
Fin de cauchemar au Grand Nord : Les dessous d’une libération négociée à l’ombre du Sahara.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
La fin d’une longue et éprouvante traversée du désert vient d’être actée. Eva Gretzmacher et Claudia Abbt, deux figures bien connues du paysage social et culturel d’Agadez, ont enfin recouvré la liberté. Après des mois de détention aux mains du groupe terroriste État islamique au Grand Sahara (EIGS), les deux ressortissantes européennes sont désormais saines et sauves et ont été acheminées vers la Libye, marquant le dénouement d’un drame sécuritaire qui a tenu le Sahel en haleine.
Deux trajectoires brisées dans la cité des Sultans.
Rien ne laissait présager la tournure tragique des événements pour ces deux femmes parfaitement intégrées au tissu communautaire local.
Eva Gretzmacher (73 ans) : Cette ressortissante autrichienne engagée dans le social et l’artisanat local avait été kidnappée à son domicile le 11 janvier 2025. Des hommes armés l’avaient enlevée vers 19 heures avant de disparaître dans l’immensité du désert à bord d’un véhicule Tout-Terrain.
Claudia Abbt (67 ans) : Trois mois plus tard, le 13 avril 2025, le sort s’acharnait de nouveau sur Agadez. Cette linguiste et ethnologue de nationalité suisse, mariée à un Nigérien et très active dans la promotion de l’artisanat traditionnel, subissait un enlèvement quasi similaire en pleine nuit.
Pendant de longs mois, les deux femmes ont partagé les rigueurs d’une captivité partagée sous la coupe des katibas de l’EIGS, au cœur de zones frontalières échappant au contrôle étatique.
La Libye, plaque tournante des dénouements sécuritaires.
Leur transfert vers le territoire libyen (notamment du côté de Benghazi) soulève de nombreuses interrogations sur les mécanismes d’intermédiation ayant permis cette issue favorable. Dans un contexte sahélo-saharien marqué par la recomposition des alliances sécuritaires et l’extrême volatilité des frontières, la Libye confirme son rôle clé tant comme zone de transit que comme espace de négociations parallèles pour les acteurs étatiques et non étatiques.
Cette double libération apporte un immense soulagement aux populations d’Agadez, qui voyaient à travers ces enlèvements une menace directe contre les initiatives sociales et la cohésion locale. Si ce dénouement heureux offre une lueur d’espoir, il rappelle cruellement la persistance des défis sécuritaires et la vulnérabilité des civils face au banditisme transfrontalier et à la menace djihadiste dans le sous-espace saharien.
La Voie du Sahel.






