LA ROUE DE L’HISTOIRE N 126
La résolution adoptée en catimini par le parlement de l’Union Européenne le 12 mars 2026, appelant à la libération du président déchu Mohamed Bazoum ainsi qu’à la libération des prisonniers politiques, des journalistes détenus et le retour à l’ordre constitutionnel a provoqué une levée de bouclier au Niger. Le Gouvernement de la République du Niger, le Conseil Consultatif de la Refondation (CCR) faisant office de parlement de transition, les organisations de la société civile, les structures syndicales, les populations dans toutes les contrées se sont levées comme un seul homme pour protester contre ce qu’ils considèrent comme une ‘’ingérence dans les Affaires intérieures du Niger’’ assimilable à une attitude ‘’ paternaliste et condescendance’’. Pour le Peuple nigérien à travers ses représentants au Conseil Consultatif de la Refondation, la résolution du parlement de l’Union Européenne ‘’constitue une atteinte aux principes fondamentaux du droit international, notamment au respect de la souveraineté des États’’.
La colère et l’indignation étaient vives au Niger le 12 mars 2026 à l’annonce de la résolution du parlement de l’Union Européenne sur le Niger.
Le Gouvernement nigérien par le truchement du Ministre des affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré a immédiatement marqué sa réprobation en convoquant la chargée d’affaire par intérim de la délégation de l’Union Européenne au Niger, Madame Nicoletta Avella. Il lui a été notifié l’indignation du Gouvernement Nigérien, suite à la résolution du parlement Européen suivie d’une lettre officielle de protestation remise à la diplomate Européenne, dans laquelle le Gouvernement condamne fermement ‘’l’ingérence de l’UE dans les Affaires intérieures du Niger’’. La protestation du Gouvernement nigérien a été élargie à toutes les chancelleries membres de l’Union Européenne.
Le Conseil Consultatif de la Refondation (CCR) faisant office de parlement au Niger a, pour sa part, dans une déclaration en date du 17 mars 2026 exprimé ‘’sa profonde indignation face à ce qu’elle qualifie d’ingérence inadmissible dans les affaires intérieures du Niger’’. Le CCR estime que cette résolution ‘’s’inscrit dans une logique persistante de pression extérieure visant à influencer les décisions souveraines du Niger’’. L’institution estime également que l’Union européenne « s’est une fois de plus trompée de terrain », en cherchant à maintenir une forme d’influence sur les États africains, en particulier ceux du Sahel, au mépris de leur souveraineté.
Le CCR rejette catégoriquement cette résolution, affirmant qu’elle constitue une atteinte aux principes fondamentaux du droit international, notamment au respect de la souveraineté des États. Il la considère contraire à toute éthique de la diplomatie parlementaire et en récuse aussi bien la forme que le contenu.
Le Conseil Consultatif de la Refondation de réaffirmer son soutien au gouvernement nigérien face à cette tentative d’ingérence et d’appeler à une mobilisation générale en invitant l’ensemble des filles et des fils de la Nation à une mobilisation totale, responsable et permanente en vue de la défense de la Patrie.
Au-delà des représentants du Peuple, l’indignation et la protestation se sont élargies au niveau des Organisations de la Société civile nigérienne qui perçoivent à travers la résolution du parlement de l’Union Européenne les manœuvres de la France, qui depuis les événements du 26 juillet 2023 qui ont emporté le Président Mohamed Bazoum cherche à déstabiliser le Niger, y compris en sponsorisant le terrorisme.
Pour les Organisations de la société civile, le Niger reste vigilant et ne cèdera pas. Elles déclarent être toutes prêtes à s’ériger en bouclier contre toute menace d’où qu’elle vienne.
Adoum Boulkassoum
Pas de grande déclaration, pas de communiqué accusateur d’un impérialisme agressif. La position des pays regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel AES reste dans une large mesure une position plutôt d’attentisme. Une posture peut-être calculée dans l’attitude de la Russie, le grand allié de l’AES et de l’Iran. Alors que le conflit se poursuit et que l’on ne voit pas encore la sortie rapide de la crise, on n’enregistre aucun déploiement militaire ou diplomatique du côté de la Russie. Rien ! Les quelques rares actions imputées au gouvernement de Poutine concernent l’utilisation par l’Iran du matériel militaire fourni par la Russie ou la mise à disposition des renseignements. La Russie n’a pas déployé les grands moyens, ni sur le théâtre militaire ni sur le terrain diplomatique. Un silence angoissant là où les milieux pro russes attendaient le retour d’une grande Russie avec une grande armée pour servir de bouclier à la politique de rapt que mène désormais l’Amérique sur les pays pro russes.
