Doctorat Honoris Causa : Issoufou Mahamadou, dix ans pour refonder l’enseignement supérieur nigérien.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Brazzaville, 13 août 2026. Une décennie de politique universitaire vient d’être consacrée au plus haut niveau académique africain. L’Université Denis Sassou Nguesso de Kintélé a décerné, ce jeudi, le titre de Docteur Honoris Causa à Son Excellence Issoufou Mahamadou, ancien Président de la République du Niger. Une distinction qui entend saluer l’action menée entre 2011 et 2021 en faveur de la transformation de l’enseignement supérieur nigérien.
Derrière cette reconnaissance, une ambition : faire de l’université non plus seulement un espace de transmission des savoirs, mais un véritable instrument de transformation économique, sociale et territoriale.
Quatre mots pour une décennie
Durant ses deux mandats, l’ancien chef de l’État avait structuré sa politique universitaire autour de quatre orientations : déconcentrer, construire, professionnaliser et démocratiser.
Premier chantier : rapprocher l’enseignement supérieur des jeunes Nigériens. La loi n°2014-40 du 19 août 2014 a ainsi permis la création de quatre universités publiques régionales à Agadez, Dosso, Diffa et Tillabéri. L’objectif était double : réduire la pression exercée sur les établissements de Niamey et permettre aux territoires de disposer de formations davantage en phase avec leurs potentialités économiques et sociales.
Cette régionalisation de l’enseignement supérieur constitue l’un des marqueurs de cette période : l’université devait progressivement sortir de la seule capitale pour s’implanter au plus près des populations.
Des milliards investis dans les campus
Cette politique de déconcentration s’est accompagnée d’un vaste programme d’infrastructures. Amphithéâtres, laboratoires, bibliothèques et cités universitaires ont été construits ou renforcés à Niamey, Maradi, Zinder, Tahoua, ainsi que dans les nouvelles universités régionales.
Parmi les réalisations emblématiques figure le Campus Universitaire Roi Abdullah Bin Abdul Aziz Al Saoud, inauguré le 29 mars 2021 à Niamey. Édifié sur 11 hectares pour un investissement annoncé de 35 milliards de FCFA, le complexe devait notamment contribuer à améliorer les conditions d’accueil et d’études, avec une attention particulière accordée à l’accès des jeunes filles à l’enseignement supérieur.
Former davantage, mais aussi mieux former
L’autre défi était celui des ressources humaines. L’extension des capacités d’accueil exigeait mécaniquement davantage d’enseignants et de personnels qualifiés. Dans cette logique, le programme a prévu le recrutement de 144 enseignants-chercheurs, 21 enseignants technologues et 66 personnels administratifs et techniques.
La professionnalisation apparaissait ainsi comme une condition essentielle pour adapter l’université aux besoins du marché du travail et accompagner les ambitions de développement du pays.
Le pari de la démocratisation
La quatrième dimension de cette politique était quantitative : permettre à davantage de jeunes d’accéder à l’enseignement supérieur.
L’objectif affiché dans le cadre de Renaissance II était particulièrement ambitieux : faire passer le nombre d’étudiants de 52 000 en 2015 à 100 000 en 2021, tout en portant la proportion des étudiantes de 34 % à 40 %.
Derrière ces chiffres se dessinait une conception de l’université comme outil d’égalité des chances, dans un pays confronté à une forte croissance démographique et à une demande croissante de formation.
Une distinction qui dépasse les infrastructures
Le Doctorat Honoris Causa attribué à Issoufou Mahamadou ne se résume donc pas à un bilan de bâtiments ou de statistiques. Il vient consacrer une vision de l’enseignement supérieur comme levier de souveraineté, d’aménagement du territoire et de transformation de la société.
À Kintélé, l’Université Denis Sassou Nguesso donne ainsi une portée académique et africaine à cette décennie de réformes.
Déconcentrer. Construire. Professionnaliser. Démocratiser. Quatre orientations qui constituent, selon les promoteurs de cette distinction, l’une des empreintes majeures de la décennie 2011-2021 dans l’enseignement supérieur nigérien.
Une conviction demeure au cœur de cette vision : il ne peut y avoir de souveraineté durable sans une jeunesse instruite, une recherche dynamique et une université pleinement engagée au service du développement.
La voie du Sahel.

