Sahel en feu : près d’un mort sur deux du terrorisme mondial en 2025, le Niger propulsé au cœur de la tragédie.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
La région du Sahel s’enfonce davantage dans une spirale de violence qui ne cesse d’alarmer la communauté internationale. Selon le dernier Indice mondial du terrorisme publié ce jeudi 19 mars par Institute for Economics and Peace, près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde en 2025 sont concentrés dans cette bande sahélienne déjà fragilisée par des crises multidimensionnelles.
Depuis trois années consécutives, le Sahel s’impose ainsi comme l’épicentre mondial du terrorisme. Cet indice, qui analyse 163 pays en se basant sur le nombre d’attaques, de morts, de blessés et d’otages, met en lumière une aggravation continue de la situation sécuritaire dans la région. Loin d’être un simple constat statistique, ce classement traduit une réalité quotidienne marquée par la peur, l’instabilité et l’effondrement progressif de certains dispositifs étatiques.
Le cas du Niger est particulièrement révélateur de cette dégradation. Classé cinquième en 2024, il grimpe à la troisième place des pays les plus touchés par le terrorisme en 2025, dépassant même des zones historiquement marquées par les conflits comme le Mali ou la Syrie. Avec 703 morts enregistrés, dont plus de la moitié sont des civils, le pays illustre la vulnérabilité persistante des populations face à des groupes armés de plus en plus audacieux.
Cette montée en puissance de la violence est largement attribuée à des organisations djihadistes telles que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et l’État islamique au Sahel. Le GSIM, en particulier, a fait évoluer sa stratégie en ciblant davantage les forces militaires. Une mutation tactique qui témoigne d’une volonté de fragiliser les capacités de riposte des États, tout en maintenant une pression constante sur les territoires.
Au Nigeria, la situation est également préoccupante. Le pays occupe désormais la quatrième place mondiale avec 750 morts en 2025, soit une hausse de 46 % par rapport à l’année précédente. Cette recrudescence est notamment liée à l’intensification des affrontements entre deux groupes rivaux : Boko Haram et Etat islamique en Afrique de l’Ouest. Une guerre interne qui aggrave l’insécurité et complique davantage les efforts de stabilisation.
Paradoxalement, le Mali enregistre une baisse du nombre de victimes, passant de 604 morts en 2024 à 341 en 2025, ce qui le relègue à la cinquième position mondiale. Toutefois, cette amélioration relative ne doit pas masquer la persistance d’une menace structurelle, alimentée par la porosité des frontières et la mobilité des groupes armés.
L’un des éléments les plus inquiétants soulevés par l’indice reste l’expansion progressive du terrorisme vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Le Bénin, par exemple, gagne en exposition et se hisse désormais à la 19e place mondiale, contre la 26e en 2024. Une évolution qui confirme que la menace ne se limite plus aux zones sahéliennes traditionnelles, mais s’étend vers des États jusque-là relativement épargnés.
Cette dynamique régionale pose une question cruciale : les stratégies actuelles de lutte contre le terrorisme sont-elles adaptées à une menace en constante mutation ? Entre recomposition des groupes armés, rivalités internes et extension géographique, le défi sécuritaire au Sahel semble entrer dans une nouvelle phase, plus complexe et plus diffuse.
Face à cette réalité, l’urgence d’une réponse coordonnée, à la fois militaire, politique et socio-économique, apparaît plus que jamais nécessaire. Car au-delà des chiffres, ce sont des millions de vies qui continuent d’être bouleversées dans un Sahel en quête de stabilité.
Source : Le Monde avec AFP, à partir du rapport 2025 de Institute for Economics and Peace.

