Niger budget 2026 : Entre promesses de refondation et réalités socio- économiques implacables.

Niger budget 2026 : Entre promesses de refondation et réalités socio- économiques implacables.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou

  1. Un budget 2026 bâti sur des hypothèses optimistes dans un contexte de grande fragilité

Le projet de loi de finances 2026 est présenté comme un instrument de stabilité budgétaire et de développement inclusif, adossé au Programme de la Refondation de la République. Toutefois, une lecture attentive du texte révèle une forte dépendance à des hypothèses macroéconomiques très optimistes, dans un pays structurellement vulnérable.

Le Niger évolue dans un environnement mondial instable (tensions géopolitiques, conflits, incertitudes économiques), mais aussi dans un contexte interne marqué par des contraintes sévères : enclavement, sanctions passées, pression sécuritaire persistante, faible industrialisation et pauvreté de masse. Or, le budget 2026 semble davantage conçu comme un budget de projection politique que comme un budget de précaution.

  1. Une économie toujours dépendante de facteurs exogènes et climatiques

a) L’agriculture : pilier fragile et aléatoire

Le gouvernement mise fortement sur le dynamisme du secteur agricole, notamment à travers :

Le soutien à la campagne agricole et pastorale,

L’intensification des cultures irriguées.

Cependant, cette orientation ignore ou minimise plusieurs réalités :

La dépendance persistante à la pluviométrie,

La faible mécanisation,

L’insécurité dans plusieurs zones agricoles,

L’accès limité des producteurs aux intrants, au crédit et aux marchés.

En clair, l’agriculture reste un secteur de survie plutôt que de transformation, incapable à court terme de générer une croissance inclusive durable sans réforme foncière, industrielle et logistique profonde.

  1. Ressources extractives : une croissance sans garantie de bien-être social

a) Pétrole, uranium, or : la vieille promesse renouvelée

Le texte met en avant :

L’augmentation de la production pétrolière,

La reprise et l’expansion de la production d’uranium (SOMIDA),

Une hausse de la production aurifère.

Or, l’histoire économique du Niger démontre que :

L’exploitation minière n’a jamais réduit significativement la pauvreté,

Les retombées locales sont faibles,

la transformation locale est quasi inexistante,

Les revenus sont souvent absorbés par le fonctionnement de l’État plutôt que par l’investissement social.

Sans mécanismes clairs de redistribution, de transparence et de souveraineté économique, cette croissance extractive risque de renforcer une économie de rente, déconnectée des besoins réels des populations.

  1. Zones économiques spéciales : ambition affichée, capacité incertaine

Le développement des zones agro-industrielles de Niamey et Maradi est présenté comme un levier structurant. Pourtant :

Le Niger souffre d’un déficit énergétique chronique,

Les infrastructures de transport restent insuffisantes,

Le secteur privé national est faiblement capitalisé,

Le climat des affaires demeure fragile.

Sans investissements massifs, stabilité réglementaire et accès réel au financement, ces zones risquent de rester des vitrines politiques plutôt que des moteurs économiques.

  1. Un discours social vague face à une réalité sociale dure

Le texte affirme que le budget 2026 « institue des mesures visant à soulager les populations », sans en préciser :

La nature,

L’ampleur,

Le ciblage,

Ni les mécanismes de mise en œuvre.

Or, la réalité sociale du Niger est marquée par :

Un taux de pauvreté extrêmement élevé,

Un chômage massif des jeunes,

Une précarité croissante en milieu urbain,

Une pression démographique incontrôlée,

Une dégradation du pouvoir d’achat.

L’absence de détails concrets laisse penser que la dimension sociale est davantage incantatoire que structurelle.

  1. Une loi de finances qui reflète un État en quête de légitimité économique

Au-delà des chiffres et des projections, ce projet de budget révèle un État qui :

Cherche à rassurer les partenaires et l’opinion,

Mise sur de grands projets symboliques,

Mais peine à proposer une transformation économique profonde.

Le Programme de la Refondation, tel qu’évoqué, apparaît encore comme un cadre politique, non comme une stratégie économique opérationnelle assortie d’indicateurs mesurables.

  1. Conclusion : entre volontarisme politique et réalité socio-économique

En définitive, la situation socio-économique du Niger, telle que reflétée par ce projet de loi de finances 2026, se caractérise par :

Une forte dépendance aux ressources naturelles,

Une vulnérabilité structurelle persistante,

Un écart préoccupant entre les ambitions affichées et les capacités réelles,

Une réponse sociale encore insuffisamment articulée.

Sans réformes profondes de gouvernance, de redistribution, de transformation locale et de capital humain, le budget 2026 risque de reproduire les déséquilibres du passé, malgré un discours de rupture et de refondation.

La refondation économique ne peut se limiter à des projections optimistes : elle exige des choix courageux, parfois impopulaires, mais structurels.

Abdoulkarim Ousmane Mahamadou