Revue de presse Niger – 11/03/2026
Tillabéri : Le Chef d’Etat Major de l’Armée de Terre Adjoint en mission de galvanisation et d’encouragement des FDS – ANP – 10/03
Le Chef d’État-Major de l’Armée de Terre Adjoint, le Général de Brigade Abdourahamane Abou Zataka a effectué, le 09 mars 2026, une mission dans la région de Tillabéri où il s’est longuement entretenu avec les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) de la Zone de Défense N°1.
Cette visite s’inscrit dans le cadre d’une mission d’encouragement et de galvanisation des FDS engagées sur le terrain, mais également de présentation des condoléances de la hiérarchie militaire aux familles des victimes civiles et militaires du terrorisme dans la région du fleuve.
À cette occasion, le Général de Brigade Abdourahamane Abou Zataka a assisté à une séance de Fatiha organisée pour le repos éternel des âmes des disparus.
Il a été accompagné dans ses déplacements par le Gouverneur de la région de Tillabéri, le Colonel Maïna Boukar, du Commandant de la Zone de Défense N°1, le Colonel Mahamadou Harouna Soukarédjou, ainsi que du Chef d’État-Major Tactique de l’opération « Almahaou », le Colonel-Major Harouna Karimou.
A son arrivée à la zone de défense N°1, le CEMAT Adjoint a d’abord passé en revue un détachement des éléments de la garnison de cette zone, avant d’être salué par les autorités administratives et militaires de la région.
Mandaté par la hiérarchie militaire, il est venu présenter les condoléances les plus émues à la grande famille des FDS de la Zone de Défense N°1 et prendre part à la séance de Fatiha organisée en mémoire des victimes civiles et militaires des affres du terrorisme imposé au pays.
La cérémonie religieuse a été marquée par des prières et invocations formulées par des oulémas et marabouts présents pour la circonstance. Ceux-ci ont imploré Allah, le Clément et le Miséricordieux, afin qu’Il protège davantage le Niger, son peuple, ses dirigeants ainsi que les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
La présence du Chef d’État-Major de l’Armée de Terre Adjoint à Tillabéri témoigne de l’attention et de l’engagement constants des plus hautes autorités du pays en faveur des idéaux de la Refondation et de la souveraineté nationale.
A cette occasion, les oulémas ont rappelé l’importance de la multiplication des actes de dévotion tels que les zikrs, les dou’as et les séances de Fatiha, qui constituent, selon eux, un soutien spirituel important dans la lutte pour la paix et la sécurité.
Au cours de sa mission, le Général de Brigade Abdourahamane Abou Zataka s’est entretenu avec les éléments des FDS sur plusieurs préoccupations liées à la situation sécuritaire. Il a insisté sur la nécessité de maintenir une vigilance permanente dans toutes les opérations de sécurisation des personnes et de leurs biens, conformément aux missions confiées par la hiérarchie militaire.
Le CEMAT Adjoint s’est également rendu au chevet des blessés des attaques terroristes admis à l’infirmerie de la garnison de la Zone de Défense N°1, afin de leur remonter le moral et de leur témoigner la compassion des plus hautes autorités de la Refondation.
Poursuivant sa mission, il a mis le cap sur Ayorou où il a échangé avec les éléments du 12ᵉ Bataillon Interarmes de Tabou-Boré. Les discussions ont notamment porté sur l’élan de souveraineté amorcé par le Niger depuis le 26 juillet 2023.
Le Général Abdourahamane Abou Zataka a également rencontré les éléments du 15ᵉ Bataillon Spécial d’Intervention de Kandadji ainsi que ceux de la Gendarmerie de Gabou. À chacune de ces étapes, il a transmis les encouragements des plus hautes autorités du pays à ces braves Forces de Défense et de Sécurité qui, sous la conduite de la hiérarchie militaire, accomplissent un travail jugé encourageant et satisfaisant.
Il a enfin exhorté les troupes à poursuivre leurs efforts avec sérénité, engagement et une vigilance accrue afin de toujours garder l’ascendant sur l’ennemi.
