Guinée : la dissolution choc du RPG et de l’UFDG, vers la fin du pluralisme politique
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
La transition politique en Guinée franchit un nouveau cap qui suscite de vives interrogations. Le ministère de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD) a annoncé la dissolution de plusieurs partis politiques, dont deux poids lourds de la vie publique nationale : le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), ancien parti au pouvoir fondé par Alpha Condé, et l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo.
La décision, rendue publique par arrêté à travers les médias d’État, marque un tournant majeur dans la recomposition du paysage politique guinéen sous la transition militaire dirigée par Mamadi Doumbouya depuis le Coup d’État guinéen de 2021. Elle relance surtout le débat sur l’avenir du pluralisme et de la démocratie dans un pays déjà marqué par de profondes tensions politiques.Une décision lourde de symboles
Le RPG et l’UFDG ne sont pas des formations politiques ordinaires. Pendant plus d’une décennie, ces deux partis ont structuré l’essentiel du débat politique en Guinée. Le RPG a porté au pouvoir Alpha Condé en 2010 et a dominé la scène politique jusqu’à sa chute en 2021. L’UFDG, de son côté, s’est imposée comme la principale force d’opposition, mobilisant une base militante importante à travers le pays.
La dissolution simultanée de ces deux piliers politiques envoie donc un signal fort : celui d’une volonté de redéfinir profondément l’architecture politique nationale. Officiellement, les autorités évoquent la nécessité de faire respecter les règles de fonctionnement des partis et de restructurer un champ politique jugé désorganisé. Mais pour de nombreux observateurs, cette décision pourrait aussi traduire une stratégie visant à neutraliser les principales forces capables de peser sur la transition.
Entre assainissement politique et soupçons de verrouillage
Depuis l’arrivée au pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), les autorités militaires affirment vouloir refonder l’État et moraliser la vie publique. Dans ce contexte, la mise en conformité des partis politiques est présentée comme une étape nécessaire.
Cependant, la dissolution de formations majeures suscite des inquiétudes. Beaucoup redoutent que cette mesure ne réduise davantage l’espace politique déjà fragilisé depuis la prise du pouvoir par les militaires. Dans plusieurs transitions africaines récentes, les réformes politiques ont parfois servi de levier pour écarter les adversaires les plus influents avant un retour aux urnes.
Quel impact pour la transition guinéenne ?La question centrale reste désormais celle de l’avenir politique du pays. La disparition administrative de partis historiques pourrait recomposer profondément les alliances, mais aussi accentuer la méfiance entre les autorités de transition et les acteurs politiques traditionnels.Pour la Guinée, l’enjeu dépasse la simple restructuration des partis. Il s’agit de savoir si la transition en cours prépare réellement un retour à un ordre démocratique pluraliste ou si elle ouvre la voie à une nouvelle configuration politique dominée par le pouvoir militaire.
Dans un pays où les crises politiques ont souvent débouché sur des tensions sociales, la manière dont cette décision sera appliquée pourrait bien déterminer le climat politique des mois à venir — et la crédibilité du processus de transition lui-même.

