Au Niger, Abdourahamane Tiani appelle Assimi Goïta et Ibrahim Traoré à la rescousse dans le Tillabéri

Au Niger, Abdourahamane Tiani appelle Assimi Goïta et Ibrahim Traoré à la rescousse dans le Tillabéri

                                       TOUT SUR LE NIGER  17  Octobre   2025

Au Niger, Abdourahamane Tiani appelle Assimi Goïta et Ibrahim Traoré à la rescousse dans le Tillabéri – Jeune Afrique – 16/10

La junte au pouvoir peine à contrer l’influence grandissante des jihadistes dans le Tillabéri, une région stratégique pour le pays, située à la frontière avec le Mali et le Burkina Faso. Pour tenter de reprendre la main sur ces territoires perdus, le général Abdourahamane Tiani compte désormais sur l’aide de ses alliés de l’Alliance des États du Sahel.

Ce fut l’un de ses premiers actes en tant que nouveau maître de Niamey. Le 1er août 2023, moins d’une semaine après avoir renversé le président Mohamed Bazoum, le général Abdourahamane Tiani relevait de leurs fonctions l’ensemble des gouverneurs des huit régions du pays. Les hauts fonctionnaires, civils pour la plupart, ont alors été remplacés par des militaires choisis par le chef de la junte. Pour celui qui fut le patron de la garde républicaine de deux présidents, Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum, l’objectif était double : récompenser les officiers qui l’avaient soutenu – ou à tout le moins ne lui avaient pas fait obstacle – lors du coup d’État, et donner plus de poids à la réponse sécuritaire face aux groupes armés jihadistes.

Deux ans plus tard, le constat est sans appel : le Niger n’est pas sorti de la crise sécuritaire. Au contraire, même, puisque la région de Tillabéri, dans la zone dite « des trois frontières » entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, est plus que jamais l’épicentre des attaques jihadistes. « La situation sécuritaire est sous contrôle », plastronnait pourtant, le 28 juillet, le gouverneur militaire de Tillabéri, le lieutenant-colonel Maïna Boukar. Mais c’était pour aussitôt tempérer ses propos, reconnaissant en creux l’ampleur des violences endémiques qui frappent la région, en concédant « quelques incursions, parfois meurtrières » qui « entraînent de lourds tributs pour les Forces de défense et de sécurité et la population civile ».

Septembre noir dans le Tillabéri

Au cours du seul mois de septembre, deux attaques menées par l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), branche sahélienne de l’EI, ont durement frappé les forces armées nigériennes. Le 10 septembre, 27 soldats ont été tués par les jihadistes. Une semaine plus tard, les jihadistes ont commis un massacre lors d’une cérémonie de baptême : 22 villageois ont été tués. Dans le même temps, les attaques ciblées d’élus locaux se sont multipliées. Deux d’entre eux ont été assassinés ces dernières semaines. Le dernier en date à être tombé sous les balles des jihadistes est Aliou Oumarou, maire d’Ayorou, qui était également capitaine au sein de l’armée. Il a été tué dans une embuscade en même temps que son garde du corps, alors qu’ils revenaient d’un meeting d’Abdourahamane Tiani, qui était en déplacement dans la région les 4 et 5 octobre.

Une visite du général Tiani dans sa région natale qui avait été préparée depuis des semaines, tant il semble devenu urgent, pour Niamey, d’apaiser la colère des populations confrontées au quotidien à la dégradation de la situation sécuritaire. Selon l’ONG Acled, depuis que la junte a pris le pouvoir, plus de 1 700 personnes ont été tuées. Les violences jihadistes ont poussé des dizaines de milliers de personnes à fuir la région, où plus d’un millier d’écoles ont été fermées, selon des chiffres communiqués par le ministère nigérien de l’Éducation.

Le patron du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) se savait donc particulièrement attendu. D’autant qu’une semaine avant son passage, un bombardement aérien de l’armée visant des terroristes a coûté la vie à 40 civils. Une « bavure » de plus qui vient s’ajouter à une liste déjà longue : Acled estime que 629 villageois ont péri dans la région de Tillabéri entre juillet 2023 et novembre 2024, victimes de frappes de drones.

