
Niger : l’appel aux militaires « en fuite » révèle les fractures persistantes au sein de l’armée.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Après les événements du 29 août à la Base aérienne 101 de Niamey, l’État-major général des armées tente de reprendre la main. Mais derrière l’appel au retour des militaires se dessine une réalité plus préoccupante : plusieurs soldats sont toujours hors de leurs unités, plusieurs jours après la crise.
Le communiqué du chef d’État-major général des armées, le général de division Moussa Salaou Barmou, marque une nouvelle étape dans la gestion des événements survenus le 29 août à la Base aérienne 101 de Niamey. Les militaires qui se trouvent encore hors de leurs unités sont désormais invités à régulariser individuellement leur situation en se présentant à l’École de la gendarmerie ou dans les brigades territoriales.
Le détail n’est pas anodin. Il signifie que, contrairement à l’image d’un retour immédiat et total à la normale, les conséquences de la crise continuent de se faire sentir au sein de l’appareil militaire.
Plus révélateur encore, l’État-major demande aux intéressés de se présenter, « si possible », avec leurs armes, leurs munitions et leurs équipements militaires. Cette précision traduit une préoccupation évidente : récupérer non seulement les personnels dispersés, mais également le matériel susceptible de rester entre leurs mains.
Une opération de reprise en main
L’appel ressemble ainsi à une opération de désamorçage et de reprise en main de la chaîne de commandement. Plutôt que de procéder immédiatement à une chasse généralisée aux militaires absents de leurs unités, les autorités leur offrent une voie de retour encadrée.
Le choix de la gendarmerie comme point de présentation n’est probablement pas fortuit. Il permet de centraliser les retours, d’identifier les militaires concernés et de procéder à la récupération éventuelle des armes et équipements.
Mais cette démarche pose également une question fondamentale : combien de militaires sont concernés et où se trouvent-ils actuellement ? Le communiqué ne fournit pas de chiffre et ne précise pas non plus les circonstances exactes dans lesquelles ces soldats ont quitté leurs unités.
Le silence autour du 29 août demeure
C’est précisément là que se situe l’une des principales zones d’ombre. Les autorités avaient présenté les événements du 29 août comme un mouvement circonscrit. Quelques jours plus tard, l’État-major reconnaît néanmoins que des militaires demeurent hors de leurs unités.
Cette évolution suggère que la crise militaire n’a pas été totalement résorbée sur le terrain. Elle révèle surtout la nécessité, pour les autorités, de restaurer rapidement la discipline, la cohésion et la confiance dans la chaîne de commandement.
Au-delà du vocabulaire militaire, le message est donc politique : le pouvoir veut démontrer qu’il contrôle toujours l’armée. Mais l’appel lancé aux militaires en fuite montre également que cette maîtrise doit encore être consolidée.
Après le choc du 29 août, la véritable bataille pourrait désormais se jouer loin des détonations : dans les casernes, dans la chaîne de commandement et dans la capacité des autorités à empêcher qu’une nouvelle crise ne transforme les fissures actuelles en fracture ouverte.
La Voie du Sahel.






