Le « Business du Patriotisme » : Quand crier à la souveraineté devient le métier le plus lucratif du Niger

Le « Business du Patriotisme » : Quand crier à la souveraineté devient le métier le plus lucratif du Niger


(Editorial de Soumana Idrissa Maïga, Quotidien L’Enquêteur du Lundi 9 Mars 2026)


Il y a un nouveau métier incroyablement rentable à Niamey depuis quelque temps. On ne l’apprend ni à l’université ni dans les centres de formation technique. Ce métier, c’est « Patriote Professionnel ».
Le plan d’affaires est d’une simplicité enfantine : mettez les couleurs de l’AES en photo de profil, apprenez par cœur trois slogans anti-impérialistes, assistez aux marches de soutien au pouvoir et faites du bruit, filmez-vous en train de crier très fort sur les réseaux sociaux, et traitez de « traître » quiconque ose poser une question intelligente. Ensuite ? Attendez patiemment que ce bruit vous ouvre les portes des ministères et des institutions, vous garantisse un marché public juteux ou une nomination stratégique.
Ne nous mentons pas. Sous couvert de défendre la Refondation, beaucoup ont simplement trouvé un nouveau fonds de commerce.
Ce qui révolte, c’est le contraste brutal avec la réalité du terrain. Le vrai patriotisme, au Niger, il souffre en silence. C’est l’infirmier qui fait des gardes épuisantes. C’est le paysan de Dosso ou de Tillabéri qui se bat contre une terre aride. C’est surtout cette vendeuse de kopto ou ce jeune faba-faba qui, malgré une journée de galère au soleil, partent fièrement déposer leurs 500 ou 1000 FCFA au Fonds de Solidarité pour la Sauvegarde de la Patrie (FSSP).
Eux, ils financent concrètement notre souveraineté. Eux, ils encaissent le choc de l’inflation et des prix sur les marchés de Katako ou de Wadata sans jamais faire de vidéos pour réclamer une médaille ou un poste.
Pendant ce temps, les opportunistes de la crise remplacent peu à peu l’ancienne élite dans les mêmes V8 climatisés, avec la même arrogance, mais cette fois drapés dans le noble manteau de « la lutte pour la souveraineté ». La souveraineté de notre pays n’est pas un buffet à volonté où les plus bruyants viennent se servir en premier.
Si votre amour pour la patrie disparaît le jour où l’on vous refuse un avantage personnel ou un poste, c’est que vous n’étiez pas un militant. Vous étiez un mercenaire de la Refondation.
Il est temps d’ouvrir les yeux. Le Niger de demain se construira avec ceux qui mouillent le maillot dans l’ombre, pas avec ceux qui utilisent le drapeau national comme un vulgaire ascenseur social. Le masque finira par tomber.

LA VOIE DU SAHEL

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