Niger : la critique sélective de Maikoul Zodi ou l’art de viser sans tout dire.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Dans un contexte où chaque attaque terroriste ravive la douleur nationale, la prise de parole de Maikoul Zodi se veut un cri du cœur. Mais derrière l’émotion légitime, son texte révèle surtout une posture politique ambiguë, à la fois incisive et incomplète.
Oui, le Niger saigne. Oui, les Nigériens attendent des réponses. Et oui, le pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par Abdourahamane Tiani, doit rendre des comptes. Sur ce point, difficile de donner tort à l’auteur. Exiger un bilan sécuritaire clair, demander une doctrine lisible, interroger l’usage des ressources nationales : voilà des exigences légitimes dans tout État qui se respecte.
Mais là où le propos devient problématique, c’est dans sa sélectivité assumée.
Car l’insécurité qui ravage le Niger ne date pas du 26 juillet 2023. Elle s’est enracinée, amplifiée et complexifiée sous les régimes précédents, notamment ceux de Mahamadou Issoufou et de Mohamed Bazoum. Or, dans son réquisitoire, Maikoul Zodi fait comme si l’histoire commençait avec le CNSP. Un oubli ? Non. Un choix.
Ce silence fragilise la portée de son argumentaire. Car une critique crédible ne peut être à géométrie variable. Elle doit embrasser toute la trajectoire d’une crise, pas seulement son dernier chapitre.
Autre contradiction majeure : la posture politique de l’auteur. Il interpelle frontalement les autorités militaires tout en concluant par un vibrant « Vive l’AES ! », en référence à l’Alliance des États du Sahel. Une alliance portée précisément par les régimes militaires qu’il critique.
Faut-il comprendre qu’il soutient le cap géopolitique mais rejette sa mise en œuvre nationale ? Ou qu’il cherche à occuper un espace médiatique, entre adhésion souverainiste et critique populaire ? Dans tous les cas, le message manque de cohérence.
Sur le fond, le texte frappe par sa force morale, mais pêche par son manque de profondeur stratégique. Dire que « la souveraineté sans sécurité est un mot vide » sonne juste. Mais encore faut-il proposer des solutions à la hauteur du défi. Or, les recommandations avancées restent générales : renforcer la présence de l’État, équiper les forces, impliquer les communautés. Des évidences, plus que des réponses.
La réalité est autrement plus complexe : recomposition des alliances militaires, redéploiement après le départ des forces étrangères, pression accrue des groupes armés dans une région en mutation. Sur ces enjeux, le silence est assourdissant.
En définitive, Maikoul Zodi livre un texte efficace, taillé pour marquer les esprits. Mais il s’agit davantage d’un acte d’accusation politique que d’une contribution stratégique au débat national.
Le Niger a besoin de critiques. Mais pas de critiques partielles. Il a besoin de lucidité, de constance et surtout de solutions.
À défaut, les mots, même les plus justes, risquent de rester sans effet face à une réalité qui, elle, ne pardonne pas.