Un leadership fragilisé
En l’absence d’une réaction musclée ou d’une véritable intention de contrer l’Amérique dans ses visées hégémoniques, certains observateurs décryptent un semblant d’abandon de son leadership par la Russie. La Russie n’a pas suffisamment pesé dans cette situation d’agression de l’Amérique et de son allié Israël contre l’Iran un allié important de la Refondation Russie.
L’Iran sur une série d’échecs
L’ambiance du côté de ce qu’on peut appeler le Bloc russe est marquée par un malaise palpable. Le parapluie n’a pas beaucoup été efficace. En tout cas il n’a été d’aucune protection totale. Avant l’Iran c’est un autre allié historique de la Russie, la Syrie de Bachar el-Assad, qui a été écrasé par les USA. La chute du grand allié syrien a créé une onde de stupeur dans les milieux pro russes. Après la Syrie, c’est ensuite un autre allé stratégique que la Russie a perdu quand l’armée américaine s’est emparée du président vénézuélien Nicolas Maduro. La Syrie, le Venezuela et aujourd’hui l’Iran, c’est le premier cercle des amis de la Russie qui est dévasté par les assauts militaires américains. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné dans le parapluie russe ? Pourquoi la Russie laisse-t-elle faire ?
L’Amérique organise les rapts, la Russie attend la signature des accords de défense
C’est vraisemblablement le jeu de rôle auquel jouent Poutine et son ami Donald Trump. Si la Russie n’est pas intervenue totalement dans la guerre en Syrie ou sur le dossier vénézuélien et récemment encore dans la guerre qui oppose l’Iran au tandem americano-israëlien, c’est parce que ces pays n’ont signé aucun accord de défense avec la Russie, indique-t-on. Selon des sources proches de la Russie un accord de défense a été proposé par la Russie à l’Iran mais que l’Iran avait rejeté. En sommes la géopolitique internationale pouvait être caricaturée par ce sinistre constat : l’Amérique peut continuer à opérer ses rapts dans l’entourage de la Russie qui de son côté attend de signer des accords de défense avec ses amis pour intervenir. En termes clairs, cela veut qu’il ne suffit pas d’être ami de la Russie pour être dans son parapluie. Il faut encore signer un accord de défense.
L’ordre mondial sous l’empire de Trump est désormais à ce prix.
Ibrahim Elhadji dit Hima
Comme une provocation, le 12 mars 2026, le parlement européen a voté presque à l’unanimité une résolution qui s’est penchée sur la situation politique au Niger en rapport avec plusieurs points notamment la demande de libération de l’ancien président Mohamed Bazoum ainsi que d’autres acteurs associatifs et des médias qui sont gardés en détention dans les prisons du Niger, la question de l’état de droit et la démocratie. Ce à quoi les autorités militaires de Niamey ont répliqué en parlant d’ingérence, en convoquant la chargée d’affaires de la représentation de l’UE à Niamey et surtout en sortant l’arme ultime : la souveraineté du Niger. Mais au fond qu’est-ce qu’il y a derrière tout ce ballet diplomatique entre le Niger et l’Union européenne ? Absolument rien. Il faut tout de suite commencer par préciser les choses au sujet de cette prétendue résolution.
La résolution du 12 mars 2026 du parlement de Strasbourg n’engage personne, elle n’engage aucun Etat individuellement pris de l’Europe, elle n’engage pas l’institution européenne. La résolution n’a aucune incidence sur le Niger, elle n’a aucun caractère contraignant sur les autorités de Niamey. Rien. Les eurodéputés savent et le Niger aussi sait que cette résolution c’est juste des mots en l’air. De quel Etat de droit s’agit-il ou quelle valeur l’Europe défend-t-elle ? À l’évidence, on pourrait demander à ces honorables champions de la démocratie et de l’état de droit quelle résolution l’Europe a déjà voté alors que le président élu du Venezuela Nicolas Maduro et sa femme ont été enlevés par les américains qui les ont conduits dans une prison américaine ? Bazoum et sa femme eux au moins ne sont pas en prison, ils ne sont séquestrés dans un Etat prédateur. Ils sont confortablement gardés dans des annexes du palais de la présidence et dans leur pays.
Qu’est-ce que l’Europe fait lorsque le président américain Donald Trump, sans aucun signe annonciateur, envoie des missiles qui ont coûté la vie au chef de l’État d’un pays souverain l’Iran ? Le parlement européen n’a émis aucune réaction devant des violations inédites qui ont choqué le monde entier et sur lesquelles les eurodéputés gardent un silence total. Les dirigeants européens croient-ils véritablement aux règles et principes de l’état de droit ? Selon toute vraisemblance, ils ne croient pas totalement et l’allusion à ces valeurs dans la résolution votée sur le Niger apparaît juste comme une farce ou en tout cas pourrait cacher une toute autre chose.
