Revue de presse Niger – 22/12/2025

Revue de presse Niger – 22/12/2025

Le Président de la Confédération des États du Sahel préside la première session du Conseil des Ministres– ANP – 20/12   

Le président de la confédération des États du Sahel (AES), le général d’armée Assimi Goïta a présidé, ce samedi 20 décembre 2025 à Bamako, la cérémonie officielle d’ouverture de la première session du Conseil des Ministres de la Confédération des États du Sahel (AES), rapporte le quotidien malien l’Essor. La rencontre a réuni les Ministres du Mali, du Burkina Faso et du Niger, est -il précisé.

Dans son allocution d’ouverture, le Président de la Confédération a salué cette étape « inaugurale et préparatoire » à la 2e session du Collège des Chefs d’État, prévue les 22 et 23 décembre à Bamako. Il a rappelé que la session confédérale du Conseil des Ministres, prévue par l’article 12 du Traité constitutif, signé à Niamey le 6 juillet 2024, constitue l’un des trois piliers de la gouvernance confédérale, aux côtés du Collège des Chefs d’État et du futur Parlement confédéral, est il écrit.

Cette 1re session doit examiner des dossiers majeurs, dont le rapport d’exécution de la feuille de route de l’An I, les protocoles additionnels relatifs à la défense, à la diplomatie et au développement, ainsi que les dispositions encadrant les sessions parlementaires confédérales. Des documents qui, une fois adoptés, viendront achever l’architecture institutionnelle de la Confédération.

Son Excellence le Général d’Armée Assimi GOÏTA a mis un accent particulier sur la vocation de l’AES à devenir un cadre d’« émancipation, de liberté et d’indépendance véritable », fondé sur les ressources et le génie des peuples sahéliens.

« Nos trois États ont fait le choix souverain de mutualiser leurs efforts pour bâtir un espace stable et apaisé, favorable au développement et au plein épanouissement de nos populations », a déclaré le Président GOÏTA, tout en appelant à une collaboration pragmatique et renforcée face aux défis sécuritaires, économiques et géopolitiques.  

Il a également dénoncé le « terrorisme économique et médiatique » dont sont victimes les pays de la Confédération, de la part de certains acteurs internationaux dont la seule volonté est de chercher à « affaiblir le soutien populaire » dont bénéficie la Confédération.

Pour lui, ces pressions ne font que renforcer la détermination de l’AES à poursuivre « sa marche souveraine sur la scène africaine et internationale ».

Le Chef de l’Etat a tenu à rendre hommage aux Forces de Défense et de Sécurité des trois États pour leur engagement « au péril de leur vie » dans la protection des territoires.  

Il a également salué « le vaillant peuple de l’AES », véritable source de légitimité de la Confédération.

Au-delà du Sahel, le Président de la Confédération AES a élargi la perspective : « L’Afrique de l’Ouest est unie par une histoire pluriséculaire, une culture partagée et une géographie commune. Nos peuples sont naturellement appelés à vivre ensemble, dans le respect mutuel, la solidarité et la fraternité».

Niamey : Les missions et rôles de la haute Autorité à la consolidation de la paix exposés devant les Conseillers du CCR ANP 20/12  

Le Secrétaire Général de la Haute Autorité à la Consolidation de la Paix (HACP), M.Yahaya Adié, a, dans une communication faite à la plénière du Conseil consultatif de la refondation (CCR), ce Samedi 20 décembre 2025, présenté les missions et rôles de la HACP.  

C’était au cours d’une séance plénière présidée par le président de l’institution, Dr Mamoudou Harouna Djingarey.  

C’est ainsi que le Secrétaire Général de HACP, a pris la parole pour dire que la HACP est une institution rattachér à la présidence de la République du Niger. Elle a été créée en 2011 à la place du Hautcommissariat a la Restauration de la paix (1995), suivi des accords de paix

Sa mission est d’entreprendre toute initiative ou action orientée vers la consolidation de la paix, le renforcement de l’unité nationale et le développement économique et social dans une stratégie globale de lutte contre le terrorisme adoptée par l’Etat du Niger.  

Elle apporte des réponses non militaires adaptées et différenciées et aussi une intervention prioritairement dans les zones post conflit ou celles sujettes à des menaces en organisant son action autour de plusieurs approches de travail.  

‘’Parmi les axes d’Interventions de la HACP il y’a l’axe de concertation ou le dialogue de concertation entre les communautés et l’Etat, d’où l’opportunité est de rencontrer les communautés, les écouter pour leurs plaintes, griefs contre l’Etat et surtout les communautés vivant dans les territoires les plus éloignés, les périphériques ou le sentiment d’abandon, d’exclusion, d’injustice et développé’’, a-t-il expliqué, soutenant que,

‘’Le dialogue entre les communautés elles-mêmes sous l’égide de l’Etat permet aux communautés de se rencontrer, recréer la confiance, atténuer les tensions, réconcilier certains groupes, créer les conditions de cohésion sociale, de tolérance au sein des communautés, les prévient de la récupération et l’instrumentalisation des situations de conflits, de tensions entre les communautés  par les terroristes qui se positionnent comme les défenseurs ou porte-paroles des communautés’’.

Selon toujours, Yahaya Adié, la HACP apporte aussi son appui au renforcement de l’administration et la présence de l’Etat par des initiatives développées pour contribuer au renforcement de l’action de l’administration territoriale, au déploiement des services de sécurité intérieure, de la justice pour apporter des réponses adéquates aux besoins des populations, et renforcer la présence et la crédibilité de l’Etat.

Elle oeuvre enfin, dans le cadre du dernier axe de sa mission, dans l’appui à la résilience économique des populations dont le développement des initiatives sociocommunautaires à un impact rapide comme réponses immédiates et concrètes aux préoccupations identifiées par les communautés ellesmêmes par la construction et l’approvisionnement des banques d’aliments bétail, des banques céréalières et la réinsertion socio-économique des jeunes et des repentis.  »Depuis la création, et conformément à sa mission, la HACP a contribué à la stabilité et à la paix à travers le dialogue de concertation pour la prévention et la gestion des conflits et le renforcement de la cohésion sociale, au renforcement de la résilience des communautés par des multiples appuis aux jeunes et aux femmes. La HACP apporte une réponse globale, sociale, économique et institutionnelle, complémentaire à l’action gouvernementale » a-t-il rassuré.  

