Confédération des États du Sahel (AES), organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger (CCIN), du 16 au 20 décembre 2025, en marge de la troisième rencontre des ministres en charge de l’Industrie, du Commerce et du secteur privé de l’espace confédéral, autour d’un thème sans équivoque : « Produire, transformer et consommer local pour une souveraineté économique dans l’espace AES ».

Au-delà du protocole et de l’apparat, cette foire marque une étape politique et économique majeure dans la construction de la Confédération des États du Sahel, née officiellement le 6 juillet 2024 à Niamey, après la création de l’Alliance des États du Sahel le 7 septembre 2023. Elle incarne la volonté assumée des États membres de traduire, dans les faits, l’ambition de rupture, de dignité et de souveraineté économique portée par les peuples du Liptako-Gourma.

Dès les premières heures de la matinée, le Palais du 29 Juillet s’est transformé en véritable carrefour sahélien, réunissant producteurs, industriels, artisans, transformateurs, investisseurs, institutions publiques et privées, autour de stands richement achalandés, témoignant de la diversité et du potentiel productif de l’espace AES.

Instituée par les ministres en charge du Commerce et de l’Industrie de la Confédération dès leur première rencontre tenue à Bamako en octobre 2024, cette foire commerciale se veut un outil structurant de l’intégration économique confédérale, un espace de capitalisation des savoir-faire endogènes et un levier stratégique pour la construction progressive d’un marché régional de plus de 80 millions de consommateurs, avant toute projection vers les marchés internationaux.

Organisée sous l’égide des États membres — le Niger, le Burkina Faso et le Mali — et soutenue par une forte mobilisation du secteur privé, elle bénéficie également de la participation de pays frères et amis invités, notamment le Tchad, le Togo, le Ghana, le Sénégal et le Maroc, signe de l’ouverture de l’espace AES à des partenariats fondés sur le respect mutuel et la complémentarité.

Niamey, berceau et vitrine de la Confédération

Ouvrant la série des allocutions, dans son mot de bienvenue, le gouverneur de la région de Niamey, le Général de Division Assoumane Abdou Harouna, a salué l’honneur fait à la capitale nigérienne d’accueillir cette première édition, rappelant que Niamey demeure le berceau institutionnel de la Confédération AES.

Transmettant les salutations des plus hautes autorités du pays, sous les directives du Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, il a souligné que cette foire n’est pas un simple événement commercial, mais un espace socio-économique stratégique, ouvert aux artisans, entreprises, ONG, institutions et investisseurs, appelé à répondre aux attentes de populations devenues plus exigeantes en matière de qualité, de prix et de disponibilité des produits.

« Toute dépendance constitue un frein, et c’est cela que nous refusons désormais », a-t-il martelé, appelant à faire de la production, de la transformation et de la consommation locales un véritable levier d’industrialisation, de création de valeur et de résilience face aux crises multiformes.

Le secteur privé, pilier de la dynamique confédérale  

Prenant la parole au nom des opérateurs économiques nigériens, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger (CCIN), Moussa Sidi Mohamed, a exprimé la gratitude du secteur privé aux autorités nationales et confédérales pour les efforts consentis en faveur d’un climat propice aux affaires et à l’investissement productif.

Il a salué l’initiative des ministres du Commerce des pays membres, tout en rendant un hommage appuyé à l’engagement du ministre nigérien du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, dont l’implication constante a permis la tenue effective de cet événement d’envergure.

Selon lui, cette première foire poursuit des objectifs clairs : créer un espace de dialogue entre acteurs publics et privés, stimuler les investissements dans les secteurs stratégiques, encourager l’innovation et la transformation locale, et bâtir un marché viable capable de répondre aux besoins croissants des populations.

L’engouement observé, avec un nombre de stands dépassant largement les prévisions initiales de 480 exposants, est, à ses yeux, un signal fort de la vitalité économique de l’espace AES et de l’espoir qu’il suscite.

Le Burkina Faso plaide pour une intégration économique souveraine

Au nom des autorités burkinabè, le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Gnaniodem Poda, a salué la qualité de l’organisation et l’hospitalité nigérienne, tout en rappelant la portée politique de cette foire, qu’il a qualifiée de tribune vivante de promotion des savoir-faire endogènes et du commerce intra-AES.

Pour lui, la foire illustre la volonté claire des chefs d’État de la Confédération de faire du commerce régional un levier stratégique de souveraineté économique, de création d’emplois et de résilience face aux chocs exogènes.

