Libye : Mort de Saïf al-Islam Kadhafi, l’héritier controversé d’un régime déchu
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Saïf al-Islam Kadhafi, fils le plus en vue de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, aurait été tué lors d’une attaque armée dans l’ouest de la Libye, selon plusieurs médias régionaux et internationaux. Les faits se seraient produits dans la région de Zintan, à son domicile, dans des circonstances encore floues et non confirmées officiellement par les autorités libyennes.
Si cette information venait à être confirmée, elle marquerait un tournant symbolique majeur dans l’histoire politique libyenne post-2011.Né en 1972, Saïf al-Islam était longtemps apparu comme le visage « réformateur » du régime de son père. Formé en Libye puis au Royaume-Uni, où il obtient un doctorat à la London School of Economics, il incarnait une nouvelle génération au sein du pouvoir. Sous le régime de Mouammar Kadhafi, il occupait un rôle politique informel mais influent, multipliant les initiatives diplomatiques et les discours en faveur d’une ouverture progressive du pays. Il était perçu, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Libye, comme un successeur potentiel, capable de moderniser le système sans en remettre en cause les fondements.
Toutefois, cette image s’est effondrée avec le soulèvement populaire de 2011. En pleine révolution libyenne, Saïf al-Islam adopte une ligne dure, prononçant un discours resté célèbre dans lequel il menace les opposants et défend fermement le régime. Cette prise de position l’a définitivement associé à la répression menée par le pouvoir. Après la chute de Tripoli et la mort de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, il prend la fuite avant d’être capturé par une milice de Zintan.
Poursuivi pour crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, Saïf al-Islam est condamné à mort par contumace par la justice libyenne en 2015. Il reste détenu pendant plusieurs années avant d’être libéré en 2017, dans le cadre d’une loi d’amnistie controversée. Depuis lors, il vivait à l’écart de la scène publique, malgré une tentative de retour politique, notamment à travers l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle libyenne de 2021, finalement avortée.
Personnage profondément clivant, Saïf al-Islam Kadhafi demeurait un symbole vivant des fractures mémorielles et politiques de la Libye contemporaine. Sa disparition, si elle est confirmée, pourrait raviver de vieilles blessures dans un pays toujours confronté à l’instabilité, à la fragmentation institutionnelle et aux luttes d’influence armées. Pour beaucoup de Libyens, son nom reste indissociable d’un passé autoritaire dont les séquelles continuent de peser lourdement sur l’avenir du pays.