Une tournée sahélienne pour convaincre Goïta et Traoré

C’est aussi la situation sécuritaire dans le Tillabéri qui semble avoir convaincu Abdourahamane Tiani de quitter un temps le palais présidentiel, dans lequel il vit de plus en plus reclus. Alors qu’il limite au maximum ses déplacements, le général nigérien a mené une « tournée » au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), à la fin du mois de septembre dernier. À Bamako, d’abord, puis à Ouagadougou, l’aîné

des putschistes, du haut de ses 61 ans, a plaidé auprès d’Assimi Goïta et d’Ibrahim Traoré pour l’opérationnalisation la plus rapide possible de la force conjointe de l’AES.

Certes, des opérations conjointes sont déjà menées par les trois armées. Mais, dans le cadre de cette force, Niamey veut aller plus loin. Depuis l’annonce de sa création, en mars 2024, c’est d’ailleurs le Niger qui se fait le porte-étendard de cette force conjointe sahélienne. Lors du Forum de Lomé sur la sécurité en Afrique, qui s’est tenu les 11 et 12 octobre, le ministre nigérien des Affaires étrangères s’est d’ailleurs félicité que les bataillons de cette force conjointe, qui doit compter environ 5 000 hommes, aient enfin été « mis sur pied ». Le ministre a également profité de l’occasion pour, selon nos sources, mené un intense lobbying en coulisses afin de convaincre des partenaires internationaux de soutenir financièrement l’initiative de l’AES.

Un poste de commandement consacré a bel et bien été créé : il est officiellement installé sur la base aérienne 101 de Niamey, autrefois utilisée par les forces armées françaises de l’opération Barkhane. Mais de nombreux obstacles doivent encore être levés avant que cette force soit réellement opérationnelle. Officiellement, Niamey, Ouagadougou et Bamako travaillent à l’élaboration des textes réglementaires, à l’harmonisation des procédures opérationnelles et l’installation d’outils de coordination. Mais dans le secret des discussions, derrière les portes closes, les juntes de l’AES ne voient pas tous la zone des trois frontières, le Liptako-Gourma, comme une « priorité absolue ».

Lors de ses déplacements express à Bamako et Ouagadougou, Abdourahamane Tiani s’est donc employé à tenter de convaincre ses homologues de passer à la vitesse supérieure. Mais, si ces derniers se sont montrés ouverts sur le principe, le passage des promesses aux actes paraît plus compliqué. Selon une source malienne proche des autorités, Assimi Goïta entend surtout mobiliser ses moyens militaires pour faire face à l’offensive jihadiste en cours dans l’ouest de son pays.

La stratégie de prise en étau de Bamako par les groupes armés inquiète autrement la junte que les violences qui font rage dans le Liptako-Gourma. La junte, engagée dans un combat à mort avec les hommes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda), de Iyad Ag Ghaly, ne voit par ailleurs pas forcément l’urgence à mobiliser des ressources pour combattre un EIGS dont la capacité de nuisance sur le territoire malien s’est considérablement réduite ces derniers mois.

Affaibli par les combats incessants avec son rival du JNIM, entre 2020 et 2023, et par la mort de plusieurs de ses chefs – dont son émir Abou Walid Al Sahraoui, tué par l’armée française en 2021 –, l’EIGS s’est recentré sur le Niger. Le groupe a fait des régions de Tillabéri et de Tahoua ses bases arrière et a étendu ses opérations jusque dans la région de Dosso, jusque-là épargnée. Une zone dans laquelle les jihadistes affiliés à l’EI doivent faire face, là encore, au JNIM.

Abdourahamane Tiani, qui avait à coeur de revenir de sa tournée sahélienne avec des annonces importantes sur le lancement d’une opération conjointe de grande envergure dans le Tillaberi, est rentré à Niamey avec, seulement, la promesse que « l’idée avance », glisse notre source malienne. Cette impasse sur le front sécuritaire a des conséquences au sein même de la junte nigérienne. Les relations entre le général Tiani et le chef d’état-major des armées, Moussa Salaou Barmou, se sont ainsi singulièrement tendues.

