Le grand ménage au sommet du pouvoir burkinabè : Ibrahim Traoré resserre l’étau autour de son régime.

Le grand ménage au sommet du pouvoir burkinabè : Ibrahim Traoré resserre l’étau autour de son régime.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Au Burkina Faso, le pouvoir militaire semble entrer dans une nouvelle phase : celle de la concentration absolue de l’autorité. La disparition de la scène publique du capitaine Oumarou Yabré, longtemps présenté comme l’un des principaux artisans de l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré et patron des services de renseignement, alimente les interrogations sur une nouvelle purge au sein du premier cercle dirigeant. Même si aucune annonce officielle ne confirme son éviction, plusieurs sources concordantes évoquent une mise à l’écart de cet officier considéré comme le véritable numéro deux du régime.
Depuis son accession au pouvoir en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a progressivement consolidé son contrôle sur l’appareil d’État. Les tentatives de putsch annoncées, les arrestations de militaires, les disparitions de certaines figures influentes et les réorganisations successives des forces de sécurité ont contribué à réduire les contre-pouvoirs internes.


Dans ce contexte, l’effacement d’Oumarou Yabré apparaît comme un nouvel épisode de cette stratégie de verrouillage. Homme de l’ombre, réputé très influent dans les services de renseignement, il incarnait une pièce maîtresse du dispositif sécuritaire burkinabè. Son absence prolongée nourrit désormais toutes les spéculations.
Conscient de ces rumeurs, Ibrahim Traoré a récemment tenté de les désamorcer en affirmant publiquement qu’« il n’y a ni numéro 1 ni numéro 2 » au sein de la transition, ajoutant qu’« il n’y a pas deux capitaines dans un même bateau ». Une déclaration qui, loin d’éteindre les interrogations, est interprétée par de nombreux observateurs comme la volonté d’affirmer qu’aucune autre personnalité ne peut prétendre partager le pouvoir avec lui.
Au-delà du cas Yabré, cette évolution traduit une réalité plus profonde : les régimes militaires issus de coups d’État finissent souvent par consacrer une personnalisation croissante du pouvoir. Au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre les complots, les centres d’influence sont progressivement neutralisés jusqu’à ce que toute décision converge vers un seul homme.
Dans un Burkina Faso confronté à une crise sécuritaire persistante, cette concentration du pouvoir comporte des risques. Elle peut renforcer la cohésion de la chaîne de commandement à court terme, mais elle réduit aussi les espaces de débat stratégique et accroît la dépendance du régime envers la stabilité de son chef.
L’évolution de la situation d’Oumarou Yabré constituera donc un indicateur important de la dynamique interne du pouvoir burkinabè. Tant qu’aucune communication officielle ne viendra clarifier son sort, les interrogations resteront ouvertes sur l’ampleur réelle de ce nouveau réaménagement au sommet de l’État.

La voie du Sahel.

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