Le Secrétaire général dr la HACP n’a pas manqué de rappeler que  »nos communautés font face à des défis complexes de tensions sociales, de menaces sécuritaires ou de défis socio-économiques » avant de souligner que le rôle des conseillers du CCR  »apparait comme un véritable pilier pour la consolidation de la paix et du vivre ensemble », appelant à la création d’un cadre formel de collaboration entre la HACP et le CCR pour toutes les questions en lien avec la paix et la cohésion sociale.

Niger : Les perspectives économiques pour les prochaines années sont encourageantes (Ministre) ANP – 20/12  

Au terme d’une présentation sur la situation économique et financière du Niger, ce vendredi 19 décembre 2025 à la plénière du Conseil consultatif pour la refondation, le Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé du budget, Mamane Sidi, a annoncé que  »les perspectives économiques pour les prochaines années sont encourageantes » pour le pays.  

 »Notre économie a enregistré des avancées notables, avec une croissance soutenue de 6,5% en moyenne entre 2023-2025 et une mobilisation accrue des recettes fiscales, malgré les défis liés à l’insécurité et aux sabotages extérieurs » a rappelé le Ministre Mamane Sidi pour qui  »les finances publiques demeurent globalement maîtrisées, et les efforts de rationalisation des dépenses commencent à porter leurs fruits’’.

De ce fait, a-t-il annoncé, ‘’les perspectives économiques pour les prochaines années sont encourageantes », promettant que  »la croissance Economique serait forte avec un taux de 7% en moyenne entre 2026-2029. Les résultats attendus de la mise en œuvre du Programme de la Refondation de la République (PRR) permettront d’amorcer la transformation structurelle de l’économie ».

Le Ministre délégué au budget d’ajouter que  »la part du secteur secondaire dans le PIB passerait de 21,5% en 2025 à 26,3% en 2029, marquant ainsi l’affirmation de notre souveraineté et le début d’une Transformation structurelle, soutenue principalement par l’expansion du secteur pétrolier et la transformation agro-sylvo-pastorale dans le cadre du développement des unités industrielles dans les régions potentielles qu’entendent mettre en œuvre le Gouvernement ».  

‘’La trajectoire de réduction du déficit budgétaire se confirme. Le déficit budgétaire qui était de 6,7% du PIB en 2022 et 5,4% en 2023 s’est établi à 4,1% du PIB en 2024 et ressortirait à 3,2% en 2025. En 2026 et à moyen terme, ce déficit serait maintenu à 3% du PIB, conformément à la norme communautaire et la dette publique reste soutenable, et les investissements stratégiques engagés dans les secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’énergie et les infrastructures devraient soutenir le processus de refondation de notre économie’’, a souligné le Ministre délégué Chargé du Budget, tout en annonçant que  »le Gouvernement s’engage à poursuivre une gestion rigoureuse et transparente des ressources, à intensifier la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, et à promouvoir une diversification économique qui garantira une croissance inclusive et durable ».  

 »La réussite de ces réformes dépendra de la responsabilité et du soutien de chacun d’entre nous » a-til laissé entendre.

Il a, enfin, invité l’ensemble des membres du Conseil et des partenaires sociaux à  »unir leurs efforts pour accompagner ces mesures et contribuer à la consolidation de nos finances publiques’’.

Niger: dans la région de Tillabéri, les enseignants «ciblés» par les attaques terroristes RFI – 21/12  

Au Niger, un enseignant a été enlevé jeudi 18 décembre dans la commune de Makalondi, dans la région de Tillabéri, à l’ouest du pays. L’information a été confirmée par le Synaceb, le syndicat des contractuels et des fonctionnaires de l’Éducation. Cet enlèvement intervient dans un contexte sécuritaire particulier pour le corps enseignant : au début du mois deux directeurs avaient été assassinés. Depuis près de dix ans, la région de Tillabéri est confrontée à une insécurité née des attaques terroristes. Des écoles ont été sommées de fermer à la suite des déplacements forcés des populations.

Au Niger, le 5 décembre, le même syndicat avait dénoncé l’assassinat de deux directeurs d’école à Filingué, également dans la région de Tillabéri, appelant alors « les autorités à garantir la sécurité des enseignants et des élèves dans les zones exposées à l’insécurité ».

Jeudi 18 décembre, c’est le secrétaire général de la section communale du Synaceb à Makalondi qui a été enlevé. Kodjeri Maiga était revenu deux jours plus tôt de Niamey, où il avait participé à une réunion syndicale.

Ce jour-là, lui et une dizaine d’autres enseignants se retrouvent chez l’un de leurs collègues dans cette commune proche de la frontière avec le Burkina Faso. Selon les informations recueillies, trois hommes font alors irruption. Les enseignants prennent la fuite. Les assaillants poursuivent Kodjeri Maiga, le rattrapent et disparaissent avec lui.

Les raisons de son enlèvement restent, à ce stade, inconnues. Mais dans cette zone soumise à de fortes pressions terroristes, les enseignants disent se « sentir particulièrement ciblés ».

30 % des établissements scolaires affectés par l’insécurité

Il y a moins de deux ans, en janvier 2024, deux enseignants avaient déjà été enlevés à Makalondi. Détenus pendant plusieurs semaines, l’un d’eux avait finalement été exécuté.

Selon une source du secteur de l’éducation, l’objectif des terroristes serait de « contraindre à la fermeture des écoles ». De fait, « toutes les écoles de la commune de Makalondi – au moins une vingtaine d’établissements – sont actuellement fermées », précise-t-elle.

Début octobre, la ministre nigérienne de l’Éducation indiquait que la région de Tillabéri comptait environ 1 000 écoles affectées par l’insécurité sur un total de 3 200, soit près de 30 % des établissements scolaires.

Niger : Double sabotage du pipeline au sud de Jaouro par le MPLJ AlWihda – 22/12

Le secteur pétrolier nigérien subit un nouveau revers majeur. Ce dimanche 21 décembre 2025, le MPLJ a mené une attaque coordonnée contre le pipeline d’exportation au sud de Jaouro, utilisant un mode opératoire sophistiqué visant à maximiser la durée de l’indisponibilité de l’infrastructure.