Les officiels du Niger ont quand-même joué leur partition. Ils ont joué, serait-on tenté de dire, leur sketch en sortant la grande parade : la souveraineté. Souveraineté à gauche, souveraineté à droite. Souveraineté dans tous ses états. Là non plus, il n’y a rien de solide, rien de convaincant. Qu’est-ce que le Niger a fait pour se mettre à l’abri de toute critique. Quel effort a été fait dans le sens d’une bonne administration de la justice ? Est-ce les libertés publiques ont connu d’importants progrès où est-ce qu’elles sont en berne ? Quels sont les progrès enregistrés vers une amélioration des règles démocratiques ? Et de manière plus concrète encore, quels sont les niveaux de consultation véritable des populations dans les grandes décisions de la transition en cours ? À toutes ces interrogations, il n’y a pas de réponse convaincante. À l’évidence, la souveraineté ne peut pas être un refuge pour faire ce qu’on veut. Assez souvent dans beaucoup de pays, la souveraineté a été brandie par des régimes qui sortent de la norme, des régimes qui s’isolent de la communauté universelle pour conduire leur population dans des situations incertaines. La souveraineté ne peut pas mettre un Etat à l’abri des critiques des autres Etats pour au moins deux raisons. D’abord, les Etats consentent eux-mêmes à l’abandon d’une partie de leur souveraineté en rentrant dans le jeu d’intégration à travers les conventions signées, les traités ratifiés et les chartes adoptées… L’État s’engage à respecter des règles ou des principes, l’État accepte de participer à des harmonisations ou des convergences.
La deuxième raison est qu’il y a ce qu’on peut appeler le patrimoine universel de la communauté humaine. Il n’existe pas une seule population normale au monde qui n’est pas attachée à la liberté. Toutes les populations du monde sont éprises de liberté sauf lorsqu’elles en sont privées de force. Par moment, on a entendu certains acteurs essayer de défendre l’idée selon laquelle la démocratie est française ou en tout cas occidentale. Non c’est une lourde erreur, c’est le moment démocratie qui est occidental. Mais il n’existe aucune population normale au monde qui n’aspire pas à choisir ses dirigeants. Il s’agit des choses qui sont dans l’essence humaine. Et cela indépendamment des races, d’ethnies, de religion ou de la culture. Donc il est évident qu’aucun régime ne peut s’isoler dans la souveraineté et s’adonner à développer l’esclavage dans sa population et espérer qu’aucun Etat ou organisme international ne puisse l’interpeller. Tout comme aucun Etat ne peut faire libre cours à des pratiques d’épuration ethnique ou de génocides et invoquer la souveraineté. On voit bien que la souveraineté ne met pas à l’abri de l’effort de se conformer aux normes universelles. Ensuite, est-ce que la souveraineté est une protection sur la scène internationale ou plus précisément sur la page jungle de la géopolitique ? Le Venezuela et l’Iran sont des Etats souverains. Mais est-ce que cela les a mis à l’abri des américains ?
En sommes qu’est-ce qu’il y a de vertueux du côté de l’Union européenne ? Est-ce qu’il y a un véritable attachement à des principes de valeurs ? Absolument non, il n’y a rien de vertueux chez les honorables eurodéputés avec leur résolution. Tout comme du côté des souverainistes, il n’y a rien de concret. La souveraineté c’est juste un écran de fumée qu’on agite pour empêcher de voir des choses pas très recommandables. Jamais les Etats n’ont autant brandi la souveraineté que lorsqu’ils sont empêtrés dans de grandes difficultés.
Tout ce ballet donc n’est qu’un jeu de dupes. Rien de vrai de part et d’autre.
D’ailleurs il faut dire que, cette résolution c’est juste un lobbying des amis français de Bazoum dans le cadre du collectif pour sa libération. C’est dans ce cadre que l’ancienne directrice générale de la radio française RFI Geneviève Goëtzinger qui pilote beaucoup d’actions de communication politique a démarché le leader d’un parti politique de droite Christophe Gomart pour introduire une requête sur la libération de Bazoum lors de l’assemblée du parlement européen. Après trois tentatives sans succès la quatrième tentative a été la bonne. Avec cinq groupes parlementaires de droite Gomart a réussi à obtenir le vote de la résolution sur la libération de Bazoum. Un coup de communication bien réussi par l’ancienne journaliste française qui était déjà auteur du « recueil des lettres à Bazoum » et ensuite de la récente signature de la pétition en faveur de la libération de Bazoum.
Ibrahim Elhadji dit Hima

