Le Premier ministre joue le rôle d’un chef d’orchestre administratif, tandis que le Chef de l’État et président du CNSP conserve la direction politique et stratégique du gouvernement
Le décret n° 2025-623/PRN du 28 octobre 2025, pris par le Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), précise les pouvoirs et les missions de coordination du Premier ministre du Niger dans le cadre de la transition politique en cours. Ce texte s’inscrit dans un contexte institutionnel particulier marqué par la suspension de la Constitution de 2010 et la mise en place de la Charte de la Refondation. Il traduit la volonté du régime de consolider l’appareil exécutif tout en maintenant une centralisation du pouvoir autour du Chef de l’État.
Le décret confère au Premier ministre un rôle de coordination de l’action gouvernementale, conformément aux orientations du CNSP. Il agit ainsi comme principal animateur de l’action de l’État dans les domaines administratif, économique, financier et social. À ce titre, il supervise la préparation et la mise en œuvre des programmes économiques et financiers pluriannuels, coordonne les activités des différents ministères et veille à la cohérence des politiques publiques. Ces fonctions témoignent d’une compétence administrative étendue, lui permettant d’assurer la continuité et l’efficacité de l’action gouvernementale.
Toutefois, le texte c’est confirme clairement que le Premier ministre n’est pas le chef du gouvernement au sens classique du terme. Il demeure placé sous l’autorité directe du Président du CNSP, Chef de l’État, dont il met en œuvre les orientations et les décisions. Sa mission s’apparente davantage à celle d’un coordonnateur qu’à celle d’un dirigeant politique autonome. Il dispose d’un pouvoir hiérarchique sur les ministres et les ministres délégués, peut prendre les actes réglementaires nécessaires à l’exécution de ses missions, préside le Conseil de Cabinet, autorise les missions gouvernementales et arbitre les différends entre départements ministériels. Néanmoins, toutes ces prérogatives s’exercent dans le cadre de la délégation du Chef de l’État, ce qui limite son autonomie politique.
Le décret souligne également que le Premier ministre est l’intermédiaire entre les ministres et le Président de la République. Cette disposition traduit une volonté d’organiser la communication et la coordination gouvernementale autour d’un centre administratif unique, sans pour autant transférer le pouvoir politique. En d’autres termes, le Premier ministre joue le rôle d’un chef d’orchestre administratif, tandis que le Chef de l’État conserve la direction politique et stratégique du gouvernement.
D’un point de vue institutionnel et politique, ce décret illustre la recherche d’un équilibre entre efficacité administrative et maintien du contrôle central. Le pouvoir exécutif reste concentré entre les mains du Président du CNSP, garant de la transition, mais une partie de la gestion quotidienne est confiée au Premier ministre pour renforcer la cohérence et la performance de l’action publique. Cette répartition témoigne d’une volonté de rationaliser le fonctionnement gouvernemental sans remettre en cause la primauté du Chef de l’État.
En définitive, le décret du 28 octobre 2025 consacre un Premier ministre doté de larges compétences administratives mais dépourvu d’autonomie politique réelle. Il est chargé de coordonner, d’animer et de superviser l’action gouvernementale, tout en restant subordonné au Chef de l’État. Cette configuration traduit une transition encore dominée par le CNSP, où la fonction de Premier ministre vise avant tout à assurer l’efficacité de l’appareil administratif et la mise en œuvre des orientations présidentielles, plutôt qu’à incarner un véritable partage du pouvoir exécutif.
Elhaji Abdoulmoumouni

