Niger : l’ONC frappe fort contre les médias étrangers, la bataille de l’information s’intensifie dans l’AES.

Niger : l’ONC frappe fort contre les médias étrangers, la bataille de l’information s’intensifie dans l’AES.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Le paysage médiatique nigérien vient de connaître un nouveau tournant majeur. Dans une décision spectaculaire annoncée vendredi soir, l’Observatoire national de la Communication (ONC) a suspendu la diffusion de neuf médias étrangers sur toute l’étendue du territoire national. Une mesure qui marque l’une des actions les plus fermes prises par les autorités de la Transition dans le cadre de ce qu’elles considèrent comme une guerre informationnelle visant les pays de la Confédération des États du Sahel (AES).
Sont concernés par cette suspension plusieurs médias occidentaux et principalement français, notamment France 24, RFI, TV5Monde, TF1 Info, Jeune Afrique, Mediapart ainsi que l’Agence France-Presse. Selon l’ONC, ces médias diffuseraient de manière récurrente des contenus « susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions ».
Cette décision, lue sur la télévision publique Télé Sahel, constitue la première grande démonstration de force de l’organe de régulation dirigé par le journaliste Ibrahim Manzo Diallo. Elle intervient dans un contexte régional marqué par la volonté affirmée des pays de l’AES de reprendre le contrôle de leur souveraineté politique, militaire mais également médiatique.
Au-delà des chaînes déjà suspendues depuis les événements du 26 juillet 2023, la mesure de l’ONC élargit désormais l’interdiction aux plateformes numériques, sites internet, applications mobiles, réseaux câblés et bouquets satellitaires opérant au Niger. Une extension qui témoigne de la détermination des autorités à verrouiller ce qu’elles estiment être des campagnes de désinformation contre les institutions nationales et les États de l’AES.
Cette décision intervient également quelques jours après la publication du rapport annuel de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse. L’organisation y souligne une forte dégradation de la situation médiatique au Niger depuis le changement de régime de juillet 2023. RSF évoque notamment des restrictions croissantes, des suspensions de médias et des détentions de journalistes dans plusieurs pays sahéliens dirigés par des transitions militaires.
Cependant, au sein d’une partie importante de l’opinion publique nigérienne et sahélienne, cette mesure est perçue comme un acte de souveraineté assumé face à des médias accusés de partialité dans le traitement des questions sécuritaires et politiques concernant l’AES. Pour de nombreux citoyens, les autorités cherchent désormais à imposer un narratif national en rupture avec ce qu’ils considèrent comme l’influence persistante des anciennes puissances coloniales dans l’espace informationnel africain.
Dans les prochains jours, cette décision devrait susciter de nombreuses réactions diplomatiques et médiatiques à l’international. Mais au Niger comme au Mali et au Burkina Faso, le message des autorités paraît clair : la bataille pour la souveraineté se joue aussi sur le terrain de l’information.

La voie du Sahel. 

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