Nigeria : le spectre de Boko Haram frappe à nouveau, Maiduguri plongée dans l’horreur.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
La ville de Maiduguri, longtemps symbole de la lutte contre l’insurrection djihadiste, a replongé dans la terreur.
Lundi soir, au moment de la rupture du jeûne du ramadan, une série d’attentats-suicides coordonnés a fait au moins 23 morts et plus d’une centaine de blessés, rappelant brutalement que la menace reste intacte dans le nord-est du Nigeria.Selon les premières informations, trois explosions quasi simultanées ont visé des lieux à forte affluence : un marché, l’entrée de l’hôpital universitaire et les environs du bureau de poste.
Le mode opératoire, typique des attaques kamikazes, laisse peu de doute sur l’implication de groupes djihadistes actifs dans la région. Des sources sécuritaires pointent du doigt Boko Haram, organisation née à Maiduguri en 2009 et responsable de milliers de morts.Le bilan pourrait d’ailleurs être plus lourd que les chiffres officiels. Des témoins et membres de milices locales évoquent jusqu’à une trentaine de victimes. Sur place, les scènes de chaos décrites par les survivants témoignent de la violence des explosions. « Les gens fuyaient dans tous les sens quand une autre détonation a retenti au milieu de la foule », raconte un rescapé, encore sous le choc.
Face à cette tragédie, le président Bola Tinubu a rapidement réagi en annonçant le déploiement des chefs des services de sécurité à Maiduguri pour « reprendre le contrôle de la situation ». Il a dénoncé des actes « désespérés » de groupes terroristes cherchant à semer la peur, tout en maintenant son agenda diplomatique avec une visite officielle à Londres.Cette attaque intervient dans un contexte de regain de tensions sécuritaires dans la région du bassin du lac Tchad, à la frontière du Niger, du Cameroun et du Tchad. Si les opérations militaires ont permis de réduire l’intensité des violences ces dernières années, les groupes armés conservent une capacité de nuisance importante. Outre Boko Haram, la faction rivale État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) continue également de mener des attaques.
Les analystes estiment que cette recrudescence pourrait être liée à la pression militaire accrue dans la forêt de Sambisa, bastion historique des insurgés. Acculés, ces groupes multiplieraient les attaques asymétriques contre des cibles civiles pour démontrer leur résilience.
Depuis le début de l’insurrection en 2009, le conflit a fait plus de 40 000 morts et provoqué le déplacement de près de deux millions de personnes, selon les Nations unies. Malgré les efforts des autorités nigérianes et le soutien international, la paix reste fragile.
Le drame de Maiduguri sonne ainsi comme un avertissement : dans cette région stratégique du Sahel élargi, la guerre contre le terrorisme est loin d’être terminée.