L’assaut a débuté par l’explosion d’un EEI directement sur la conduite principale. Cette première action a provoqué une rupture immédiate du flux. Dans la foulée, les assaillants ont investi la station de pompage adjacente. Contrairement à une attaque de passage, ils ont pris le temps de saboter les systèmes de contrôle et les unités de pompage, rendant toute réparation d’urgence inopérante.

Le choix du site de Jaouro n’est pas fortuit. En neutralisant à la fois le conduit et la station, le MPLJ bloque l’acheminement du pétrole vers le terminal de Sèmè-Kpodji au Bénin. Ce sabotage entraîne non seulement des pertes directes de production mais nécessite également une intervention technique complexe dans une zone où la menace sécuritaire reste élevée.

Cette attaque met en lumière les limites de la surveillance actuelle du pipeline. La capacité du MPLJ à opérer un sabotage technique approfondi sur une station de pompage suggère un besoin urgent de renforcer la présence militaire permanente sur ces sites isolés et d’intégrer des systèmes de détection d’intrusion en temps réel sur l’ensemble du tracé.

Disparition d’uranium au Niger : enquête ouverte à Paris pour vol en bande organisée dans une mine auparavant exploitée par le groupe Orano Le Monde – 19/12

La junte militaire au pouvoir avait fait savoir fin novembre qu’elle allait vendre sur le marché international l’uranium produit sur le site de la Somaïr, une filiale du géant français. Ce site avait été nationalisé en juin.

Une enquête pour vol en bande organisée dans le but de servir les intérêts d’une puissance étrangère a été ouverte à Paris, après la disparition d’uranium sur un site auparavant exploité par un groupe français au Niger, a déclaré, vendredi 19 décembre, le parquet à l’Agence France-Presse, confirmant une information de Franceinfo. L’enquête a été confiée à la direction générale de la sécurité intérieure.

Après avoir annoncé la nationalisation du site de la Somaïr en juin, la junte au pouvoir au Niger avait fait savoir, le 30 novembre, qu’elle allait mettre sur le marché international l’uranium produit par cette filiale du géant français Orano (ex-Areva), située à Arlit, dans le nord du Niger.

Fin novembre, Orano avait averti dans un communiqué qu’un chargement d’uranium avait quitté le site minier de la Somaïr. Le groupe précisait également ne pas être « à l’initiative de ce convoi et le condamner fermement ».

L’exploitation de l’uranium au Niger est au centre d’un bras de fer entre la junte, au pouvoir depuis un coup d’Etat perpétré en juillet 2023, et le groupe Orano : un dossier qui illustre les tensions entre l’expuissance coloniale française et les militaires nigériens. La junte n’a jamais caché sa volonté de se tourner vers de nouveaux partenaires, comme l’Iran ou la Russie, quand Moscou a annoncé en juillet sa volonté d’exploiter l’uranium nigérien.

Plusieurs procédures d’arbitrage international

« Le Niger, digne, met sur le marché international sa propre production », a déclaré un journaliste de la télévision d’Etat, Télé Sahel, rapportant des propos tenus récemment par le chef de la junte, le général Abdourahamane Tiani. Selon la télévision d’Etat, ce dernier a revendiqué en novembre « le droit légitime du Niger de disposer de ses richesses naturelles, de les vendre à qui souhaite acheter, dans les règles du marché, en toute indépendance ».

Jusqu’à la nationalisation par la junte militaire, la Somaïr, Société des mines de l’Aïr, était détenue à 63,4 % par Orano et à 36,6 % par l’Etat du Niger. Depuis la perte de contrôle opérationnel de ses trois filiales minières dans le pays en décembre 2024, Orano, dont le capital est détenu à plus de 90 % par l’Etat français, a engagé plusieurs procédures d’arbitrage international contre l’Etat du Niger.

Fin septembre, l’entreprise a annoncé la décision en sa faveur d’un tribunal concernant la mine de la Somaïr. Selon Orano, ce tribunal a enjoint au Niger de ne pas vendre l’uranium produit par la Somaïr, dont le site compte environ 1 300 tonnes de concentré, représentant une valeur marchande de 250 millions d’euros.

Selon Wamaps, groupe de journalistes ouest-africains spécialisé dans l’actualité sécuritaire au Sahel, 1 000 tonnes d’uranium non enrichi aurait quitté Arlit. Une partie serait stockée à Niamey, l’autre serait en route vers le port de Lomé, au Togo, en passant par le Burkina Faso.

AES : les États membres officialisent la création de la Télévision de la Confédération Actu Niger 21/12

En marge du Conseil des ministres de la Confédération des États du Sahel, les pays membres ont signé l’accord portant création de la Télévision de la Confédération AES, un média stratégique destiné à renforcer l’information des populations et à porter la voix commune du Sahel.

L’accord a été paraphé par les ministres des Affaires étrangères des pays membres, consacrant une volonté politique clairement assumée : doter la Confédération d’un outil de communication souverain, capable de porter une narration propre, en phase avec les réalités, les priorités et les aspirations des peuples du Sahel. Au-delà de l’acte administratif, la signature marque une étape majeure dans la construction institutionnelle de l’AES.

La future Télévision de la Confédération AES aura pour mission de promouvoir l’intégration régionale, de valoriser les actions et politiques publiques des États membres, de renforcer l’accès à une information fiable pour les populations et de faire entendre la voix de la Confédération sur les scènes régionale et internationale. Elle se veut à la fois un vecteur de cohésion, un outil d’information de proximité et une vitrine des dynamiques politiques, économiques, sociales et culturelles portées par l’AES.

Dans un contexte sahélien marqué par de profonds bouleversements géopolitiques et une forte bataille de l’information, la création de ce média communautaire s’inscrit pleinement dans la logique de la refondation et de la souveraineté informationnelle revendiquées par les États de la Confédération. Il s’agit aussi de renforcer la coopération entre les pays membres à travers un instrument commun, pensé pour servir l’intérêt collectif et consolider le sentiment d’appartenance à un même espace.

