PÉTROLE NIGÉRIEN : LE PEUPLE D’ABORD, LES EXPORTATIONS APRÈS !

PÉTROLE NIGÉRIEN : LE PEUPLE D’ABORD, LES EXPORTATIONS APRÈS !

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Le Niger ferme la porte aux exportations d’essence super et de gasoil. Par un arrêté signé le 12 octobre 2026, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, donne la priorité au marché national. Une décision qui sonne comme un rappel à l’ordre dans un pays producteur de pétrole, mais où les tensions d’approvisionnement interrogent la capacité de l’État à garantir aux citoyens un accès régulier au carburant. Désormais, les actes devront parler plus fort que les arrêtés.
Le pétrole nigérien doit-il d’abord remplir les réservoirs du pays ou alimenter les marchés extérieurs ? Le gouvernement a tranché, du moins sur le papier. Avec l’arrêté n° E-0099/MCI/SG/DGC/DCE/PE/DL du 12 octobre 2026, l’exportation de l’essence super et du gasoil est interdite. Le principe affiché est limpide : priorité aux besoins nationaux !
Cette décision intervient dans un contexte où les difficultés d’approvisionnement en carburant alimentent les inquiétudes des consommateurs et des opérateurs économiques. Car le paradoxe est saisissant : le Niger dispose d’une production pétrolière nationale et d’une raffinerie, mais la disponibilité du carburant sur le marché intérieur demeure un enjeu majeur.
Produire du pétrole ne suffit pas. Encore faut-il que ses dérivés arrivent dans les réservoirs des automobilistes, les camions des transporteurs et les équipements des entreprises.
EXPORTER, OUI… MAIS APRÈS AVOIR SERVI LE PAYS !
Le dispositif prévoit une exception : en cas de surplus de production, la Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP) et la Société de raffinage de Zinder (SORAZ) pourront exporter de l’essence super et du gasoil, sous réserve d’une autorisation spéciale du ministre chargé du Commerce.
Cette dérogation n’est pas anodine. Elle signifie que l’exportation n’est pas définitivement exclue, mais conditionnée à la disponibilité d’un excédent. Toute la question réside désormais dans la définition et la vérification de ce surplus.
Quels volumes seront considérés comme excédentaires ? Quels stocks seront réservés au marché intérieur ? Sur quelles données reposera l’autorisation ministérielle ? Autant de questions qui appellent des réponses transparentes.
Car sans publication régulière des chiffres de production, des stocks et des besoins nationaux, la priorité accordée au marché intérieur risque de rester un principe difficile à vérifier pour les citoyens.
La souveraineté pétrolière ne saurait se réduire à une déclaration d’intention. Elle exige des mécanismes de contrôle crédibles, une gestion rigoureuse des stocks et une distribution capable de répondre aux besoins réels du pays.
LA TOLÉRANCE ZÉRO DOIT AUSSI SE VOIR SUR LE TERRAIN
L’arrêté habilite les agents du ministère du Commerce et de l’Industrie, les Douanes ainsi que les Forces de défense et de sécurité à constater et à réprimer les infractions conformément aux textes en vigueur.
Le dispositif de contrôle est donc posé. Reste à mesurer son efficacité. Car une interdiction n’a de portée réelle que si elle est appliquée, contrôlée et accompagnée de résultats vérifiables.
Les consommateurs, eux, ne se contenteront pas de lire les arrêtés publiés dans les bureaux administratifs. Ils jugeront cette décision à l’aune de leur quotidien : trouveront-ils plus facilement du carburant ? Les files d’attente vont-elles diminuer ? Les activités économiques seront-elles moins perturbées ?
Ce sont ces indicateurs, et non les seules annonces officielles, qui permettront d’apprécier les effets de la mesure.
LE VRAI BAROMÈTRE, C’EST LA POMPE !
L’interdiction des exportations ouvre une nouvelle séquence dans la gestion des produits pétroliers au Niger. Mais elle ne règle pas automatiquement les éventuels problèmes de production, de stockage, de transport ou de distribution.
Le gouvernement est désormais attendu sur un terrain concret : celui de l’approvisionnement régulier du marché national. La SONIDEP et la SORAZ sont également au cœur de cette exigence, chacune dans le cadre de ses responsabilités.
Le pétrole nigérien ne doit pas être une richesse statistique pendant que le carburant devient une préoccupation quotidienne.
La décision du 12 octobre fixe une priorité. À l’État de démontrer qu’elle peut se traduire en résultats.
Car, au bout du compte, la souveraineté pétrolière ne se proclame pas dans un arrêté : elle se vérifie à la pompe. Et pour les Nigériens, le véritable baril de la vérité, c’est celui qui arrive effectivement dans leur réservoir !

La Voie du Sahel.

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