Titre : Issoufou Mahamadou : « Le capital humain, moteur de la souveraineté et du développement de l’Afrique ».
À l’occasion de la cérémonie de réception du titre de Docteur Honoris Causa de l’Université Denis Sassou-Nguesso de Kintélé, à Brazzaville, ce 13 août 2026, l’ancien président du Niger et Champion de la ZLECAf, Mahamadou Issoufou, a livré un discours consacré à l’éducation, au capital humain et à la transformation économique de l’Afrique. Devant plusieurs personnalités africaines, il a plaidé pour une meilleure formation de la jeunesse, le développement des compétences et la pleine mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine.
La voie du Sahel vous propose l’intégralité du discours de son excellence Issoufou Mahamadou.
DISCOURS DE SON EXCELLENCE ISSOUFOU MAHAMADOU, ANCIEN PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU NIGER, CHAMPION DE LA ZLECAF A l’OCCASION DE DE LA CEREMONIE DE RECEPTION DU TITRE DE DOCTEUR HONORIS CAUSA DE L’UNIVERSITE DENIS SASSOU N’GUESSO DE KINTELE-BRAZZAVILLE (13 AOUT 2026)
EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT DENIS SASSOU NGUESSO
EXCELLENCE MONSIEUR MACKY SALL ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU SENEGAL,
EXCELLENCE MONSIEUR UMARO SISSOCO EMBALO ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE GUINEE BISSAU
MONSIEUR LE PRESIDENT DU SENAT
MONSIEUR LE PREMIER MINISTRE
MONSIEUR ABENA ANGE ANTOINE, RECTEUR DE L’UNIVERSITE DSN
EXCELLENCES MESDAMES ET MESSIEURS
Monsieur le Président, le 5 Février 2021, vous nous avez fait l’honneur d’être à vos côtés, à l’occasion de la cérémonie d’inauguration de l’Université Panafricaine d’excellence Denis Sassou-Nguesso (UDSN) composée d’une faculté de Sciences Appliquées (FSA), d’un Institut Supérieur des Sciences Géographiques, Environnementales et d’Aménagement, d’un Institut Supérieur d’Architecture, Urbanisme, Bâtiment et Travaux Publics, d’une Ecole des Mines, de l’Hydraulique et de l’Energie et d’Ecoles doctorales pour la prochaine année universitaire 2026-2027.
A travers la vocation panafricaine de cette université, on voit apparaître votre vision, Monsieur le Président, la vision de l’Afrique et du Congo que nous voulons, une Afrique et un Congo unis, en paix, prospères et souverains, alors que votre ambition, de promouvoir les forces productives (force de travail et moyens de production), apparaît à travers la nature des facultés, des instituts et des écoles dont cette université d’excellence est constituée.
Comme on le sait, notre continent dispose d’une partie des moyens de production : ses immenses ressources en terre et ses matières premières, mais il lui manque les instruments de travail (outils, machines, usines, technologies) et une force de travail suffisamment compétente, c’est-à-dire des ressources humaines bien formées, dotées des savoirs et savoir-faire qu’exigent les défis auxquels nos pays sont confrontés.
Or, la force de travail est le facteur le plus précieux. C’est la force productive principale et le moteur central de l’économie. C’est son savoir-faire, son intelligence et sa raison qui transforment la nature pour produire les biens matériels et créer la richesse.
Pour qu’il en soit ainsi dans nos pays, il faut, à l’image de l’or, du pétrole, du cuivre, du nickel, du lithium ou de toute autre matière première, l’extraire de sa gangue, la gangue de l’ignorance, cette source de superstition qui la paralyse, cette source des peurs et des craintes qui font trembler l’homme face aux forces de la nature dont, pourtant, l’observation a déjà permis de découvrir de nombreuses lois utiles à la prospérité humaine.