Aux lendemains des attaques meurtrières des jihadistes contre l’armée nigérienne, en mai, l’ancien patron des forces spéciales, qui réclame davantage de moyens humains et matériels, a même envisagé de démissionner. Si Moussa Salaou Barmou a finalement choisi de rester à son poste, Abdourahamane Tiani doit composer désormais avec la défiance d’une partie de son état-major, fruit d’un bilan sécuritaire accablant marqué par la recrudescence des attaques.

Activation d’Action Anticipatoire : L’action anticipatoire pour atténuer les effets des inondations au Niger (août 2025) – WFP – 17/10

En août 2025, le gouvernement du Niger, en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM), a activé le plan d’action anticipatoire (PAA) afin de atténuer les impacts prévus des inondations sur la vie et les moyens de subsistance des populations de huit communes des régions de Dosso et Tillaberi, le long du fleuve Niger.

Les inondations du fleuve Niger causent des dommages importants aux populations riveraines, à leurs moyens de subsistance et à leurs biens. Ces inondations se produisent généralement pendant deux périodes principales chaque année : i) le premier pic, appelé « crue rouge » ou « crue locale », se produit de juillet à septembre ; et ii) le second, appelé « crue guinéenne », se produit entre novembre/décembre et février.

Cette activation du PAM a été coordonnée par le Groupe de travail technique national sur les mesures anticipatives (AATWG) et guidée par le Cadre interinstitutions pour les mesures anticipatives (AA) contre les risques d’inondation, élaboré et approuvé en 2024. Ce cadre, actuellement en cours de révision, rassemble plusieurs agences des Nations Unies (dont le PAM, la FAO, l’OIM, l’UNICEF, l’OMS, le FNUAP, le HCR et le PNUD) afin d’assurer une action anticipée multisectorielle coordonnée avec le gouvernement du Niger.

L’activation a été déclenchée le 11 août, lorsque le niveau de la rivière à Niamey a atteint 584 cm, dépassant ainsi le seuil de référence de 580 cm et atteignant le seuil d’« alerte orange ». Cela indiquait une inondation imminente due à de fortes précipitations. Le déclencheur de la prise de décision, tel que défini dans le cadre inter-institutions, est basé sur les données d’observation recueillies par l’Autorité du bassin du Niger (ABN).

Dans le cadre de cette activation, le PAM a mis en oeuvre les actions anticipatoires suivantes :

1. Diffusion de messages de sensibilisation. Les messages élaborés par le gouvernement avec le soutien du PAM ont été diffusés dans les langues nationales « haoussa » et « djerma » via les stations de radio communautaires des municipalités ciblées. Ces messages ont alerté les communautés du risque imminent d’inondation, permettant aux ménages d’utiliser les fonds anticipatoires pour sécuriser leurs maisons et acheter des biens de première nécessité.

2. Distribution de transferts monétaires anticipatoires. Les ménages vulnérables ont reçu 40 000 francs CFA (environ 65 dollars américains), conformément à la recommandation du Groupe de travail national sur les transferts monétaires, qui préconisait un transfert couvrant les besoins d’un mois. Cette aide a permis aux ménages d’acheter des articles essentiels, tels que de la nourriture et des médicaments, de subvenir à leurs besoins fondamentaux, de protéger leur foyer et de se déplacer vers des lieux plus sûrs.

Ces actions anticipatoires s’appuient sur les enseignements tirés de l’activation de l’AA inondation mise en oeuvre dans les régions de Tillaberi et de Dosso en novembre 2024. Elles visent à 1) aider les ménages à se préparer à l’avance aux inondations ; 2) protéger leurs moyens de subsistance et leurs biens ; et 3) renforcer l’état nutritionnelle avant et après les inondations.