Niger: les autorités confrontées à l’explosion de la surpopulation carcérale à la prison civile de Niamey – RFI – 11/03
Le régisseur de l’établissement a informé le ministre nigérien de la Justice, qui s’est rendu sur place lundi 9 mars, que le taux d’occupation des lieux était de 400%. Alors que la prison abrite une très grande majorité de prisonniers incarcérés sous le statut de la détention provisoire, leurs délégués mettent en cause la lenteur des délais de traitement des dossiers par la justice pour expliquer ce phénomène.
Une explosion de la surpopulation carcérale à la prison civile de Niamey : tel est le constat dressé à la suite de la visite sur place du ministre nigérien de la Justice, Alio Daouda, lundi 9 mars, à qui le régisseur de l’établissement situé en plein cœur de la capitale nigérienne a communiqué un taux d’occupation des lieux de plus de 400%.
Construite pour pouvoir accueillir 400 détenus il y a 80 ans, celle-ci en abrite aujourd’hui près de 1 900. Selon un communiqué du ministère de la Justice, des délégués des prisonniers ont mis en avant la lenteur dans le traitement de leurs dossiers judiciaires pour expliquer ce phénomène : les trois quarts d’entre eux sont, en effet, incarcérés sous le statut de la détention provisoire, soit environ 1 500 personnes.
Si la construction d’un nouveau centre de détention d’une capacité de 1 500 places est prévue pour remplacer l’actuelle prison civile de Niamey, celui-ci est en chantier depuis plusieurs années. En attendant son ouverture, Alio Daouda, qui était venu pour s’enquérir de leurs conditions de détention, a donc promis aux détenus une accélération des délais de traitement de leurs dossiers.
Le Niger compte au total une quarantaine de prisons qui accueillaient près de 16 000 détenus en 2024.
Au Niger, une nouvelle base militaire stratégique attaquée par des djihadistes – Le Monde – 10/03
L’assaut survenu dans la nuit de dimanche 8 à lundi 9 mars n’a pas été revendiqué, mais tout laisse à penser qu’il est l’œuvre de l’Etat islamique au Sahara. Le groupe ne cesse d’étendre son action au NIger.
Des tirs en rafale et des explosions ont retenti vers trois heures du matin, dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars à Tahoua, une ville du centre du Niger située à environ 500 kilomètres de route de Niamey, semant la confusion chez les habitants. Sur l’une des vidéos qui circule en ligne, certains observent le ciel traversé de projectiles avec inquiétude, tandis que d’autres courent se mettre à l’abri. Dès la matinée, le calme était revenu.
Aucune victime civile n’est à déplorer à ce stade : c’est la base 401, située sur le territoire de l’aéroport, qui était visée. Des assaillants sont arrivés à moto, visant en particulier des drones turcs de l’armée nigérienne, stationnés à cet endroit. Si l’attaque n’a pas encore été revendiquée, les regards se tournent vers l’Etat islamique au Sahel (EIS), responsable d’une attaque conduite selon le même mode opératoire qui avait visé la base 101 de l’aéroport de Niamey, fin janvier, et provoqué des dégâts significatifs.
L’EIS est « le seul groupe présent dans la région qui ait les capacités et l’intention de mener une telle attaque », estime Héni Nsaibia, chercheur sur le Sahel à Acled, un groupe d’étude sur les conflits. L’organisation est en effet en position de force au Niger par rapport à son rival, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM, filiale d’Al-Qaida au Sahel), plus puissant au Mali et au Burkina Faso.
Pour l’heure, les autorités nigériennes parlent simplement d’une « attaque terroriste ». Le gouverneur de la région, le colonel major Souleymane Amadou Moussa, s’est rendu sur place dans la matinée de lundi pour « constater de visu les dégâts » : « Des impacts et des douilles sont visibles un peu partout dans la base des drones », est-il précisé dans une dépêche de l’Agence nigérienne de presse (ANP).
