Boncana Maïga, l’architecte du son africain moderne s’est tu.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
L’Afrique culturelle est en deuil. Le maestro Boncana Maïga s’est éteint ce vendredi à Bamako, des suites d’une longue maladie. Avec lui disparaît l’un des plus grands bâtisseurs de la musique africaine moderne, un homme dont l’œuvre a traversé les générations, les frontières et les océans.
Boncana Maïga, c’est d’abord une longue carrière. Une carrière magnifique, dense, féconde, marquée par une curiosité musicale rare et une capacité exceptionnelle à faire dialoguer les cultures. Très tôt, il tombe amoureux des sonorités afro-cubaines et participe à l’épopée du mythique groupe Les Maravillas, contribuant à forger un pont musical durable entre l’Afrique et les Caraïbes. Ce métissage deviendra l’une des signatures de son génie.
Arrangeur de talent, Boncana Maïga laissera une empreinte indélébile sur de nombreux projets majeurs du continent. Son travail avec Africando a donné naissance à des œuvres devenues des classiques, célébrées aussi bien à Dakar, Conakry ou Abidjan qu’à New York et La Havane. Il a également marqué de son empreinte le reggae africain, en collaborant avec Alpha Blondy, qu’il a accompagné par des orchestrations audacieuses et raffinées.
Mais l’héritage de Boncana Maïga ne se limite pas aux grandes scènes internationales. Il a travaillé avec de nombreux artistes africains, parfois dans l’ombre, toujours avec générosité. Parmi eux, Pierrette Adams, Moussa Poussy, Saadou Bori ou encore Adams Junior, trois artistes nigériens aujourd’hui disparus, dont il a sublimé le talent. Il est aussi l’auteur de la chanson emblématique du ballet des jeunes filles de Tillabéry, « Marietou », devenue un repère culturel pour toute une génération.
Visionnaire, pédagogue et passeur de savoir, Boncana Maïga fut également une figure médiatique respectée à travers l’émission Stars Parade, qui a révélé et accompagné de nombreux talents africains. Son studio Tounkagouna, à Bamako, restera dans les mémoires comme un lieu de création, de transmission et de fraternité artistique.
Avec sa disparition, des artistes africains se sentent orphelins. L’Afrique des indépendances perd l’un de ses plus fins chroniqueurs musicaux. Tant d’histoires à raconter, tant de savoir à transmettre encore…Va en paix, maestro.
Que la terre te soit légère et que le paradis soit ta dernière demeure. Amine.

