Refondation/souveraineté : Les grands dossiers du CNSP
Courant fin de ce mois de décembre le gouvernement de la transition militaire vient de se doter d’une ordonnance portant mobilisation générale. Un dispositif juridique auquel les Etats font recours en situation de guerre ou de grave tension sécuritaire. Cette décision du gouvernement intervient dans un environnement sous régional tendu et un contexte national marqué par de grands défis. Le pays fait en effet face à trop de défis, les uns plus graves que les autres, défis sécuritaires liés aux attaques terroristes, défis sociaux liés à la précarité de la vie et la grogne sociale par les salariés, défis liés à l’unité nationale avec la montée des courants identitaires de plus en plus récurrents sur les réseaux sociaux, le dernier en date émanant d’une personnalité pas des moindres, un honorable chef traditionnel, institution considérée pourtant comme le dernier rempart pour servir de digue à toute tentative contre la cohésion sociale.
Face à ces diverses contingences, il faut dire que c’est une décision de très haute portée que le Chef de l’État a prise à travers cet appel à la mobilisation générale qui confère à l’autorité Publique les pleins pouvoirs de réquisition des services ou du personnel dans le cadre de la défense nationale. Il s’agit ici pour le commandant suprême de l’Armée le général Abdourahamane Tiani de battre le rappel des troupes, d’appeler toutes les couches de la nation à se mettre en rangs serrés et à regarder dans la même direction pour faire face à toute menace Intérieure et extérieure. Le Niger est dans une situation d’urgence et a besoin d’une solide coordination entre le gouvernement et toutes les représentations de la population.
De la souveraineté virtuelle à la souveraineté populaire
C’est fini les artifices, c’est terminé pour les slogans, le général Abdourahmane Tiani veut aller dans le concret. La bataille pour la souveraineté vient de rentrer dans une phase nouvelle, et le Président Tiani a besoin pour conduire la guerre de s’appuyer sur une solide base arrière. Il a besoin de compter sur une véritable légitimité populaire. Depuis le début de la transition le pouvoir a dialogué avec des activistes et influenceurs, mais pour muscler la mobilisation générale Tiani va avoir deux choix: dialoguer directement avec le peuple comme il l’a fait lors de sa dernière sortie ou à travers la sortie des membres de son gouvernement ou en seconde alternative se doter d’une véritable représentation issue directement des couches populaires. En compétition de légitimité avec les responsables politiques en place la transition militaire a choisi de dissoudre les partis politiques et s’est approchée des influenceurs, des activistes des réseaux, des personnalités de facebook pour constituer les relais avec les populations. Cependant le monde virtuel risque de ne pas constituer un relais solide dans le cadre d’une mobilisation générale. Ces activistes des réseaux sociaux sont pour la plupart financés et coachés depuis l’extérieur par des bailleurs de fonds avec qui ils gardent encore des connexions avec des risques de fuite de certains secrets d’État. D’autre part les acteurs de la société civile sont dans une large mesure en rupture avec la population. La recherche du positionnement ou les conquêtes d’intérêt personnel ont fini de discréditer une société civile très souvent silencieuse face aux préoccupations réelles des populations. Les ruwaybidas comme ils sont appelés ne bénéficient pas d’une très bonne appréciation au sein des populations. Considérés comme des signes de la fin des temps, les hadiths du prophète Mahomet en parlent comme des personnes viles qui vont se mettre à parler de tout, qui vont se mettre à parler sur les affaires publiques, qui vont parler des affaires de l’État sans en avoir les compétences. Sortir du virtuel pour aller au concret, c’est sortir des slogans portés par ces activistes pour aller vers l’action.
La limite du slogan
L’affaire de l’uranium du Niger a illustré de façon totale les limites du slogan. Les slogans des activistes ne gouvernent pas, les slogans ne produisent rien, les slogans ne produisent aucune action. Dans la bataille qu’il mène pour la souveraineté nationale, dans le cadre de cette mobilisation générale le Président Abdourahamane Tiani va avoir besoin d’une vraie légitimité populaire. Il doit aller au-delà de la légitimité médiatique ou de la légitimité virtuelle portée par les activistes et influenceurs. Tiani a besoin aujourd’hui non pas des personnes qui parlent de toutes les affaires publiques, qui parlent de la législation animale, qui parlent de la géopolitique, qui parlent des questions minières, qui parlent de tout. Le Général Abdourahamane Tiani a besoin des compétences. La phase actuelle de lutte lancée par Tiani requiert un pool de personnalités d’une compétence avérée pour réfléchir avec rigueur sur des dossiers sensibles, pour élaborer des anticipations et préparer des discussions ou des négociations. C’est seulement dans cette démarche que le Niger va gagner la bataille de l’uranium et la bataille de la souveraineté. Mais jamais avec les slogans des influenceurs ruwaybidas.
Ibrahim Elhadji dit Hima