Cette activation a été rendue possible grâce à un financement de 700 000 dollars américains du ministère fédéral allemand des Affaires étrangères (GFFO) et au soutien de la Norvège en matière de renforcement des capacités, qui ont apporté une aide cruciale pour protéger les plus vulnérables contre les effets négatifs des inondations prévues.

CNPC poursuit l’exportation de pétrole au Niger malgré des tensions avec le gouvernement – Reuters – 17/10

La compagnie chinoise CNPC a continué d’exporter du brut d’un champ pétrolier récemment agrandi au Niger qui a généré plus de 2 milliards de dollars de revenus malgré des différends avec des responsables gouvernementaux sur l’embauche de plus de travailleurs locaux et l’amélioration de leurs avantages, ont déclaré des sources proches du dossier.

Le géant pétrolier d’État chinois négocie depuis des mois avec le gouvernement nigérien pour s’attaquer à ces problèmes, ont indiqué les sources, après que trois de ses cadres supérieurs ont été expulsés en mars en raison de différends sur un écart de rémunération entre les travailleurs locaux et les expatriés chinois.

Les ventes de brut de CNPC et l’état des négociations n’ont pas été signalés auparavant. CNPC et un porte-parole du gouvernement nigérien n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Ces expulsions, qui ont été suivies de lettres gouvernementales ordonnant en mai aux expatriés chinois expérimentés de quitter le Niger, ont porté un coup à la CNPC. Le Niger est une vitrine de la capacité de CNPC à construire une industrie pétrolière à partir de zéro dans un pays appauvri. Elle y a investi plus de 5 milliards de dollars, développant un champ pétrolifère, construisant une raffinerie et un oléoduc de 1 950 km, le plus long d’Afrique.

Le ministre du Pétrole, Sahabi Oumarou, a d’abord demandé à CNPC et à sa raffinerie, SORAZ, de résilier les contrats des expatriés qui travaillaient au Niger depuis plus de quatre ans, mais cette action n’a pas été mise en oeuvre, ont déclaré à Reuters trois sources basées à Niamey.

Parmi les principaux différends figurait la demande du gouvernement nigérien d’augmenter les embauches locales dans les projets dirigés par la CNPC à 80 % contre moins de 30 % actuellement, un objectif que la CNPC juge irréaliste en raison d’un manque de personnel local formé et qualifié, ont déclaré les personnes. Les sources ont parlé sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité de la question.

EXPORTATIONS DE PÉTROLE BRUT MELECK

Malgré le différend, CNPC a progressé dans la commercialisation de la nouvelle production de la phase 2 du développement du champ pétrolifère d’Agadem, qui pompe maintenant à pleine capacité de 90 000 barils par jour. Le brut est exporté via un oléoduc construit par la CNPC reliant le champ pétrolifère au port de Cotonou au Bénin.

CNPC détient une participation de 65 % dans le champ d’Agadem, la société d’État taïwanaise CPC détient 20 % et le gouvernement nigérien détient les 15 % restants.

Jusqu’à présent, CNPC a exporté 32 millions de barils de brut Meleck, idéal pour la fabrication de carburant marin à faible teneur en soufre, vers des clients en Europe et en Asie, selon l’une des sources et un autre responsable commercial.

Vendues entre 65 et 70 dollars le baril, les exportations ont généré des revenus de plus de 2 milliards de dollars, ont estimé les sources.

CNPC a commencé à produire du pétrole à Agadem, dans le sud-est du Niger, en 2011 dans le cadre d’une phase 1 de développement avec l’accord du gouvernement civil de l’époque. La production de 20 000 bpj alimente la raffinerie de Soraz, dans le sud du Niger, qui a été construite et est détenue à 60 % par CNPC, qui fournit du carburant au Niger.

Le gouvernement actuel de la junte nigérienne est arrivé au pouvoir en 2023 lors d’un coup d’État militaire et, comme plusieurs autres gouvernements de la région du Sahel, du nord de l’Afrique centrale, cherche à mieux contrôler ses ressources naturelles.

LA VOIE DU SAHEL