Fiscalité au Niger : la CEA met le doigt sur les milliards qui échappent à l’État.

Fiscalité au Niger : la CEA met le doigt sur les milliards qui échappent à l’État.

  • Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Avec des recettes fiscales représentant à peine 8,05 % du PIB, 225 milliards de FCFA d’arriérés fiscaux et un taux de recouvrement des redressements limité à 19,1 %, le Niger dispose encore d’un important gisement de ressources intérieures. La CEA veut aider Niamey à mieux le valoriser.

Le Niger veut renforcer ses recettes sans forcément augmenter la pression fiscale. Pour y parvenir, le gouvernement mise notamment sur une meilleure efficacité de son administration fiscale. La Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) apporte ainsi un appui technique de haut niveau à la Direction générale des impôts (DGI) dans le domaine particulièrement sensible des prix de transfert.

Lancée le 14 septembre 2026 à Niamey par le ministère de l’Économie et des Finances, cette initiative réunit plus de 30 cadres de la DGI jusqu’au 25 septembre. Objectif : renforcer leurs compétences en fiscalité internationale, analyse des risques et contrôle des entreprises liées.

Un système fiscal encore loin des standards

Le diagnostic réalisé par la CEA en 2025, puis validé en 2026, met en lumière les faiblesses mais aussi l’énorme potentiel de mobilisation des ressources intérieures du Niger.

Selon cette évaluation, les recettes fiscales ne représentent qu’environ 8,05 % du PIB, très loin du seuil de 15 % considéré comme un minimum international pour les pays en développement et de l’objectif régional de 20 % fixé au sein de l’UEMOA.

À cela s’ajoute un secteur informel qui pèserait entre 55 et 65 % du PIB, limitant considérablement l’élargissement de l’assiette fiscale.

Plus préoccupant encore, les arriérés fiscaux sont estimés à 225 milliards de FCFA, alors que le taux de recouvrement des montants issus des contrôles fiscaux ne serait que de 19,1 %.

Les prix de transfert dans le viseur

La formation porte notamment sur le principe de pleine concurrence, l’analyse fonctionnelle des entreprises associées et les différentes méthodes de détermination des prix de transfert.

Pour la CEA, la maîtrise de ces mécanismes est essentielle pour éviter que certaines entreprises multinationales ne déplacent artificiellement une partie de leurs bénéfices vers des juridictions où ils sont moins taxés.

« Protéger l’assiette fiscale », réduire les risques de transfert artificiel des bénéfices et garantir une fiscalité plus équitable : tel est l’enjeu, selon Ngone Diop, Directrice du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique de l’Ouest.

Transformer le potentiel en recettes

Pour le gouvernement nigérien, l’enjeu est désormais de transformer cette expertise en résultats concrets. Le renforcement des capacités de la DGI doit permettre d’améliorer les contrôles, de récupérer davantage de recettes et, surtout, d’élargir l’espace budgétaire de l’État.

Dans un contexte où le Niger cherche à renforcer son autonomie financière, chaque franc fiscal récupéré devient un levier de souveraineté économique. Mais entre les milliards d’arriérés, le poids de l’informel et les faiblesses du recouvrement, le chantier reste immense.

 

La Voie du Sahel.

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