Il a insisté sur la nécessité de rompre avec les schémas économiques imposés de l’extérieur, au profit de chaînes de valeur régionales, d’un développement endogène inclusif et d’un soutien accru aux PME et PMI, notamment celles portées par les jeunes et les femmes.

Le Mali met en avant son savoir-faire et son modèle endogène

De son côté, dans un discours empreint de fraternité et de reconnaissance, le ministre malien de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a rendu hommage à l’accueil réservé à la délégation malienne et à l’engagement personnel des autorités nigériennes pour assurer une participation remarquée du Mali à cette première édition.

Il a rappelé que la foire constitue un cadre privilégié pour promouvoir les exportations maliennes, créer des opportunités pour les micro, petites et moyennes entreprises, et renforcer les relations d’affaires au sein de l’espace AES.

Avec une dizaine de stands, le Mali expose une large gamme de produits « Made in Mali », allant des céréales aux produits dérivés de la mangue, du karité, du moringa, du sésame, sans oublier les produits d’élevage, reflet d’un savoir-faire ancestral désormais adossé à des pratiques modernes et durables.

Le ministre a également mis en lumière les réformes en cours au Mali pour améliorer le climat des affaires et attirer les investissements, soulignant que le développement endogène constitue désormais le socle du modèle économique malien.

Un acte fondateur pour l’économie sahélienne

Clôturant la série d’allocutions, le ministre nigérien du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, a officiellement lancé la première édition de la Foire de la Confédération des États du Sahel, au nom du Président de la République et du gouvernement.

Il a rappelé que la Confédération AES est née d’une volonté commune de reprendre en main le destin économique des États membres, en intégrant les dimensions de défense, de diplomatie et de développement, et que cette foire dépasse largement le cadre d’une simple exposition commerciale.

« Produire localement, transformer localement et consommer local, c’est un choix politique, économique et citoyen », a-t-il souligné, insistant sur le fait que chaque acte d’achat de produits de l’AES constitue un investissement direct dans le développement des territoires.

L’État, a-t-il assuré, entend jouer pleinement son rôle d’État stratège et facilitateur, en garantissant un cadre stable et incitatif pour l’investissement productif, tout en appelant le secteur privé à assumer sa part de responsabilité dans la transformation économique de l’espace confédéral.

Coupure du ruban et immersion au cœur des stands

Après le discours de lancement officiel prononcé par le ministre nigérien du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, au nom du Président de la République et du gouvernement, les trois ministres en charge du Commerce et de l’Industrie du Niger, du Burkina Faso et du Mali, accompagnés des officiels et des membres des délégations, ont procédé à la coupure du ruban, marquant officiellement le démarrage de cette première édition de la Foire de la Confédération des États du Sahel.

Ce geste symbolique a ouvert la voie à une visite guidée des différents stands, au cours de laquelle les ministres ont longuement échangé avec les exposants. À chaque étape, ils ont été édifiés sur la nature des activités présentées, les processus de production et de transformation, les innovations mises en œuvre, ainsi que le rôle et les perspectives de développement des différentes structures participantes.

Ouverture foire AES Niamey BIS2

Des unités artisanales aux entreprises industrielles, des coopératives agricoles aux startups numériques, les échanges ont permis aux autorités de mesurer concrètement le potentiel économique de l’espace AES, mais aussi les défis auxquels font face les acteurs de terrain, notamment en matière de financement, de transformation locale, de normalisation et d’accès aux marchés.

Cinq jours pour transformer l’essai

Jusqu’au 20 décembre 2025, la Foire de la Confédération des États du Sahel se veut un laboratoire d’idées, de partenariats et d’opportunités concrètes, où producteurs, transformateurs, commerçants, investisseurs et décideurs sont appelés à bâtir les bases d’une économie sahélienne intégrée, résiliente et souveraine.

À Niamey, le message est clair : la souveraineté économique de l’AES ne se décrète pas, elle se construit, produit après produit, partenariat après partenariat, marché après marché, en s’appuyant sur les forces locales, les talents endogènes et une volonté politique désormais affirmée.

Soldats nigérians détenus au Burkina Faso : Cinq options possibles pour leur libération – BBC News – 16/12

Cela fait environ une semaine que le Burkina Faso retient 11 soldats nigérians après que leur avion C130 a effectué un atterrissage d’urgence dans le pays en raison d’un problème technique.

Lundi, l’Alliance des États du Sahel (AES) – qui comprend le Burkina Faso, le Niger et le Mali – a condamné ce qu’elle a qualifié de violation illégale de son espace aérien par un avion militaire nigérian.