Le bilan annoncé de source officielle fait état de blessés légers « côté ami ». Plusieurs assaillants auraient été tués par les Forces de défense et de sécurité (FDS) nigériennes, qui auraient également capturé cinq suspects. Les autres se seraient retirés après des échanges de tirs.
Une base « particulièrement stratégique »
Le gouverneur a reconnu que « quelques matériels » avaient été « bassement endommagés », mais il est difficile de savoir combien de drones étaient présents sur la base au moment de l’attaque. « Les drones turcs constituent l’arme la plus importante du Niger contre les djihadistes depuis le départ de l’armée française » en 2023, estime Ulf Laessing, directeur régional de la fondation allemande Konrad Adenauer au Mali.
Les premiers modèles sont arrivés dès 2021, sous la présidence de Mohamed Bazoum. La coopération s’est poursuivie entre Ankara et Niamey après l’arrivée au pouvoir par un coup d’Etat du général Abdourahamane Tiani en 2023. Plusieurs alliés occidentaux de l’époque, dont la France, avaient dû plier bagage, laissant place notamment aux Russes du groupe paramilitaire Africa Corps.
Lancés depuis la base de Tahoua, construite en 2022, les drones sont des atouts précieux pour surveiller l’activité des groupes djihadistes et mener des frappes ciblées. Cette infrastructure est « particulièrement stratégique », note Olayinka Ajala, professeur associé en relations internationales à l’université de Leeds, au Royaume-Uni : « Elle est située dans une région où l’EI est particulièrement actif, et où les insurgés circulent entre le Niger et le Nigeria. »
Dans le cas de l’attaque de l’aéroport de Niamey, le communiqué de l’EIS ainsi que des images tournées sur place laissaient d’ailleurs penser que l’organisation avait bénéficié d’un appui d’éléments de l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), autre branche de l’organisation active autour du lac Tchad et dans le nord du Nigeria.
Accumulation d’attaques d’ampleur
Les deux filiales « opèrent de manière indépendante mais peuvent se coordonner pour des opérations spécifiques », relevait Heni Nsaibia dans une note du 26 février consacrée à la flambée de violences dans la zone frontalière entre le Niger, le Nigeria et le Bénin – où une incursion du GSIM a causé la mort de quinze soldats dans la nuit du 3 au 4 mars.
Le Niger, qui apparaissait autrefois relativement moins menacé que ses voisins malien et burkinabé, fait face à une accumulation d’attaques d’ampleur, revendiquées, sur son sol. Pour Olayinka Ajala, l’augmentation d’attaques ces derniers mois montre que « plus les autorités poursuivent les groupes, plus ceux-ci s’adaptent ».
La région de Tahoua occupe une position délicate, prise entre les frontières malienne, au nord, et nigériane, au sud, toutes deux zones de passage et d’activité des djihadistes. En mai 2025, l’EIS avait revendiqué une attaque dans le département de Tillia, limitrophe du Mali, qui avait tué selon son annonce une quarantaine de soldats nigériens. Côté nigérian, l’Etat frontalier de Sokoto a été la cible de frappes américaines menées en coordination avec les autorités d’Abuja en décembre 2025, visant l’EIAO.
OCI : L’UNA lance un écosystème médiatique numérique intégré pour renforcer la transformation numérique et lutter contre la désinformation – ANP – 10/03
L’Union des agences de presse des États membres de l’Organisation de la coopération islamique (UNA) a lancé un écosystème médiatique numérique intégré comprenant une série de projets et de plateformes technologiques avancées.
Cette initiative vise à renforcer la transformation numérique dans le secteur des médias, à améliorer l’efficacité de la production de contenu d’information et à lutter contre la désinformation médiatique, conformément aux exigences de l’ère numérique et afin de renforcer la présence médiatique dans les États membres de l’OCI.
