Ghana–États-Unis : Accra au cœur d’un nouvel axe sécuritaire régional.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Lundi 23 février 2026, une rencontre sobre mais stratégique s’est tenue à Accra entre le général Dagvin Anderson, commandant du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), et le président ghanéen John Dramani Mahama. Loin des effets d’annonce et des mises en scène diplomatiques, les deux hommes ont échangé de manière directe sur un enjeu devenu central pour l’Afrique de l’Ouest : la sécurité régionale.
Selon des sources concordantes de USEmbassyGhana et du USAfricaCommand (AFRICOM), cette discussion a porté sur les « intérêts sécuritaires communs » entre Washington et Accra. Un terme diplomatique qui cache en réalité des préoccupations très concrètes : la montée en puissance des groupes armés affiliés à l’État islamique dans la sous-région, notamment au Nigeria, et le risque d’extension de l’insécurité vers les pays côtiers.
Ces derniers mois, Accra s’est imposée comme un véritable hub stratégique pour la coopération militaire américaine en Afrique de l’Ouest. La capitale ghanéenne aurait servi de point d’appui logistique et diplomatique pour le renforcement de la présence militaire américaine au Nigeria, dans la perspective d’une offensive soutenue par les États-Unis contre les groupes djihadistes actifs dans ce pays clé de la région.
Le choix du Ghana n’est pas anodin. Considéré comme l’un des États les plus stables politiquement d’Afrique de l’Ouest, le pays bénéficie d’institutions relativement solides et d’une armée professionnelle, régulièrement engagée dans des missions de maintien de la paix. Pour Washington, Accra apparaît ainsi comme un partenaire fiable pour coordonner des actions sécuritaires sans susciter de fortes résistances internes ou régionales.
Pour le président John Dramani Mahama, cette coopération renforcée répond également à une nécessité nationale. Bien que le Ghana soit jusqu’ici épargné par les attaques terroristes majeures, les autorités restent conscientes de la porosité des frontières et des risques de contagion sécuritaire depuis le Sahel et le nord du Nigeria. Anticiper plutôt que subir : telle semble être la doctrine d’Accra.
Cette rencontre marque donc une nouvelle étape dans l’architecture sécuritaire ouest-africaine, où le Ghana se positionne désormais comme un acteur pivot. Reste toutefois une question centrale : cette intensification de la coopération militaire étrangère saura-t-elle garantir une sécurité durable, ou ne fera-t-elle que déplacer les foyers de tension ? Pour l’heure, Accra assume son rôle, consciente que la stabilité régionale est devenue une responsabilité partagée.

