Mali sous le feu : l’heure de vérité pour l’AES face à la menace terroriste.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Le Mali replonge dans une spirale de violences qui rappelle les heures les plus sombres de son histoire récente. Attaques coordonnées, pertes humaines, psychose dans les grandes villes comme dans les zones rurales : le pays est une nouvelle fois frappé en plein cœur. Ces événements malheureux ne sont pas de simples faits divers sécuritaires, mais le symptôme d’une menace persistante, organisée et déterminée à déstabiliser l’ensemble du Sahel.
Au-delà du Mali, c’est toute la région de l’Alliance des États du Sahel (AES) : Niger, Burkina Faso et Mali, qui est directement concernée. Les groupes armés terroristes, mobiles et adaptatifs, exploitent les failles sécuritaires, les frontières poreuses et parfois le manque de coordination entre États. Ils changent de stratégie, frappent là où on les attend le moins, et cherchent à installer un climat de peur durable.
Face à cette situation, l’heure n’est plus aux déclarations d’intention. Il est impératif pour les pays de l’AES d’activer pleinement et sans délai une force conjointe unifiée, crédible et opérationnelle. Cette force, pensée comme un outil régional de riposte, doit dépasser les logiques nationales pour devenir un véritable bouclier collectif. Mutualisation des moyens, partage des ressources, coordination des opérations : tels doivent être les piliers d’une réponse efficace.
Mais une force conjointe, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire des résultats sans un renseignement militaire robuste. Aujourd’hui, la guerre contre le terrorisme est avant tout une guerre de l’information. Savoir où se trouvent les groupes armés, comprendre leurs modes opératoires, anticiper leurs mouvements : voilà ce qui fait la différence entre subir et agir. Cela suppose des investissements massifs dans les technologies de surveillance, mais aussi dans les réseaux humains de renseignement.
Dans ce combat, les populations civiles ne doivent plus être considérées comme de simples victimes collatérales, mais comme des partenaires stratégiques. Elles sont les premières à observer, à ressentir, à subir la présence des groupes terroristes. Leur implication, leur confiance et leur protection sont essentielles. Sans elles, aucune stratégie sécuritaire ne peut tenir dans la durée. Il est donc crucial de renforcer les mécanismes de coopération civilo-militaire, de garantir la sécurité des informateurs et de restaurer la confiance entre forces de défense et citoyens.
Par ailleurs, la posture militaire mérite une révision profonde. Trop souvent, les armées sahéliennes se retrouvent dans une logique défensive, réagissant après les attaques plutôt que les anticipant. Or, face à un ennemi asymétrique, cette approche montre ses limites. Il est temps de passer à l’offensive. Traquer les groupes armés dans leurs sanctuaires, perturber leurs lignes d’approvisionnement, démanteler leurs réseaux logistiques : telle doit être la nouvelle doctrine.
Cela implique une meilleure préparation des troupes, une mobilité accrue, et surtout une volonté politique forte. L’offensive ne signifie pas seulement l’action militaire, mais aussi la reconquête des territoires abandonnés, la réinstallation de l’administration, et la relance des services de base. Car le vide laissé par l’État est le terreau sur lequel prospère le terrorisme.
Enfin, cette lutte ne peut être gagnée sans une vision à long terme. Au-delà des opérations militaires, il est essentiel de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité : pauvreté, marginalisation, conflits communautaires, absence de perspectives pour les jeunes. La sécurité durable passe par le développement, la justice sociale et la gouvernance inclusive.
Le Mali saigne, mais il n’est pas seul. L’AES a aujourd’hui une responsabilité historique : transformer la tragédie en électrochoc, et faire de l’unité régionale une réalité tangible. Car face à un ennemi commun, seule une réponse collective, offensive et intelligente peut inverser le cours des événements.
La voie du Sahel.

