21 MORTS SUR LA RN1 : L’AUTORITÉ DE L’ÉTAT DOIT SÉVIR OU L’IMPUNITÉ DEVIENDRA LA RÈGLE.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Vingt et une vies fauchées. Trente-sept blessés. Deux bus réduits à l’état d’épaves. Et derrière ce bilan effroyable, une question que personne ne devrait pouvoir esquiver : qui protège réellement les usagers de nos routes ?
Vendredi 7 août, à hauteur de Doukou-Doukou, sur la RN1 entre Madaoua et Guidan-Roumdji, la route a encore pris le visage d’un cimetière. Une collision frontale entre deux bus des compagnies STM et SONITRAV a fait 21 morts et 37 blessés.
À ce stade, les circonstances exactes du drame doivent être établies par une enquête sérieuse. Vitesse, dépassement, fatigue, état mécanique, conditions de circulation ou autre facteur : rien ne doit être affirmé avant les conclusions des enquêteurs.
Mais une chose, elle, ne peut attendre.
L’État doit regarder la question de la sécurité routière droit dans les yeux.
Parce qu’un bus qui transporte des dizaines de passagers n’est pas un simple véhicule. C’est une responsabilité collective. Derrière chaque siège se trouve une vie, une famille, des enfants, des parents, des proches.
Alors, qui contrôle les véhicules ? Qui vérifie leur état mécanique ? Qui s’assure du respect des temps de conduite et de repos des chauffeurs ? Qui contrôle les conditions dans lesquelles certaines compagnies font circuler leurs autobus sur de longues distances ? Qui sanctionne lorsque les règles sont violées ?
Et surtout : que deviennent les sanctions lorsqu’elles sont prononcées ?
C’est là que commence la véritable question de l’autorité de l’État.
Après chaque accident meurtrier, les mêmes mots reviennent : compassion, condoléances, enquête, sensibilisation. Puis l’émotion retombe. La circulation reprend. Les bus repartent. Et, trop souvent, la mémoire collective attend le prochain drame.
Non !
21 morts ne doivent pas devenir un simple chiffre de plus dans les statistiques de la route.
Si des manquements sont établis, les responsables doivent répondre de leurs actes. Si des véhicules ont circulé malgré des défaillances connues, il faut le dire. Si des chauffeurs ont été poussés à rouler au-delà des limites raisonnables, il faut le révéler. Si des contrôles ont été défaillants, il faut en rechercher les responsabilités. Si aucune faute n’est établie, il faudra aussi avoir le courage de le dire.
C’est cela, l’autorité de l’État.
Sévir ne signifie pas condamner avant l’enquête. Sévir signifie enquêter jusqu’au bout, établir les responsabilités et appliquer la loi sans faiblesse.
Car l’impunité ne commence pas seulement lorsqu’un responsable échappe à la justice. Elle commence lorsque les défaillances deviennent habituelles, lorsque les contrôles deviennent complaisants, lorsque les avertissements restent sans effet et lorsque personne ne tire les leçons des catastrophes précédentes.
Le drame de Doukou-Doukou doit donc être un électrochoc.
Il faut une enquête transparente. Il faut faire toute la lumière sur les circonstances de cette collision. Il faut vérifier les conditions techniques des deux bus, les conditions de travail des conducteurs et le respect de la réglementation.
Et si des responsabilités sont établies, il faudra sanctionner.
Pas pour faire des coupables à tout prix.
Mais pour envoyer un message clair à tous ceux qui ont entre leurs mains la vie de milliers de voyageurs : la vie humaine n’est pas négociable.
Un État qui ne sanctionne jamais finit par apprendre aux citoyens que la règle peut être contournée.
Un État qui contrôle mal finit par fabriquer ses propres catastrophes.
Et un État qui laisse mourir 21 personnes sans tirer de conséquences fortes de ce drame prend le risque de transformer l’impunité en système.
À Doukou-Doukou, 21 familles pleurent.
L’État, lui, doit maintenant choisir : faire de cette tragédie un tournant pour la sécurité routière ou laisser l’histoire enregistrer 21 morts de plus avant le prochain carnage.
Car cette fois, l’autorité de l’État est attendue non pas dans les discours, mais sur la route, dans les contrôles, dans l’enquête et dans la sanction.
Sévir, lorsque la loi a été violée.
Réformer, lorsque le système a failli.
Assumer, lorsque l’État a manqué à son devoir.
Sinon, à force de ne jamais rendre de comptes, nous finirons par consacrer l’impunité à jamais.
La voie du Sahel.