La nature est une bibliothèque. Ainsi, chaque forêt qui disparaît est un livre qu’on brûle. Il faut lire et étudier les livres de la nature. C’est cette lecture, par exemple, qui a permis de découvrir la loi de la gravité. C’est certainement la volonté de lire le chapitre du bassin du Congo, second massif forestier du monde, qui justifie la création, au sein de l’Université Denis Sassou N’guesso (UDSN), de l’Institut Supérieur des Sciences Géographiques, Environnementales et d’Aménagement.
Je fonde l’espoir que les observations scientifiques, qui seront faites dans ce riche bassin, permettront d’obtenir des résultats aussi spectaculaires que les fractales, base des téléphones portables, induites du calcul de la longueur de la côte de la Grande Bretagne ou, de manière plus générale, des formes géométriques naturelles qui se répètent à l’identique à différentes échelles.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,
C’est à la famille, à la société et à l’école qu’il revient de mener à bien le travail d’extraction de l’homme de l’ignorance.
La famille et la société doivent éduquer, c’est-à-dire former la conscience, transmettre les valeurs et les règles de vie en société.
L’école doit instruire, c’est à dire transmettre la science, permettre de comprendre le monde et la nature, posséder le savoir et le savoir-faire.
Cela est désormais bien connu, l’ambition de notre continent, celle inscrite dans l’agenda 2063, est de sortir du pacte colonial, c’est-à-dire de mettre fin à son statut actuel de réservoir de matières premières, retenir le maximum de valeur ajoutée, en créant des chaînes de valeur régionales, continentales et mondiales.
Les chaînes de valeur à promouvoir ne sont pas qu’agricoles, minières ou pétrolières : elles sont aussi humaines car sans transformer l’homme, sans le porter au niveau le plus élevé de la chaîne de valeur humaine mondiale, il nous sera impossible d’africaniser la mise en œuvre totale des autres moyens de production, c’est-à-dire les objets de la production et les instruments de travail.
C’est le rôle des grandes écoles et des universités comme l’UDSN, c’est le rôle des centres de formation professionnelle et technique, à tous les niveaux, d’assumer cette mission décisive pour l’avenir de notre Continent et du Congo.
Cette mission doit être réalisée dans le respect d’un équilibre bien déterminé entre enseignement général et enseignement professionnel et technique : 60% pour celui-ci et 40% pour celui-là.
Ce fut sous cette hypothèse que j’ai mis en œuvre le programme de renaissance pendant mes deux mandats, consacrant 20% des ressources budgétaires au secteur de l’éducation avec à la clé la création de quatre universités.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs
La promotion du capital humain est une condition nécessaire pour transformer l’actif démographique de nos pays en dividende économique. Par ailleurs, la promotion de toutes les chaînes de valeur permettra de soutenir la croissance économique à travers la création d’emplois pour les 12 millions de jeunes Africains qui arrivent sur le marché de travail chaque année, à travers le soutien à la consommation, à l’investissement et au commerce, notamment au commerce intra-africain, ce qui permet de réaliser les ambitions de l’agenda 2063 de l’UA. Je trouve dommage que cet agenda ne soit pas bien connu, 13 ans après son adoption. Pourtant, il contient toutes les solutions aux défis auxquels le continent est confronté. Ses projets phares, notamment la Zone de Libre Echange Continentale Africaine, méritent d’être bien diffusés, y compris à travers leur enseignement dans les universités. L’Université Denis Sassou Nguessou, de part sa vocation panafricaine, peut en être un des porte-flambeaux. Je suis fier d’en être honoré du titre de Docteur Honoris Causa. J’en remercie les autorités universitaires. Plus particulièrement je vous en remercie, vous, M le Président. Je vous remercie pour cette marque d’estime qui montre, une fois de plus, la force de votre leadership fait de générosité, d’ouverture, d’une forte capacité d’écoute, de sagesse, autant de qualités qui vous font appartenir, au-delà du Congo, à toute l’Afrique. Autant de qualités appréciées par vos paires qui vous confient des missions à l’échelle continentale comme celle de la stabilisation en Libye.
Que Dieu bénisse le Congo. Qu’Il bénisse l’Afrique.
Je vous remercie.





