À terme, la Télévision de la Confédération AES ambitionne de devenir une référence médiatique dans la région, en donnant la parole aux acteurs locaux, en mettant en lumière les initiatives de développement et en contribuant à une meilleure compréhension des enjeux sahéliens, loin des prismes extérieurs. Un projet médiatique qui, au-delà des écrans, traduit la volonté des États de l’AES de parler d’une seule voix et de construire, ensemble, un récit commun au service de leurs peuples.

Confédération des États du Sahel : lancement inaugural du Conseil des Ministres à Bamako Actu Niger – 21/12  

Le Palais de Koulouba a été le théâtre d’une étape historique pour la Confédération des États du Sahel (AES) avec l’ouverture de la première session confédérale du Conseil des Ministres, réunissant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, et posant les jalons de la gouvernance régionale de cette nouvelle entité stratégique.

La cérémonie a été présidée par le Président de la Transition du Mali, Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goïta, également Président de la Confédération AES, en présence des ministres des trois États membres. Cette rencontre de haut niveau s’inscrit en prélude à la deuxième session ordinaire du Collège des Chefs d’État, prévue les 22 et 23 décembre à Bamako.

Dans son allocution d’ouverture, le Président de la Confédération a qualifié cette session d’« inaugurale et préparatoire », rappelant qu’elle est expressément prévue par l’article 12 du Traité constitutif de l’AES, signé à Niamey le 6 juillet 2024. Le Conseil des Ministres constitue, a-t-il souligné, l’un des trois piliers de la gouvernance confédérale, aux côtés du Collège des Chefs d’État et du futur Parlement confédéral.

Au cœur des travaux figurent des dossiers structurants : le rapport d’exécution de la feuille de route de l’An I, les projets de protocoles additionnels relatifs à la défense, à la diplomatie et au développement, ainsi que les textes encadrant le fonctionnement des futures sessions parlementaires confédérales. Leur adoption permettra de finaliser l’ossature institutionnelle de la Confédération et de baliser son fonctionnement opérationnel.

Cette première session du Conseil des Ministres vise à harmoniser les positions des États membres, à examiner les dossiers stratégiques soumis à l’arbitrage des Chefs d’État et à formuler des recommandations concrètes pour renforcer la coopération politique, sécuritaire, économique et sociale dans l’espace confédéral.

S’exprimant devant les ministres, le Général Assimi Goïta a insisté sur la vocation profonde de l’AES, appelée à devenir un cadre d’« émancipation, de liberté et d’indépendance véritable », fondé sur les ressources propres et le génie des peuples sahéliens. « Nos trois États ont fait le choix souverain de mutualiser leurs efforts pour bâtir un espace stable et apaisé, favorable au développement et au plein épanouissement de nos populations », a-t-il déclaré, tout en appelant à une collaboration pragmatique et renforcée face aux défis sécuritaires, économiques et géopolitiques.

Le Président de la Confédération n’a pas éludé les pressions extérieures, dénonçant un « terrorisme économique et médiatique » exercé, selon lui, par certains acteurs internationaux dans le but d’affaiblir le soutien populaire dont bénéficie l’AES. Loin d’ébranler la dynamique en cours, ces tentatives, a-t-il affirmé, renforcent la détermination des États membres à poursuivre leur « marche souveraine sur la scène africaine et internationale ».

Rendant hommage aux Forces de Défense et de Sécurité du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le Chef de l’État a salué leur engagement « au péril de leur vie » pour la protection des territoires, tout en exprimant sa reconnaissance au « vaillant peuple de l’AES », qu’il a présenté comme la principale source de légitimité de la Confédération.

Élargissant la perspective au-delà du seul espace sahélien, le Président Assimi Goïta a rappelé que l’Afrique de l’Ouest demeure liée par une histoire pluriséculaire, une culture partagée et une géographie commune, estimant que les peuples de la région sont naturellement appelés à vivre ensemble dans le respect mutuel, la solidarité et la fraternité.

Avec cette première session confédérale du Conseil des Ministres, l’AES franchit un cap décisif, affirmant sa volonté de bâtir une Confédération souveraine, solidaire et structurée, résolument tournée vers la défense des intérêts stratégiques et du développement endogène des peuples du Sahel.

AES : la Force unifiée entre officiellement en activité après la remise de son étendard Actu Niger 21/12

Un tournant stratégique majeur a été franchi ce samedi 20 décembre 2025 avec la remise solennelle de l’étendard à la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES), marquant officiellement son entrée en activité opérationnelle. La cérémonie, à forte portée symbolique et politique, s’est déroulée sous la présidence du Chef de l’État malien, Président de la Transition, Chef suprême des Armées et Président de la Confédération des États du Sahel, le Général d’Armée Assimi Goïta.

Autour de cet acte fondateur, les plus hautes autorités civiles et militaires de l’espace AES étaient réunies : le Premier ministre du Mali, le Président du Conseil national de Transition, les Présidents des Institutions de la République, les ministres chargés de la Défense des pays membres, des membres des gouvernements de l’AES, les Chefs d’État-major des Armées, ainsi que des ambassadeurs, représentants d’organisations internationales, attachés de défense de pays amis et délégations officielles des États de la Confédération.

Dans son allocution, le Président Assimi Goïta a souligné la portée historique de cette cérémonie, qualifiant la remise de l’étendard de marqueur officiel du démarrage opérationnel de la Force unifiée de l’AES. Il a salué l’installation du nouveau commandant de la FU-AES et rendu hommage au courage, au professionnalisme et à la détermination des ministres de la Défense, des Chefs d’État-major et de l’ensemble des Forces de défense et de sécurité des pays membres.

Le Chef de l’État est revenu sur les acquis sécuritaires enregistrés depuis la Déclaration de Niamey du 6 juillet 2024, rappelant que les Forces armées de l’AES ont conduit des opérations conjointes majeures, notamment Yéréko I et Yéréko II. Ces actions coordonnées ont permis, selon lui, la neutralisation de plusieurs chefs terroristes et la destruction de sanctuaires criminels, grâce à une planification rigoureuse, un partage efficace du renseignement et une mutualisation accrue des moyens.