Les autorités de l’AES maintiennent en détention le personnel militaire, composé de neuf soldats et de deux aviateurs, et affirment poursuivre leur enquête avant d’entreprendre d’autres actions.

« Nous essayons de mener à bien l’enquête sur ce qui s’est passé avant d’entreprendre d’autres actions », a déclaré vendredi à la BBC Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile du Mali.

« Nous avons modernisé nos systèmes de défense aérienne. Ils sont désormais conçus pour abattre tout aéronef qui viole notre espace aérien. »

Le Nigeria n’a pas encore annoncé son intention de faire libérer ses soldats, mais des experts juridiques ont exposé les différentes manières dont il pourrait procéder.

Cependant, les relations entre le Nigéria et le Burkina Faso se sont détériorées depuis la prise de pouvoir par l’armée au Burkina Faso, notamment après la formation de l’AES, qui a conduit au retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la Communauté économique ouest-africaine (CEDEAO).

La diplomatie par le biais de la CEDEAO

L’un des moyens pour le Nigéria de libérer ses soldats est par le biais de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

La CEDEAO a été créée dans le but de développer les économies des pays d’Afrique de l’Ouest, et le Nigéria est la plus grande économie et le pays le plus peuplé de l’organisation de 12 membres, après le départ du Niger, du Mali et du Burkina Faso en 2024.

Audu Bulama Bukarti, expert juridique et chercheur basé au Royaume-Uni sur les activités des militants dans la région du Sahel, a déclaré à la BBC qu’il pensait que le recours à la CEDEAO permettrait au Nigéria d’impliquer tous les États membres.

« Si le Nigéria fait cela, il ne sera pas le seul à faire pression sur le Burkina Faso ; tous les pays de la CEDEAO recherchent une solution », a-t-il déclaré.

« Mais le Nigéria doit en faire la demande formellement, ce qui pourrait entraîner une réunion d’urgence de la CEDEAO pour nommer un envoyé spécial. »

L’expert estime toutefois que l’intervention de la CEDEAO est quelque peu risquée compte tenu de l’hostilité manifestée par les pays de l’AES à l’égard de l’organisation.

« Nous savons que les pays de l’AES continuent de dénoncer la CEDEAO et que l’implication de cette dernière pourrait amener le Burkina Faso à refuser toute discussion sur la question. »

Entre Tinubu et Traoré

Il est bien connu en relations internationales que, lorsqu’un problème survient, les chefs d’État se consultent directement pour le résoudre.

Cette fois-ci, Bukarti estime que le plus simple serait que le président nigérian Bola Tinubu contacte son homologue burkinabé, le capitaine Ibrahim Traoré.

« [Tinubu] devrait le contacter [Traoré], discuter et continuer à le faire jusqu’à ce que nous puissions sortir de ce pétrin », a déclaré Bukarti.

Il a ajouté que le Nigeria pourrait avoir recours à un autre pays pour intervenir en raison des mauvaises relations entre ce pays et le Burkina Faso.

« S’il existe des pays comme le Ghana, l’Algérie, le Togo ou le Rwanda, qui sont connus pour être des amis du Burkina Faso. »

Niveau africain ou mondial

Le Nigéria a également la possibilité de faire appel à l’Union africaine (UA) ou au Conseil de sécurité des Nations Unies.

L’Union africaine dispose d’une autorité aéronautique appelée Commission africaine de l’aviation civile (AFCAC), qui peut intervenir pour trouver des solutions.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, quant à lui, joue un rôle important dans la résolution des conflits entre pays, comme c’est le cas entre le Liban et Israël, et entre la Corée du Sud et la Corée du Nord.

Action en justice

Par ailleurs, le Nigéria a la possibilité de saisir la Cour internationale de Justice des Nations Unies concernant le Burkina Faso.

Le Nigéria peut saisir la Cour internationale de Justice (CIJ), dont le rôle est de régler les différends entre pays, mais les deux pays doivent consentir à comparaître devant elle.

Le tribunal examinera si la détention des soldats par le Burkina Faso a enfreint la réglementation aérienne relative aux atterrissages d’urgence et si les soldats ont pénétré illégalement dans son espace aérien

Toutefois, le Burkina Faso n’est pas tenu de se conformer à la décision du tribunal car il ne dispose pas des forces de sécurité nécessaires pour faire appliquer ses ordonnances, et le procès pourrait prendre du temps.

Menaces et force militaire

Le recours à la force militaire figure parmi les options dont dispose le Nigéria pour obtenir la liberté de ses forces, bien qu’il s’agisse de l’option la plus dangereuse.

