Chronique de la semaine.Niger : sortir du piège des hommes providentiels pour sauver la Nation.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Pourquoi continue-t-on à lier les solutions aux problèmes du Niger et l’avenir de tout un peuple au seul trio Abdourahamane Tiani, Mohamed Bazoum et Mahamadou Issoufou ?


La question mérite d’être posée avec courage et lucidité. Car à force de réduire le destin d’un pays de plus de 25 millions d’habitants à trois noms, le Niger s’enferme dans un débat stérile, émotionnel et improductif, loin des véritables urgences nationales.Le Niger est profondément malade. Et cette maladie n’est ni née en juillet 2023, ni en 2021, encore moins en 2011. Elle est le résultat de décennies d’inconséquence, de renoncements et d’égoïsmes d’une classe politique et d’une élite qui ont confisqué l’État à leur profit. Ceux que l’on oppose aujourd’hui sur la scène publique ont pourtant un point commun fondamental : ils ont bénéficié d’un Niger qui fonctionnait mieux qu’aujourd’hui. Une école publique de qualité, un système de santé relativement digne, une administration respectée et surtout un minimum de sécurité, socle indispensable à tout développement.
Ce Niger-là a façonné ces hommes, leur a donné les outils intellectuels, sociaux et institutionnels pour devenir ce qu’ils sont devenus : des décideurs, des dirigeants, des références politiques. Ironie tragique de l’histoire : ce sont ces mêmes générations de dirigeants qui ont laissé se déliter l’école, l’hôpital, la sécurité et la cohésion sociale. Aujourd’hui, le pays qu’ils laissent aux Nigériens est confronté à une insécurité chronique, à un système éducatif sinistré et à une pauvreté qui se féminise et se juvénilise dangereusement.
Pendant que le débat public se polarise sur Tiani, Bazoum ou Issoufou, des millions d’enfants nigériens étudient dans des classes surchargées, sous des paillotes, sans enseignants qualifiés et parfois sans craie. Des enseignants qui, eux-mêmes, sont contraints de quémander leurs salaires ou leurs pécules. Dans les centres de santé, des agents courageux travaillent sans plateaux techniques, sans médicaments, sans moyens, face à des populations abandonnées à leur sort. Et tout cela dans un contexte d’insécurité où ni l’école ni l’hôpital ne sont pleinement protégés.
Les Nigériens n’ont pas besoin d’un débat éternel sur les responsabilités individuelles, encore moins d’un culte des hommes providentiels. Ils ont besoin d’un État qui fonctionne, de politiques publiques cohérentes et durables, d’institutions fortes qui survivent aux hommes. L’avenir du Niger ne se résume pas à qui gouverne aujourd’hui ou à qui gouvernera demain, mais à la capacité collective à reconstruire les fondamentaux : l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sociale.
Il est temps d’épargner aux Nigériens ces débats stériles centrés sur des individus, souvent instrumentalisés par des clans et des intérêts. Le Niger ne se sauvera ni par la diabolisation d’un camp, ni par la sanctification d’un autre. Il se sauvera par une rupture réelle avec la médiocrité politique, par l’émergence d’une nouvelle élite responsable, redevable et au service exclusif du peuple.
Sortir du piège Tiani-Bazoum-Issoufou, ce n’est pas nier leurs responsabilités historiques. C’est refuser qu’ils continuent de monopoliser l’imaginaire politique d’un pays qui mérite mieux. Le Niger a besoin de solutions, pas de symboles. De politiques publiques, pas de querelles de personnes. De justice sociale, pas de règlements de comptes. Tant que cette prise de conscience collective n’aura pas lieu, le pays continuera de tourner en rond, au détriment de ses enfants, de ses femmes et de son avenir.