Face à l’adaptation constante des groupes armés terroristes, le Président de la Confédération a insisté sur la nécessité d’une anticipation stratégique permanente, désormais confiée au nouveau commandement de la Force unifiée. Il a également attiré l’attention sur la nature multiforme des menaces pesant sur les États du Sahel, évoquant non seulement les défis sécuritaires, mais aussi les pressions économiques et informationnelles. Dans cette optique, il a mis en avant les réponses structurantes engagées par la Confédération, notamment la création de la Télévision, de la Radio et de la presse écrite AES, destinées à renforcer la souveraineté informationnelle et à faire face aux campagnes de désinformation.

Affirmant avec fermeté que « l’AES est une réalité irréversible », le Président Goïta a salué la résilience et le soutien constant des peuples de l’Alliance, tout en s’inclinant devant la mémoire des civils et militaires tombés au champ d’honneur et en adressant ses vœux de prompt rétablissement aux blessés.

Prenant la parole à son tour, le ministre de la Défense et des Anciens Combattants du Mali, le Général de Corps d’Armée Sadio Camara, a rappelé que le Sahel traverse un moment décisif de son histoire, soulignant que la paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas. Il a présenté la Force unifiée de l’AES comme l’aboutissement d’une mutualisation stratégique fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité, d’entraide et de dignité.

L’étendard remis à la FU-AES a été décrit comme un symbole vivant, porteur de mémoire, de volonté collective et d’un engagement irréversible, forgé par le sacrifice des martyrs civils et militaires. À la tête de cette force multinationale, le Général de Brigade Daouda Traoré, officier expérimenté et reconnu pour sa connaissance du terrain, aura la lourde responsabilité de conduire la FU-AES dans un contexte sécuritaire exigeant, au service de la stabilité, de la sécurité et de la souveraineté de l’espace sahélien.

Avec cette cérémonie, la Confédération des États du Sahel franchit une nouvelle étape dans la construction de son architecture de défense commune, affirmant sa volonté de prendre en main, de manière souveraine et solidaire, son destin sécuritaire.   

Mali: ouverture du sommet des chefs d’État de l’AES pour renforcer la coopération régionale – RFI – 22/12

À Bamako, une rencontre de 48 heures réunissant les chefs des juntes du Mali, du Niger et du Burkina

Faso s’ouvre ce lundi 22 décembre. Les trois dirigeants, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), entendent renforcer leur coopération régionale. Selon le programme officiel, le général Abdourahamane Tiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie au Niger, et le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabè, seront accueillis à l’aéroport par leur homologue malien, le général Assimi Goïta.

« La défense et la sécurité seront les principaux sujets à l’ordre du jour de la rencontre », insiste une source officielle malienne. À Bamako, les dirigeants doivent rencontrer le commandement de la Force unifiée de l’AES, à peine symboliquement installée.  

Cette force, composée de militaires des trois pays, est chargée de lutter contre l’insécurité et les groupes jihadistes dans l’espace AES. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont claqué depuis un moment la porte du G5 Sahel, cette organisation régionale créée pour coordonner la lutte contre le terrorisme.

La situation au Bénin également évoquée

Au cours de leur rencontre, les chefs d’État doivent également entériner la signature, par leurs ministres des Affaires étrangères, d’un protocole instituant la Télévision de l’AES, dont le siège sera basé à Bamako. Les discussions porteront aussi sur le projet de création d’une banque commune d’investissement, régulièrement évoqué lors des précédents sommets.

La tentative de coup d’État du 7 décembre à Cotonou devrait aussi être abordée. Le Burkina Faso et le Niger partageant une frontière avec le Bénin, « il est tout à fait normal qu’il y ait un échange d’informations sur le sujet », confie un interlocuteur nigérien.

Bénin-AES : après la tentative de putsch, coulisses d’une guerre informationnelle Jeune Afrique 20/12  

La tentative de coup d’État du 7 décembre a donné lieu à une vague inédite de fake news sur les réseaux sociaux. Les autorités béninoises tentent de contrer une offensive visiblement coordonnée depuis Ouagadougou et Niamey.

Le 7 septembre, alors que Cotonou était le théâtre d’une tentative de putsch menée par le lieutenantcolonel Pascal Tigri, une autre bataille faisait rage sur les réseaux sociaux. Au premier rang de celle-ci, l’activiste Kemi Seba. Par ailleurs conseiller spécial du président nigérien Abdourahamane Tiani, celuici a diffusé des messages de soutien aux mutins dès les premières heures de combats.

Il y affirmait notamment – à tort – que Patrice Talon avait été déposé et appelait la population à manifester en faveur du coup d’État. Désormais sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la justice béninoise pour « apologie du terrorisme » et « incitation à la révolte », Kemi Seba est cependant loin d’être le seul à avoir participé à ce que Cotonou considère comme une offensive coordonnée de guerre informationnelle.

Une fausse interview de Tigri depuis le Niger

Dès le 8 décembre, le Centre national d’investigation numérique (CNIN) a lancé une contre-offensive sur plusieurs fronts. L’agence, placée sous l’égide directe de la présidence et dirigée par Ouanilo Medegan, expert en cybersécurité, a notamment créé un canal WhatsApp qui s’est employé à dévoiler les fake news qui se sont multipliées après la tentative de coup d’État. Parmi les derniers exemples en date figure une supposée interview de Pascal Tigri au site beninnews.info.

Un entretien imaginaire dans lequel le chef des mutins explique avoir agi avec le soutien… de la France. En plus d’alerter sur la nécessité de « ne pas se fier au contenu publié par cette page », les agents du CNIN indiquent également que beninnews.info n’a été créé que le 15 décembre dernier afin de diffuser de fausses informations sur la tentative de putsch. Selon nos informations, les services béninois ont identifié que la première publication de ce site sur les réseaux sociaux a été faite par un compte situé au Niger.

Nombre de vidéos et de photographies prétendant montrer des manifestations de soutien aux putschistes se sont révélées être des images sorties de leur contexte, voire des reportages anciens, tournés dans d’autres pays africains. Le canal « Anti Fake News Bénin » pointe également plusieurs cas de « reportages » générés par l’intelligence artificielle. L’une des vidéos de ce type les plus visionnées a été celle, diffusée là encore par Kemi Seba, dans laquelle on pouvait voir et entendre un Pascal Tigri généré par IA affirmé que le coup d’État était toujours en cours.