Le Directeur général de l’Union, Mohammed bin Abdulrabbo Al-Yami, a expliqué que cet écosystème s’inscrit dans la mise en œuvre de la résolution adoptée par la Conférence islamique des ministres des Affaires étrangères lors de sa dernière réunion tenue à Istanbul les 21 et 22 juin 2025.
Cette résolution appelle l’Union à intensifier ses activités dans les domaines de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle, à moderniser les plateformes numériques de l’Union et de ses agences membres, et à développer les compétences professionnelles des journalistes dans les États membres.
Al-Yami a souligné que cet écosystème s’inscrit également dans la vision de l’Union visant à développer la coopération médiatique entre les agences de presse membres à travers des projets numériques interconnectés reflétant une transformation institutionnelle vers des médias modernes fondés sur l’innovation et les technologies intelligentes. Cet environnement intégré soutient la production, l’échange et la diffusion mondiale de l’information.
Il a indiqué que parmi les projets phares figure le nouveau site web de l’UNA, qui constitue la porte d’entrée numérique unifiée des médias des pays de l’OCI. La plateforme rassemble les actualités des États membres, des agences et des partenaires au sein d’un hub numérique moderne offrant une expérience utilisateur fluide et proposant un contenu fiable qui renforce la crédibilité du travail médiatique.
Selon Al-Yami, le site se distingue par plusieurs fonctionnalités technologiques avancées, notamment la traduction neuronale instantanée des textes vers 51 langues, la lecture audio des articles d’actualité, un système de gestion des couvertures médiatiques, un moteur de recherche avancé ainsi qu’une compatibilité complète avec différents appareils.
Il a également annoncé le lancement de « UNA Chatbot », un assistant intelligent reposant sur les technologies d’intelligence artificielle, conçu pour fournir des réponses instantanées et précises concernant les activités et les services de l’Union, 24 heures sur 24.
Selon Al-Yami, ce projet vise à renforcer la communication avec le public et à fournir des informations provenant directement de sources fiables. Il prend en charge plusieurs langues, comprend différents dialectes et est relié directement aux autres plateformes de l’Union.
L’écosystème comprend également « UNA Teams », un environnement de travail numérique destiné à gérer la correspondance, l’archivage et l’organisation des tâches au sein de l’Union, contribuant ainsi à améliorer l’efficacité institutionnelle, à accélérer la prise de décision et à renforcer la transparence dans la gestion administrative.
Dans le cadre du développement des compétences professionnelles, Al-Yami a indiqué que l’Union a lancé le Réseau international des instituts de formation, une plateforme mondiale réunissant instituts de formation, formateurs, stagiaires et entreprises dans un réseau professionnel unifié proposant des programmes de formation accrédités et de larges opportunités de coopération et de développement de contenus pédagogiques. La plateforme prend en charge à la fois la formation présentielle et la formation numérique.
Il a ajouté que l’Union a couronné ses initiatives technologiques dans le domaine médiatique par le lancement de « l’Éditeur intelligent », un outil journalistique basé sur l’intelligence artificielle et entraîné sur des milliers d’articles d’actualité officiels. Cet outil est capable de produire un contenu médiatique professionnel conforme au style rédactionnel des agences de presse, d’accélérer les processus éditoriaux, de réduire les erreurs et de permettre aux journalistes de se concentrer davantage sur la vérification et l’analyse approfondie.
Le Directeur général de l’UNA a également indiqué que parmi les projets importants figure la plateforme de publication sur le site de l’Union, qui permet aux agences de presse et aux partenaires de publier directement leurs informations via un protocole sécurisé et rapide, garantissant ainsi une large diffusion internationale du contenu médiatique grâce à la traduction instantanée dans des dizaines de langues.
L’Union a également lancé la plateforme des États membres, qui sert de portail de services intégré reliant l’Union aux agences de presse des États membres et offrant des services médiatiques et organisationnels incluant l’échange d’informations, la formation, la gestion des couvertures médiatiques internationales, les délégations médiatiques et les programmes de développement professionnel.
