Contentieux ORANO–Niger : Niamey se dote d’un comité d’experts pour défendre sa souveraineté minière.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Le Niger franchit une nouvelle étape dans le bras de fer juridique qui l’oppose au groupe français ORANO. Le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, chargé des Relations avec les Institutions, M. Alio Daouda, a officiellement installé à Niamey, ce mercredi, un Comité d’experts chargé de documenter l’ensemble des plaintes et contentieux opposant l’État nigérien à l’entreprise minière.
À l’occasion de la cérémonie, le ministre a replacé cette initiative dans un contexte qu’il juge marqué par une hostilité accrue depuis l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le 26 juillet 2023. Selon lui, la France et certains pays de la CEDEAO auraient multiplié les pressions diplomatiques et politiques pour contrarier la volonté du Niger d’exercer pleinement sa souveraineté, notamment sur ses ressources naturelles.
M. Alio Daouda a rappelé que les autorités nigériennes, sous l’impulsion du Général Abdourahamane Tiani, ont pris la décision de nationaliser l’exploitation des ressources minières. Une orientation stratégique qui a entraîné, a-t-il indiqué, plusieurs procédures engagées par ORANO contre le Niger devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Le groupe minier revendique des droits de propriété sur des sites d’exploitation, une position que Niamey conteste, en s’appuyant notamment sur la résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée générale des Nations unies, consacrant la souveraineté permanente des peuples sur leurs richesses et ressources naturelles.
Le ministre a également dénoncé les impacts environnementaux et sanitaires de l’exploitation de l’uranium, évoquant des déchets toxiques laissés à l’air libre et des risques durables pour la santé des populations et l’écosystème des zones concernées. Face à ces préjudices présumés, l’État du Niger a décidé d’engager à son tour des actions judiciaires contre ORANO, tant au niveau national qu’international.
Créé par l’arrêté n°0353/MJ/DH/GS/CRI/SG du 31 décembre 2025, le Comité d’experts aura pour missions de recenser les violations liées à l’environnement, à la santé et à la fiscalité, de collecter et analyser des données factuelles et chiffrées, puis de construire des argumentaires juridiques solides. Ces travaux devront permettre au Niger d’attaquer ou de se défendre devant toutes les juridictions et instances arbitrales compétentes, y compris à l’étranger.
En exhortant les membres du comité à s’approprier pleinement leurs responsabilités, le ministre de la Justice a souligné que l’enjeu dépasse le simple contentieux juridique. Il s’agit, a-t-il insisté, de défendre les intérêts du peuple nigérien et de transformer cette épreuve en un levier pour bâtir un Niger véritablement souverain et maître de son destin.

