Guinée-Bissau : Vrai coup d’État militaire ou complot politique ?
Que s’est-il réellement passé à Bissau ?
La Guinée-Bissau replonge une fois de plus dans l’incertitude. Trois jours seulement après l’élection présidentielle, marquée par une victoire que le camp du président sortant, Umaro Sissoco Embaló, revendiquait dès le premier tour, des tirs ont retenti autour du palais présidentiel à Bissau. Quelques heures plus tard, le chef de l’État était arrêté par des militaires. Mais s’agit-il réellement d’un coup d’État ou d’un scénario politique soigneusement orchestré ?
Une arrestation qui interroge
Selon plusieurs sources, des éléments de l’armée ont procédé à l’interpellation du président Embaló alors que les tensions post-électorales montaient déjà dans la capitale. Pourtant, aucune revendication claire n’a été formulée par les auteurs de cette action. Aucun communiqué militaire, aucune prise de pouvoir officielle : une situation inhabituelle pour un pays dont l’histoire est jalonnée de putschs assumés.
Cette absence de revendication nourrit les spéculations. Les militaires ont-ils agi seuls ? Ou ont-ils été instrumentalisés ?
Un contexte électoral explosif
La présidentielle, disputée le week-end dernier, était déjà controversée. Le camp d’Embaló affirmait avoir remporté le scrutin dès le premier tour, tandis que l’opposition dénonçait des irrégularités majeures. Cette atmosphère tendue a créé un terrain fertile pour des manœuvres politiques de dernière minute.
Dès lors, une question surgit : le président aurait-il anticipé une contestation populaire ou institutionnelle en mettant en scène une tentative de déstabilisation ?
Vers un « faux » coup d’État ?
Certains observateurs évoquent un possible « auto-coup », une stratégie visant à se présenter en victime d’une fronde militaire afin de reprendre la main, durcir le ton ou justifier une répression. Cette hypothèse, bien que difficile à prouver, gagne du terrain à mesure que les informations restent floues.
D’autres y voient au contraire une véritable fronde au sein de l’armée, fatiguée des rivalités politiques et des accusations mutuelles qui minent le pays depuis des années.
Alors, que croire ?
L’armée, arbitre ou acteur ?
La réaction de l’état-major reste déterminante. Pour l’heure, aucune figure militaire n’a annoncé la suspension de la Constitution ni la prise du pouvoir. Ce silence alimente l’ambiguïté : les hauts gradés maîtrisent-ils les événements ou sont-ils eux aussi dépassés par une initiative isolée ?
Dans un pays où les rapports entre élites politiques et militaires ont toujours été fragiles, la moindre étincelle peut suffire à faire basculer l’équilibre.
Un pays encore une fois au bord de la rupture
La Guinée-Bissau, déjà confrontée à une instabilité chronique, risque de replonger dans une crise profonde. La communauté internationale observe la situation avec prudence, évitant pour l’instant de qualifier officiellement les événements de « coup d’État ».
Les prochaines heures seront cruciales :
– Qui détient réellement le pouvoir à Bissau ?
– Le président Embaló est-il victime d’un putsch… ou d’un scénario politique qu’il aura lui-même contribué à écrire ?
– L’opposition profitera-t-elle de cette confusion pour contester davantage les résultats du scrutin ?