Dans le cadre de la lutte contre la désinformation médiatique, Al-Yami a indiqué que l’Union a lancé UNA Fact Check, une plateforme spécialisée dans la vérification de l’information reposant sur des technologies avancées d’analyse linguistique couvrant plus de 120 langues. Ce système analyse rapidement des milliers de sources afin de produire des résultats fiables et publiables.
Les projets comprennent également « PalestiFact (Palestine News Fact-Check) », un outil médiatique spécialisé destiné à vérifier les informations relatives à la question palestinienne et à révéler les récits trompeurs grâce à l’analyse de milliers de contenus médiatiques et à la production de rapports professionnels multilingues fondés sur des sources fiables.
Il a également indiqué que l’écosystème comprend la plateforme d’adhésion médiatique, qui propose un programme complet destiné aux journalistes et aux institutions médiatiques du monde entier grâce à des adhésions à plusieurs niveaux offrant des opportunités de formation, de couverture médiatique et de participation à des événements internationaux, ainsi que des cartes numériques vérifiables instantanément.
L’Union a également mis en œuvre le projet « News Processor », un système intelligent conçu pour traiter les informations émises par différentes entités et les reformuler dans un style journalistique conforme aux politiques éditoriales adoptées par les agences de presse, contribuant ainsi à l’unification du style rédactionnel et à l’amélioration de la qualité du contenu.
Dans le domaine de la publication et de la distribution médiatique, Al-Yami a précisé que l’Union a mis en place un système spécialisé de publication et de distribution permettant d’envoyer des informations et des communiqués de presse à des milliers d’organisations et d’institutions médiatiques grâce à un système d’envoi groupé professionnel prenant en charge le suivi, l’archivage et la planification de la publication.
L’Union a complété son écosystème numérique par le lancement de la plateforme de formation des diplômés universitaires, qui vise à automatiser les programmes de formation des étudiants et à relier les universités et les institutions de formation aux organismes d’accueil, contribuant ainsi au développement des compétences professionnelles des diplômés et à l’organisation électronique du processus de formation entre les stagiaires, les institutions de formation et les superviseurs académiques.
Al-Yami a souligné que ces initiatives numériques reflètent la vision de l’Union des agences de presse des États membres de l’OCI visant à construire un écosystème médiatique moderne fondé sur l’innovation et les technologies intelligentes, à soutenir la coopération entre les institutions médiatiques des États membres et à renforcer le rôle des médias professionnels dans la réponse aux défis numériques, la lutte contre la désinformation et la diffusion d’informations fiables à l’échelle internationale.
Les cyberactivistes pro-AES soutiennent le régime iranien au nom du «souverainisme» – RFI – 11/03
Depuis le début de la guerre des États-Unis et d’Israël face à l’Iran, les pays de l’AES n’ont pas pris position. Le Premier ministre malien de Transition a présenté ses condoléances après la mort d’Ali Khamenei, mais sans soutenir ni condamner aucun camp. Et pour cause, l’AES a renoué avec Washington depuis plusieurs mois avec, notamment, une relance déjà amorcée sur le plan sécuritaire et dans des projets de développement. Pour autant, les soutiens des régimes militaires ont pris fait et cause pour le régime des mollahs et multiplient les publications sur les réseaux sociaux, que le Timbuktu Institute a soigneusement étudiées.
« Les cyberactivistes proches des régimes militaires en place au Sahel essaient de transformer, même symboliquement, les drones iraniens en leçon de souveraineté, jubilant sur les failles américaines et rêvant d’un Sud global qui refuse de plier, même si les régimes militaires de l’AES (Mali-Niger-Burkina, NDLR) négocient déjà en coulisses le retour des États-Unis au Sahel. C’est une véritable contradiction », décrypte Bakary Sambe, président du Timbuktu Institute à Dakar.
« L’Iran est tout de suite vu comme un modèle de résistance et de souveraineté, projetant les aspirations des pays de l’AES et alignant ainsi l’Iran aux batailles anti-occidentales, voire anti-françaises au Sahel », poursuit-il.
