Niger : la visite qui relance le dossier Bazoum et expose les fractures du pouvoir.

Niger : la visite qui relance le dossier Bazoum et expose les fractures du pouvoir.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

La scène n’a rien d’anodin dans le contexte politique nigérien actuel. La visite rendue ce jeudi 14 mai 2026 par Ali Ben Mabrouk, chef des Arabes Oulad Souleyman du Niger et proche parent de l’ex Première dame Hadiza Bazoum, à l’ancien président Issoufou Mahamadou, intervient dans un climat de fortes tensions politiques marqué par la détention prolongée de Mohamed Bazoum et de son épouse par les militaires au pouvoir.
Présentée officiellement comme une simple visite de courtoisie placée sous le signe de la paix, du vivre-ensemble et de la cohésion sociale, cette rencontre dépasse largement le cadre des usages traditionnels. Dans les cercles politiques nigériens, elle apparaît comme un signal fort envoyé à la junte et à l’opinion publique nationale comme internationale.
Depuis le coup d’État de juillet 2023, la question du sort réservé à Mohamed Bazoum demeure l’un des dossiers les plus sensibles du Niger. Malgré les appels répétés de plusieurs organisations internationales, de chefs d’État africains et de partenaires étrangers, l’ancien président et son épouse restent privés de liberté dans des conditions dénoncées par plusieurs défenseurs des droits humains.
Dans ce contexte, la démarche d’Ali Ben Mabrouk revêt une portée symbolique particulière. En allant rencontrer Issoufou Mahamadou, figure centrale de la vie politique nigérienne et ancien allié de Bazoum avant leur rupture, le chef traditionnel semble vouloir rouvrir les canaux du dialogue entre différentes sensibilités politiques et sociales du pays.
Cette rencontre remet également en lumière le rôle incontournable des autorités coutumières et communautaires dans la gestion des crises au Niger. À défaut d’un véritable dialogue politique national, certains acteurs traditionnels tentent désormais d’occuper l’espace de médiation laissé vacant par les institutions.
Mais au-delà du symbole, cette visite pose une question fondamentale : jusqu’à quand le pouvoir militaire pourra-t-il maintenir Mohamed Bazoum et son épouse en détention sans perspective politique claire ? Car si les autorités de transition continuent d’afficher une posture de fermeté, le dossier Bazoum reste une source permanente de pression diplomatique et un facteur de crispation interne.
Le plaidoyer en faveur de la libération de l’ancien président refait ainsi surface, porté désormais par des voix issues même des sphères sociales et traditionnelles nigériennes. Une évolution qui pourrait traduire une volonté croissante d’éviter que la crise politique ne se transforme durablement en fracture nationale.
Au Niger, où les équilibres politiques reposent souvent sur les compromis silencieux et les médiations discrètes, cette rencontre pourrait bien être le début d’un nouveau chapitre politique.

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