NIAMEY ÉTOUFFE SOUS LES DÉLESTAGES : PLUS D’UN MOIS DE GALÈRE, LA NIGELEC TOUJOURS SANS DATE DE SORTIE DE CRISE

NIAMEY ÉTOUFFE SOUS LES DÉLESTAGES : PLUS D’UN MOIS DE GALÈRE, LA NIGELEC TOUJOURS SANS DATE DE SORTIE DE CRISE

Par Ousmane Illo

Depuis le 26 août, la capitale vit au rythme des coupures. Le délai de deux semaines avancées au début de la crise est largement dépassé. Commerces, ateliers, restaurants, ménages et étudiants paient le prix d’une panne prolongée. Pendant ce temps, la communication de la NIGELEC reste essentiellement technique et ne fournit pas aux usagers la visibilité qu’ils réclament : quand le courant redeviendra-t-il enfin normal ?

À Niamey, le délestage n’est plus une perturbation : c’est devenu une partie du quotidien.

Depuis plus d’un mois, les habitants de la capitale composent avec des coupures répétées dont la fréquence et la durée perturbent profondément la vie économique et sociale. Le problème n’est plus seulement de supporter quelques heures sans électricité. Il est désormais de continuer à vivre, travailler, étudier et entreprendre dans une capitale où l’alimentation électrique est devenue imprévisible.

À l’origine de cette crise, un incident majeur sur le réseau d’interconnexion. Le 26 août, trois pylônes de la ligne 132 kV se sont effondrés à la suite de violentes intempéries, selon les explications communiquées par la NIGELEC. Cette infrastructure joue un rôle important dans l’alimentation de Niamey et d’autres zones de la région.

La société avait alors annoncé la mobilisation de moyens de production locaux et évoqué un délai d’environ deux semaines pour les travaux.

Nous sommes désormais bien au-delà de cette échéance.

DEUX SEMAINES ANNONCÉES, PLUS D’UN MOIS DE COUPURES

C’est l’un des faits qui alimentent aujourd’hui l’exaspération.

Un délai de deux semaines avait été avancé. Mais les perturbations se poursuivent et la situation s’est même compliquée avec de nouveaux incidents signalés sur le réseau.

La NIGELEC a notamment fait état d’une nouvelle difficulté liée à la chute d’un pylône sur une ligne de 330 kV le 7 septembre. Des contraintes logistiques et sécuritaires ont également été évoquées autour des travaux.

Résultat : le calendrier initial est dépassé et les consommateurs restent dans l’attente d’une échéance précise de retour à la normale.

À NIAMEY, LE COURANT COUPE AUSSI LES REVENUS

Derrière chaque coupure, il y a parfois une activité économique interrompue.

Pour les soudeurs, menuisiers, tailleurs, coiffeurs, restaurateurs, imprimeurs, mécaniciens ou petits ateliers équipés de machines électriques, l’électricité n’est pas un confort : c’est l’outil de travail.

Une coupure prolongée signifie une machine à l’arrêt, une commande retardée, un client perdu ou une journée de recettes amputées.

Pour les commerces alimentaires, la question est encore plus sensible. Les réfrigérateurs et congélateurs doivent fonctionner en permanence. Chaque interruption prolongée augmente le risque de détérioration des produits.

Quand le courant disparaît, le chiffre d’affaires peut disparaître avec lui.

LES MÉNAGES Paient LA FACTURE D’UNE CRISE QU’ILS NE MAÎTRISENT PAS.

Dans les foyers, les conséquences s’accumulent.

Téléphones à recharger en urgence, difficultés pour travailler ou étudier le soir, aliments à préserver, chaleur difficile à supporter lorsque les ventilateurs et climatiseurs s’arrêtent : les ménages doivent improviser.

Pour ceux qui disposent de moyens financiers, groupes électrogènes, batteries et panneaux solaires offrent des solutions de secours.

Pour les autres, il reste surtout l’attente et l’adaptation.

Une situation qui creuse mécaniquement les inégalités face à l’accès à l’électricité.

NIGELEC EXPLIQUE, MAIS LES USAGERS VEULENT SURTOUT UNE DATE.

La NIGELEC a communiqué sur les causes de la crise, les travaux engagés et les moyens mobilisés pour limiter les effets de l’indisponibilité de la ligne.

Mais plus la crise se prolonge, plus les attentes des usagers évoluent.

Ils ne veulent plus seulement connaître les raisons techniques de la panne.

Ils veulent savoir où en sont réellement les travaux.

Combien de pylônes ont été réparés ? Combien restent à reconstruire ? Les équipements nécessaires sont-ils disponibles ? Quelles sont les contraintes qui empêchent le rétablissement complet ? Quel calendrier réaliste peut être annoncé ?

Autant de questions qui méritent des réponses précises et régulièrement actualisées.

UNE CAPITALE NE PEUT PAS ÊTRE CONDAMNÉE AU GROUPE ÉLECTROGÈNE.

La multiplication des solutions individuelles ne peut constituer, à elle seule, une réponse durable à une crise de cette ampleur.

Un groupe électrogène coûte du carburant. Une batterie coûte cher. Un système solaire représente un investissement que de nombreux ménages ne peuvent pas supporter.

Pendant ce temps, les petites entreprises voient leurs charges augmenter alors même que leur activité est perturbée.

Le délestage devient donc aussi une question de pouvoir d’achat.

PLUS LA CRISE DURE, PLUS LE SILENCE INFORMATIONNEL COÛTE CHER

Une crise électrique prolongée exige une communication à la hauteur de son impact.

Car lorsque les informations précises manquent, les rumeurs prennent rapidement le relais.

La NIGELEC a donc tout intérêt à publier régulièrement un état précis de la situation : travaux réalisés, difficultés rencontrées, zones affectées, capacités disponibles et surtout calendrier actualisé du retour à la normale.

Après plus d’un mois, les populations ne demandent plus des promesses.

Elles demandent des faits, des échéances et du courant.

À Niamey, les lampes continuent de s’éteindre.

Mais la patience, elle aussi, est en train de s’épuiser.

La Voie du Sahel

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