Le docteur Bukarti estime que si tout le reste échoue, il s’agit du dernier recours.

« Le Burkina Faso devrait être menacé de la capture de ses propres soldats, de la guerre et de sanctions économiques. »

« Mais cette approche est plus dangereuse que toute autre, car le Burkina Faso pourrait les traduire en justice et affirmer qu’ils sont entrés dans le pays pour inciter à la sédition, et ils pourraient se voir infliger de lourdes peines. »

Sahel : l’AES franchit une étape décisive dans son projet de banque d’investissement commune – La Tribune 16/12  

Pensée comme le bras financier de l’Alliance des États du Sahel, la Banque confédérale pour l’investissement et le développement doit financer les projets structurants du Mali, du Burkina Faso et du Niger et incarne l’ambition du bloc de se doter de ses propres outils d’intégration économique.

L’Alliance des États du Sahel (AES) a officiellement franchi une nouvelle étape dans sa stratégie d’intégration en actant, ce 11 décembre à Bamako, la création juridique de sa Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES). Les statuts de cette institution financière, destinée à financer les projets économiques et infrastructurels du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ont été validés et signés par les trois États membres, concrétisant une initiative annoncée depuis plusieurs mois comme l’un des piliers du projet confédéral sahélien.

La création de la BCID-AES marque un tournant dans la trajectoire de l’AES, passée en deux ans du statut de cadre de coopération sécuritaire à celui de confédération revendiquant une autonomie stratégique accrue. Conçue comme le bras financier du bloc, la nouvelle banque a vocation à mobiliser des ressources souveraines et à financer des projets jugés prioritaires par les trois capitales, dans des secteurs considérés comme structurants : infrastructures de transport et de désenclavement, énergie, agriculture et sécurité alimentaire, mais aussi appui ciblé au secteur privé.

Un outil de souveraineté économique

Dans son principe, la BCID-AES s’inscrit dans la lignée des banques régionales de développement existantes sur le continent, telles que la BOAD dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ou la BDEAC en Afrique centrale. Mais elle s’en distingue par son ancrage politique assumé. Elle est pensée comme un outil de souveraineté économique, destiné à accompagner la réorganisation institutionnelle de l’espace sahélien, après la rupture avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à réduire la dépendance aux financements extérieurs traditionnels, jugés contraignants par les dirigeants de l’Alliance.

Bien que de nombreuses sources évoquent un capital de 500 milliards FCFA soit plus de 762 millions €, aucun montant n’a été officiellement communiqué par les autorités. « Le capital social de la BCID-AES a déjà été validé par le Conseil des Gouverneurs, composé des trois Ministres des Finances », précise néanmoins le centre d’information gouvernemental du Mali. Et d’ajouter : « Une partie de ce capital est déjà libérée par les États fondateurs, et un prélèvement confédéral contribuera à l’alimenter durablement ». Un mécanisme traduisant la volonté d’adosser le financement de la banque à des recettes internes plutôt qu’à des apports exclusivement externes.

Entre ambitions financières et équation de crédibilité

Avec la validation de ses statuts, la BCID-AES entre désormais dans une phase décisive. Les prochaines étapes annoncées portent sur la nomination des dirigeants, la définition du cadre de gouvernance et la mobilisation de ressources additionnelles. Autant de chantiers qui conditionneront la crédibilité opérationnelle de l’institution, dans un espace sahélien où les besoins de financement sont considérables et les marges budgétaires étroites.

Néanmoins, plusieurs inconnues demeurent. La question de l’ouverture du capital à des partenaires non membres, États ou institutions internationales, n’a pas encore été tranchée. Ce choix sera déterminant pour apprécier la capacité réelle de la banque à financer des projets de grande envergure, notamment dans les infrastructures et l’énergie, secteurs fortement capitalistiques. De même, la coexistence annoncée avec un futur fonds de stabilisation, évoqué dès 2024 par les dirigeants de l’AES, interroge sur l’architecture financière globale que souhaite bâtir la confédération. Au-delà de l’outil financier, la BCID-AES est surtout un signal politique. Elle traduit la volonté des régimes sahéliens de donner une traduction concrète à leur discours d’intégration économique et de souveraineté, en dotant l’AES de ses propres instruments. Reste à savoir si cette banque parviendra à dépasser le symbole pour s’imposer comme un acteur crédible du financement du développement, dans un environnement régional marqué par l’instabilité sécuritaire, la contrainte budgétaire et la recomposition des partenariats internationaux.

LA VOIE DU SAHEL