De nombreux observateurs et acteurs politiques, y compris aux États-Unis ou en Europe, ont soulevé l’illégalité de ces frappes, faites par le bon vouloir des États-Unis et d’Israël en dehors de toute légalité internationale.
Pour ce qui concerne les cyberactivistes pro-Alliance des États du Sahel, aucun mot à l’égard des milliers de morts iraniens victimes du régime des mollahs. Bakary Sambe le confirme : « Au contraire, il y a des formes de solidarité vis-à-vis de l’Iran, qui est considéré comme un symbole de la résistance qui devrait aussi inspirer ici, au Sahel. »
La presse étouffée au Burkina Faso, au Mali et au Niger – DW – 10/03
Dans ce Focus Sahel Plus, la liberté de la presse, autrefois l’une des plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest dans les pays du Sahel, est désormais sous pression constante.
Avant les coups d’État successifs, les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) figuraient parmi les mieux classés d’Afrique de l’Ouest en matière de liberté d’expression.
Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de Reporters sans frontières (RSF), rappelle que Burkina Faso, Mali et Niger constituaient des pôles importants du journalisme indépendant.
Retrouvez notre Focus Sahel Plus de la semaine sur YouTube DW Afrique dans le journal de 17hTU du jour:
Le Burkina Faso : autrefois terre de journalistes libres
Pays de Norbert Zongo, le Burkina Faso était longtemps un symbole régional de liberté de la presse.
Il accueillait le Festival international de la liberté d’expression, Ouagadougou abritait le Centre de presse Norbert Zongo.
« C’est un pays où il y a eu et où il y a toujours eu de très, très grands journalistes. C’était aussi le cas aussi au Mali. C’est le cas aussi au Niger », se souvient Sadibou Marong.
Mais il constate que l’arrivée au pouvoir des militaires a rendu les “conditions d’exercice extrêmement difficiles”, notamment dans les zones de conflit où les reportages indépendants sont devenus presque impossibles.
Arrestations, suspensions de médias et propagande officielle
Depuis le putsch de 2022, la situation s’est fortement détériorée, avec des arrestations de journalistes, parmi lesquels Guezouma Sanogo et Boukari Ouoba en mars 2025, la dissolution d’organisations professionnelles, la suspension de médias, des lois d’exception utilisées pour réduire au silence les voix critiques.
Les médias internationaux ne sont pas épargnés : RFI, France 24 ou d’autres agences ont été ouvertement attaqués, accusés de manipulation, parfois suspendus, et des correspondants étrangers expulsés.
Une presse “aux ordres”
Le journaliste et auteur français Bruno Jaffré décrit une presse libre qui a désormais “quasiment disparu” : disparition de journaux emblématiques comme L’Événement, mise au pas de Radio Oméga, pressions sur la chaîne BF1.
Selon lui, la presse actuelle “se contente de relayer la communication gouvernementale”.
Or cette pression, explique-t-il, « ne touche pas que les journalistes, ça touche l’ensemble de la population ».
Bruno Jaffré poursuit : « On commence par les têtes de file de l’opposition, en tout cas ceux qui auraient pu l’être, comme Guy-Hervé Kam qui avait créé un parti, le dernier à publier des communiqués pour dénoncer les massacres effectués par l’armée burkinabé. Et ça s’attaque à des anonymes comme à des activistes très connus. Donc tout est sous contrôle », regrette-t-il.
Au Niger, le retour de la prison pour diffamation
Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, les atteintes à la liberté de la presse se multiplient également au Niger. : suspension de RFI et France 24, dissolution de la Maison de la Presse début 2024, rétablissement de peines de prison pour diffamation via un amendement de la loi sur la cybercriminalité, arrestations de journalistes, y compris des correspondants étrangers et locaux accusés “d’atteinte à la sûreté de l’État”.
Plusieurs journalistes sont encore en prison, parfois sans procès. C’est le cas de l’un des correspondants sur place de la DW.