La main du Burkina Faso

Si le canal « Anti Fake News Bénin » a été créé dans l’urgence au lendemain de la tentative de putsch face à la vague inédite de fake news que les autorités béninoises considèrent comme le fruit d’une « offensive coordonnée », l’unité dédiée à la veille informationnelle est active depuis plusieurs mois.

Selon nos informations, les enquêteurs de cette cellule travaillent à une cartographie précise des comptes considérés comme les plus actifs dans la diffusion de fausses informations. L’écrasante majorité de ceux-ci se situe, selon le CNIN, au Burkina Faso ainsi que, dans une moindre mesure, au Niger. Ces « attaques informationnelles » semblent avoir redoublé depuis le mois de janvier 2025.

Le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré est régulièrement soupçonné d’abriter – voire de coordonner – des campagnes de fake news ciblant les Occidentaux mais aussi d’autres pays africains. Ce fut notamment le cas lors de la présidentielle en Côte d’Ivoire, comme le révélait Jeune Afrique en septembre dernier : la Brigade d’intervention rapide de communication (BIR-C), bras armé de Ouagadougou dans la guerre informationnelle, avait alors multiplié les attaques contre les autorités ivoiriennes, et en particulier contre Alassane Ouattara.

Le président ivoirien avait déjà été la cible, un an plus tôt, des mêmes cyberactivistes burkinabè, en amont de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) organisée en Côte d’Ivoire. À l’époque, les services de renseignement ivoiriens soupçonnaient très fortement que l’offensive avait été menée en lien avec l’Agence nationale de renseignement (ANR) burkinabè. Ces dernières années, celle-ci a régulièrement reçu le soutien de spécialistes russes de la guerre informationnelle.

Les vraies raisons du discret aller-retour de Faure Gnassingbé à Niamey Jeune Afrique 19/12  

Alors que le Bénin avait échappé à une tentative de coup d’État deux jours plus tôt, le président du Conseil du Togo s’est rendu au Niger, dans la nuit du 9 au 10 décembre, pour s’entretenir avec Abdourahamane Tiani. Coulisses d’une rencontre qui n’est pas passée inaperçue.

C’est un aller-retour de quelques heures qui a eu tôt fait de susciter curiosité et interrogations. Tard dans la soirée du 9 au 10 décembre, Faure Essozimna Gnassingbé a effectué un aller-retour de quelques heures au Niger. Le président du Conseil du Togo y a rencontré l’homme fort de Niamey, le général Abdourahamane Tiani, et cette visite nocturne a intrigué les chancelleries de la sous-région.

Les interrogations de Cotonou

Il faut dire que deux jours plus tôt, le 7 décembre, un groupe de putschistes avait tenté de renverser le président Patrice Talon, au Bénin, et de s’emparer du pouvoir. Dès le 9 décembre, Cotonou avait acquis la certitude que le lieutenant-colonel Pascal Tigri, le chef des mutins, avait traversé le fleuve Mono et trouvé refuge à Lomé. Cotonou sait également l’animosité que lui porte le régime nigérien, que les autorités béninoises soupçonnent d’ailleurs d’être lié – d’une manière ou d’une autre – à la tentative de coup d’État. Dans ce contexte, l’échappée nigérienne de Faure Gnassingbé ne pouvait pas passer inaperçue.

Selon nos informations, s’il n’est pas exclu que les deux dirigeants aient parlé de la situation au Bénin, c’est un tout autre sujet qui a motivé ce déplacement et été au cœur de leurs discussions : les 1 000 tonnes d’uranium que le Niger espère mettre sur le marché et pour lesquelles il cherche un débouché. Extrait de la mine de la Somaïr, dans la région d’Arlit, le minerai a été chargé à bord de camions fin novembre, lesquels ont ensuite pris la direction du sud. Des images satellites confirment que, le 7 décembre, le convoi se trouvait sur la base militaire 101, à Niamey.

Faisant fi des protestations de l’entreprise française Orano, qui exploitait la mine quand l’uranium en a été extrait, le Niger cherche à le faire sortir de son territoire. Sa frontière avec le Bénin étant fermée depuis le putsch qui a conduit le général Tiani au pouvoir en juillet 2023, un transbordement de la cargaison sur un navire amarré au port de Lomé avait alors paru vraisemblable.

Ce ne devrait finalement pas être l’option retenue : selon nos sources, plusieurs proches de Faure Gbassingbé ont en effet exprimé leurs réticences, convaincus que ce serait exposer le Togo à un trop grand risque réputationnel et commercial compte tenu des procédures engagées par Orano devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) et devant la Cour commune de justice et d’arbitrage de l’Ohada (CCJA). Si le président du Conseil s’est rendu à Niamey, c’est donc dans le cadre d’une médiation entreprise pour rapprocher les positions du Niger et de la France, qui détient 90 % d’Orano.

L’AES ciblée par la nouvelle version du « travel ban » de Trump Jeune Afrique – 21/12  

Nouveau signe du durcissement de la politique migratoire de la Maison-Blanche : les États-Unis étendent l’interdiction de l’entrée sur leur sol aux ressortissants étrangers de sept nouveaux pays. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel sont ciblés.

En matière de politique migratoire, fil rouge le plus patent des deux mandats du versatile Donald Trump, le 47e président des États-Unis manie la carotte des visas et le bâton des interdictions de voyage. Au gré des actualités nationales, des statistiques de dépassement des titres de séjour ou de l’humeur du locataire de la Maison-Blanche, le désormais fameux « travel ban » est à une géométrie aussi variable que les droits de douane. La liste des pays dont les ressortissants sont indésirables aux États-Unis a été actualisée, ce 16 décembre.

En juin, Washington avait annoncé des interdictions d’entrée sur le territoire américain aux voyageurs de 12 pays principalement situés au Moyen-Orient et dans cette Afrique que Donald Trump ne manque jamais de tacler, avec une dose toujours certaine de méconnaissance du continent. Étaient notamment tenus à distance les habitants du Tchad, du Congo, de Guinée équatoriale, d’Érythrée, de Libye, du Soudan et de cette Somalie que Trump qualifie de « pays pourri ». Sept nations complètent désormais la liste des pays indésirables, dont cinq africains.

