9 février 1990 – 36 ans après : la vérité toujours ensevelie, la mémoire toujours trahie

9 février 1990 – 36 ans après : la vérité toujours ensevelie, la mémoire toujours trahie

Par Malam Saïdou

Trente-six ans se sont écoulés depuis les évènements tragiques du 9 février 1990, une date sombre gravée dans la mémoire collective nigérienne. Ce jour-là, à Niamey, des élèves et étudiants, réunis au sein de l’Union des scolaires nigériens (USN), manifestaient pacifiquement pour de meilleures conditions d’études et de vie. La répression fut brutale. Des jeunes furent fauchés, des vies brisées, et une génération durablement marquée. Pourtant, malgré le temps écoulé, la vérité n’a jamais été officiellement établie, encore moins la justice rendue.
Depuis 36 ans, les familles des victimes, les camarades de lutte et l’opinion publique nationale attendent en vain une reconnaissance claire des faits, l’identification des responsabilités et des actes à la hauteur de la gravité du drame. Le silence institutionnel, entretenu au fil des régimes, a transformé cette tragédie en symbole d’une impunité persistante, où la mémoire des victimes est régulièrement invoquée, mais rarement honorée par des actes concrets.

Un espoir politique vite éteint.

L’arrivée au pouvoir du président Issoufou Mahamadou en 2011 avait pourtant suscité un regain d’espoir, notamment avec la nomination de Marou Amadou, ancien secrétaire général de l’USN, à des fonctions ministérielles. Pour de nombreux scolaires et acteurs de la société civile, cette désignation incarnait la promesse d’une réparation morale, voire d’un début de vérité sur les évènements de 1990. Qui mieux qu’un ancien leader estudiantin, témoin et acteur de ces luttes, pouvait porter cette exigence historique ?

Mais au fil des années, cet espoir s’est progressivement effrité.

Malgré sa proximité supposée avec les revendications scolaires, aucune avancée significative n’a été enregistrée sur le dossier du 9 février. Ni commission indépendante, ni rapport public, ni reconnaissance officielle à la hauteur du drame. Pire encore, les préoccupations structurelles des élèves et étudiants – conditions d’études, bourses, infrastructures, libertés syndicales – sont restées largement insatisfaites. Pour beaucoup, cette période a marqué une rupture douloureuse entre les anciens idéaux de lutte et la réalité du pouvoir.

Une USN en crise de repères.

Aujourd’hui, à l’heure du régime militaire du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le constat est tout aussi amer. Le comité directeur actuel de l’USN, loin d’incarner une force critique autonome, est accusé par une partie de l’opinion de flirter avec le pouvoir en place, au détriment de son rôle historique de contre-pouvoir et de défense des intérêts des scolaires.
Cette proximité avec le régime militaire alimente un profond malaise au sein des rangs estudiantins et ravive le sentiment d’une trahison de l’héritage du 9 février 1990. Comment revendiquer la mémoire des martyrs tout en s’accommodant d’un système qui ne montre aucune volonté de faire la lumière sur ce passé ? Comment parler de lutte lorsque la contestation cède la place au compromis opportuniste ?

Une mémoire sans justice, un avenir incertain.

Trente-six ans après, le 9 février demeure une plaie ouverte. Tant que la vérité ne sera pas établie, tant que justice ne sera pas rendue, cette date continuera de hanter la conscience nationale. La mémoire ne peut se satisfaire de commémorations symboliques ; elle exige des actes, du courage politique et une rupture avec la culture de l’oubli.
Pour la jeunesse nigérienne, le combat reste entier. Car sans vérité sur le passé, aucune construction durable de l’avenir n’est possible. Et sans une USN fidèle à ses principes fondateurs, la voix des scolaires risque de se perdre dans les couloirs du pouvoir, loin de la rue où elle est née.

LA VOIE DU SAHEL

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