Mali : une répression accentuée par la loi sur la cybercriminalité
La loi malienne de 2019 permet des peines pouvant atteindre 10 ans de prison. Critères opaques pour les licences audiovisuelles, arrestations (comme celle de Youssouf Sissoko en 2026) : la pression ne cesse de s’intensifier.
Le journaliste Boukary Daou, directeur du Réseau Médias Droits de l’Homme (RMDH) a lui-même été incarcéré il y a dix ans, en 2013.
Depuis, il a été libéré et a lancé LaVieSahel.com. Il décrit toutefois une multitude d’obstacles qui empêchent de plus en plus les journalistes de faire leur travail comme il le faudrait :
« Nous nous battons pour une dépénalisation des délits de presse. J’énumère quelques obstacles. C’est le manque d’équipement. C’est le manque de compréhension de certaines autorités. Ce sont aussi les journalistes qui se rendent dépendants. Et ce sont aussi les fausses informations qu’on nous glisse sous les pieds délibérément pour nous induire en erreur. Ce sont aussi les difficultés d’accès aux sources. »
Insécurité sur le terrain
Les reporters ne peuvent plus se rendre dans de nombreuses zones où sévissent des groupes armés, combattants affiliés à Aqmi ou à l’État islamique et qui rendent impossible tout travail de vérification. Résultat : « le fact-checking a ses limites », déplore Boukary Daou, ce qui favorise la circulation de fausses informations.
« Mais quel journaliste va s’aventurer sur le terrain pour essayer de recouper une information auprès de Iyad AG Ghali, ou bien auprès de de Amadou Koufa? », interroge le journaliste.
La bataille pour protéger les journalistes et contrer la propagande
RSF et plusieurs ONG tentent de renforcer la protection des professionnels des médias, par le plaidoyer pour des cadres juridiques plus solides, la création de forums communautaires, la sensibilisation aux stratégies anti‑censure.
Sur les réseaux, des influenceurs pro‑junte comme Videoman au Mali dominent parfois davantage l’espace public que les journalistes eux‑mêmes, alimentant une propagande massive sur internet.
Sadibou Marong de RSF déclare :
« On le voit aussi au Burkina avec un peu toute la galaxie qui est favorable à aux autorités militaires en place qui utilisent également l’internet, pour défendre la cause des pouvoirs militaires. […] On l’a vu récemment aussi dans un pays comme la Guinée-Bissau, qui, pour nous aussi, fait partie du Sahel, avec des restrictions et peu d’accès à l’internet pendant le coup d’État. […]
On a vu que beaucoup d’autorités militaires dans la zone sahélienne préfèrent investir sur des agences ou en tout cas des satellites qui développent un peu la propagande, leur propagande à elle, et cela n’a pas de conséquences, n’a pas de valeur ajoutée réelle.
Et pourtant, selon RSF, « dans la marche de ces pays-là, il est préférable de protéger et de promouvoir une information intègre, de promouvoir des journalistes de qualité, des acteurs locaux dignes d’intérêt, des acteurs locaux qui sont responsables et qui savent exactement ce qu’ils doivent faire, y compris même dans ces contextes difficiles. »
Une communication contre‑productive ?
Pour Bruno Jaffré, la propagande militaire finit par se retourner contre ses auteurs. “On a des guerres partout dans le monde, à chaque fois d’un côté ou de l’autre, il y a des chiffres qui sont donnés du nombre de décès. Au Burkina Faso, il n’y a aucune communication sur la guerre, uniquement de la propagande. C’est prendre les Burkinabè pour des imbéciles de croire que ça leur suffit comme information. »
Défendre le droit à l’information
En 2024, RSF a lancé à Addis Abeba une Déclaration pour le droit à l’information au Sahel.
La Gambie, le Liberia et la Mauritanie l’ont déjà signée, et la Côte d’Ivoire pourrait suivre.
Depuis 2022, des campagnes ciblent aussi les journalistes locaux et communautaires, acteurs indispensables sur le terrain.