Le Sahel mis à l’index

Si la Sierra Leone voit les restrictions passer de « partielles » à « totales », le Soudan du Sud, le Burkina Faso, le Niger et le Mali font leur entrée dans la « liste noire ». Une décision qui fait dire à l’hebdomadaire français Le Point que « l’Amérique tourne le dos » à un Sahel qu’elle entend pourtant officiellement épauler, dans la lutte contre le terrorisme.

Inutile d’attendre les réactions officielles des régimes de l’Alliance des États du Sahel (AES). Primo, la récente proclamation américaine n’est guère une surprise, car les États-Unis avaient donné, par exemple, un délai de soixante jours au Burkina Faso pour se conformer à certaines exigences américaines. Secundo, les réponses sahéliennes devraient déployer d’attendues promesses de mesures de réciprocité…

Servir les intérêts américains

Comme des exceptions confirment toujours les règles, les États-Unis précisent, à l’occasion de cette nouvelle vague de pays « sanctionnés » que ne seront pas concernés, le 1er janvier 2026, les résidents permanents légaux ou les titulaires de visas existants, de même que certaines catégories de droits d’entrée comme celles des athlètes, des diplomates ou des personnes dont la venue « sert les intérêts nationaux des États-Unis ». Cette immigration choisie, décidée unilatéralement, inquiète notamment les étudiants, les chercheurs et les hommes d’affaires.

En ce qui concerne les motifs de ces nouvelles restrictions, le jargon est toujours truffé des mêmes arguments : « déficiences persistantes et sévères » dans les systèmes de contrôle, de vérification et de partage d’informations des pays de départ, nécessité de « protéger la sécurité des États-Unis », risque de nuisance « à la culture, au gouvernement, aux institutions ou aux principes fondateurs » des ÉtatsUnis.

Le Sahel transformé en un juteux marché de formations militaires Mondafrique – 20/12

La complexité et l’urgence du combat contre le terrorisme au Sahel ont transformé cette région en un vaste marché de formations militaires. Souvent dans le sillage de la vente d’armes, ces cessions répondent aux objectifs et aux logiques des armées sahéliennes et des pays fournisseurs, qu’ils soient des états africains ou des partenaires internationaux.

Les propositions émanent, principalement, de la Russie, des États-Unis d’Amérique, de la Chine, de pays européens, de l’Iran, de la Turquie puis du Maroc. Un des défis principaux est la mise en cohérence des acquis dans la stratégie de défense globale des pays concernés. Un grand défi que d’évaluer leur impact sur l’efficacité des armées sahéliennes !

Alors en visite à Moscou, mi-novembre 2021, le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, avait affirmé que ‘’ au moins 90% des officiers et des militaires ont été formés ici en leur temps’’.

Le ministre malien avait ajouté que des instructeurs russes – Wagner à l’époque – aidaient les Maliens à apprendre à utiliser les équipements, les avions ou les armes reçus de la Russie, dans une guerre asymétrique. Le Mali a besoin de l’aide des techniciens russes pour entretenir l’ensemble de ces matériels militaires. Plus précis, les profils recherchés par Afrika Corp – remplaçant de Wagner – couvrent un large éventail de fonctions, telles l’infanterie motorisée, l’artillerie, les blindés, le maniement des drones, des spécialistes de la guerre électronique et de la défense aérienne, la médecine militaire, ou encore la traduction en langues arabe et française.

L’héritage de Barkhane

Entre le 18 février 2013 et le 18 mai 2024, l’armée malienne a bénéficié de formations dans le domaine des opérations de patrouille. Elle a aussi appris différentes techniques pour contrer les offensives des djihadistes à moto. En effet, les groupes djihadistes ont une capacité à s’adapter rapidement aux différentes tactiques déployées par les armées sahéliennes.

Des unités légères de reconnaissance et d’intervention (ULRI), ou les Compagnies mobiles de contrôle des frontières (CMCF) au Niger, ont été constituées par lrs unités  européennes investies au Sahel sur l’initative de la France,  Task Force Takuba. Les militaires maliens ont également été l’objet d’accompagnement de la part de l’opération Barkhane, entre août 2014 et novembre 2022.

Tout ce paquet, dans le cadre de l’EUTM (European Union Training Mission), visant à renforcer l’autonomie de l’armée malienne, ainsi que de l’EUCAP Sahel. Lancée en janvier, cette autre mission de renforcement des capacités soutenait la réforme du secteur de la sécurité, la stimulation de la gestion efficace, la transparence ainsi que la responsabilité des forces armées. Avec Barkhane, les armées sahéliennes ont constitué un groupe unique de plusieurs milliers d’hommes qui ont combattu côte à côte.  

Le Maroc en première ligne.

Depuis 2018, le Maroc accueille, chaque année, la Conférence africaine des officiers supérieurs, un forum stratégique réunissant une centaine de hauts gradés provenant de trente pays africains ainsi que des États-Unis. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie d’AFRICOM ou Commandement américain pour l’Afrique. Celle-ci cherche à soutenir les États partenaires dans la lutte contre les menaces transnationales à contrer les influences extérieures déstabilisatrices et à promouvoir des structures de défense résilientes en Afrique.

Par ailleurs, le Maroc déploie d’intenses activités de formations dans les pays du Sahel. Ainsi, le 18 août 2025, une délégation des Forces armées royales (FAR) a fait une visite de travail à la Direction de la communication et des relations publiques de l’état-major général des Forces armées mauritaniennes. L‘objectif était de renforcer le partenariat, dans les domaines des media militaires et de la communication institutionnelle.

La quatrième session de la Commission mixte maroco-mauritanienne, tenue en novembre 2023, à Nouakchott, était marquée par des discussions autour de la formation et l’entrainement conjoints, incarnant une diplomatie de défense proactive et pragmatique. Cette vision, aux yeux des deux voisins, est en adéquation avec les nouvelles réalités sécuritaires du Maghreb et du Sahel, où la porosité des frontières et les flux illicites requièrent une réponse, non seulement coordonnée mais également robuste.