La première protection : la formation et l’éthique journalistique
Pour Boukary Daou, malgré les dangers, le journalisme a de l’avenir dans le Sahel :
« Interrogez-vous : si le métier de journaliste s’arrête, ce serait le monde à l’envers, à l’envers. […] Il m’arrive de dire que les médias font partie des services sociaux de base comme l’eau, comme l’électricité, comme l’éducation, les médias en font partie de mon point de vue. Nous sommes inévitables et nous serons là qu’on le veuille ou non, après nous, des générations viendront. […] Pour les jeunes qui arrivent, il faut se former en permanence. Il faut avoir le courage, la curiosité, la ténacité parce que sans formation, vous ne pourrez pas respecter les règles de la déontologie et de l’éthique. C’est indispensable pour se mettre à l’abri. »
Désinformation : L’offensive pro-Kremlin s’étend de l’Europe au Sahel selon ISD/AFP – Sahel Intelligence – 10/03
Les acteurs pro-Kremlin intensifient leurs efforts pour s’immiscer dans le débat démocratique à travers l’Europe et au-delà. Ceci est la conclusion d’une série d’enquêtes menées par l’Institut pour le Dialogue Stratégique (ISD) en collaboration avec l’Agence France-Presse.
Le projet de 18 mois a révélé des tactiques exploitant une application faible des sanctions, les nouvelles technologies et des réseaux localisés pour diffuser de la désinformation, attiser les tensions sociales et miner la confiance dans les institutions démocratiques.
« Le fil conducteur que nous avons trouvé à travers ces enquêtes est l’adaptabilité », explique Zoe Manzi, analyste spécialiste de la haine et de l’extrémisme à l’ISD. « L’utilisation du même manuel stratégique que les acteurs utilisent pour blanchir les récits via des intermédiaires, et un système de distribution qui garantit que les récits trompeurs vont plus loin que les faits. » Les enquêtes, qui couvrent six pays de l’UE ainsi que des nations du Sahel, montrent comment les opérations d’influence alignées sur la Russie ont considérablement évolué depuis l’invasion de l’Ukraine.
Plutôt que de reposer uniquement sur les médias officiels d’Etat, ces campagnes utilisent de plus en plus des sites web par procuration, des contenus générés par IA, des réseaux de bots et des influenceurs locaux pour contourner les restrictions et intégrer les récits du Kremlin dans les écosystèmes d’information nationaux.
Ensemble, ces résultats pointent vers une menace persistante et adaptative qui continue de toucher des millions de personnes malgré les sanctions européennes contre les médias d’Etat russes et les nouveaux cadres réglementaires visant à limiter l’ingérence étrangère.
L’ISD a également documenté comment des tactiques similaires sont déployées hors d’Europe, notamment dans l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Suite au retrait progressif des forces françaises et de l’ONU entre 2022 et 2025, les trois pays se sont tournés vers la Russie pour obtenir un soutien militaire. « Je ne suis pas surprise que le Sahel soit ciblé par des récits pro-Kremlin », déclare Manzi.
« La Russie se bat pour son influence en Afrique depuis un certain temps déjà. Ce qui est plus surprenant, c’est la localisation des campagnes en termes de langue, de griefs et de différences politiques régionales. « L’enquête de l’ISD a révélé que des acteurs pro-Kremlin utilisent des influenceurs locaux, des journalistes et des militants de terrain pour promouvoir les récits russes dans les langues locales, les présentant comme des perspectives authentiques et non comme de la propagande étrangère.
Un casse-tête pour les décideurs : « Le problème ne va nulle part « . Ces résultats soulèvent de sérieuses questions quant à l’efficacité des réponses politiques actuelles.
Les lacunes techniques, juridiques et politiques dans l’application des sanctions, ainsi que la conformité inégale des plateformes, continuent d’offrir des opportunités de manipulation étrangère de l’information. « Je pense que les décideurs devraient investir dans des infrastructures à plus long terme pour traiter cette question.