En juillet 2024, le Maroc et le Burkina Faso ont signé un accord de coopération militaire, qui comprend, notamment, des entrainements et des exercices, le soutien technique et la médecine militaire. À ce titre, le Maroc a accueilli en mai 2025 une délégation d’officiers burkinabè pour un stage de formation en sécurité militaire. Toujours dans le cadre, 200 militaires burkinabè ont bénéficié de six semaines de formation, théorique et pratique, en techniques de saut parachutiste au Centre d’instruction des troupes aéroportées de Bobo-Dioulasso, entre juin et juillet 2025.

La coopération militaire entre le Royaume et le Mali comporte les mêmes domaines, avec, en plus, la formation d’unités de l’armée malienne dans les académies et écoles militaires des FAR.  Du 27 au 29 mai 2025, une délégation de l’armée malienne s’est rendue au Maroc, dans ce cadre.  

Flintlock, grand exercice américain

Le plus important exercice annuel de l’AFRICOM est Flintlock, instauré en 2005. Il s’agit d’un exercice militaire et policier combiné. Son objectif est de renforcer la capacité des pays partenaires clés africains à contrer les organisations extrémistes violentes, à collaborer au-delà de leurs frontières et à assurer la sécurité de leurs populations. Cet engagement américain se traduit, également, par le déroulement d’un programme d’appui de 46 milliards de FCFA, destiné aux unités opérant dans les zones les plus exposées à la menace terroriste. Le même élan sera doublé d’un autre programme de formation en secourisme de combat ou en compétences médicales essentielles. Cette année, le Bénin, le Cameroun, le Cap-Vert, le Ghana, le Libéria, la Libye, le Maroc, la Mauritanie, le Nigeria, le Sénégal, le Tchad et le Togo ont pris part à l’édition 2025 qu’a accueillie la Côte-d’Ivoire, du 24 avril au 14 mai. Au total, 38 pays, réunissant 500 personnels des Forces spéciales, s’y sont frottés. La Côte-d’Ivoire et le Ghana avaient co-hébergé les éditions 2023 et 2024. Flintlock 2024 avaient formé 1 300 militaires originaires d’une trentaine de nations africaines et leurs partenaires internationaux. Fondamentalement, l’exercice a pour finalités : le renforcement de l’interopérabilité, la coordination des opérations et de la réactivité face aux menaces transnationales telles le terrorisme et le crime organisé. L’édition 2025 cible les défis sécuritaires mondiaux, souligne l’importance de la lutte anti-terroriste et de l’action conjointe contre l’instabilité régionale. Elle fait la promotion du partenariat international, dans le contexte sécuritaire de l’Afrique de l’ouest et du nord.

La présence chinoise est également significative dans le domaine de la formation militaire au Sahel. Elle a signé des accords bilatéraux avec les pays de l’AES en matière de formations de militaires, en Chine, et de livraison d’équipements militaires. Début 2025, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a dévoilé une stratégie ambitieuse visant à renforcer la sécurité et la stabilité dans le continent. Deux piliers essentiels :

  • Formations et renforcement des capacités de 6 000 soldats et de 1 000 policiers, afin de les rendre capables de répondre aux défis sécuritaires constants, en particulier le terrorisme et les insurrections ;  
  • un engagement de 136 millions de dollars en assistance militaire, afin de fournir non seulement des équipements mais aussi de l’expertise technique pour moderniser les armées locales.

’La diplomatie du drone’’ de la Turquie.

La Turquie pratique ‘’la diplomatie du drone’’ avec les armées du Sahel, maniant l’argument de la vente du matériel militaire, particulièrement des drones, aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Elle livre aussi des avions de surveillance et de transport de troupes, avec, à la clé, des instructeurs pour la formation de militaires au maniement et à la maintenance de ces vecteurs. La Turquie a renforcé ses liens stratégiques avec le Cameroun, un pays important de la lutte anti-djihadiste au Sahel. Le ministre turc de la Défense, Yasar Guler, s’est rendu dans ce pays, début mai 2015, lors de la 3è session de la Commission mixte Cameroun – Turquie. C’était l’occasion de saluer les nombreuses initiatives en matière de formations. Il s’agit de stages offerts aux élèves officiers et sous-officiers camerounais dans les académies militaires turques, ainsi que l’accueil de missions d’études de l’École supérieure internationale de guerre (ESIG) de Yaoundé et de l’École internationale des forces de sécurité (EIFORCES) d’Awae, ces deux dernières années. De nombreux militaires du Sahel continuent d’être formés dans ces deux grandes écoles. Awae est une commune du Centre du Cameroun, située à 50 km de Yaoundé.

Jusqu’à fin septembre 2024, des militaires français, entre autres, apprenaient à des homologues tchadiens à servir de lien essentiel entre les troupes au sol et les capacités aériennes. Leur mission principale sera, plus tard, de dialoguer avec des aéronefs, afin de faciliter la compréhension des manœuvres au sol, et d’assurer la distinction entre les troupes alliées et ennemies.  Ils auront pour tâches, également, de guider les aéronefs de reconnaissance et de surveillance pour détecter des cibles d’opportunité, permettant d’adapter la manœuvre en temps réel. Les Forces françaises au Tchad organisaient aussi, au profit d’éléments de l’armée de l’air tchadienne, des modules portant sur les escortes des autorités, avec une partie aérienne sur hélicoptère MI-17 et une autre terrestre, au champ de tir de Massaguet, situé à 80 km au nord de la capitale tchadienne.

Avec cet échantillon de formations, comment les capacités militaires des armées sahéliennes ont-elles évolué, ces dernières années ? Elles ont fait, probablement, des progrès. Mais jusqu’à quel niveau opérationnel ? En face, leurs ennemis djihadistes ont acquis aussi des connaissances nouvelles et des armes plus perfectionnées. Par exemple, la Russie et les pays de l’AES accusent l’Ukraine d’avoir exporté sa guerre avec Moscou au Sahel, en fournissant, notamment, des drones et de l’expertise appropriée aux groupes armés terroristes. Le modeste rôle de Kiev au Sahel explique-t-il, en partie, les difficultés des armées sahéliennes à contrer systématiquement l’ennemi islamiste? Ou est-ce 

LA VOIE DU SAHEL