Mali/Russie : près d’un milliard de dollars pour la guerre, des résultats dérisoires sur le terrain.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
Depuis 2021, le Mali a engagé un tournant stratégique majeur en rompant progressivement avec ses partenaires occidentaux, notamment la France, pour s’adosser à une alliance militaire russe présentée comme une alternative souveraine et efficace. Cinq ans plus tard, le bilan financier et sécuritaire de cette option soulève de lourdes interrogations. Une enquête fouillée révèle une facture proche d’un milliard de dollars, pour des résultats jugés limités sur le terrain.
De Groupe Wagner à la Légion africaine : une continuité coûteuse
L’arrivée de Wagner au Mali faisait suite au retrait progressif des forces françaises et à la dégradation de la situation sécuritaire. Cette coopération, incarnée par le groupe de mercenaires dirigé par Evgueni Prigojine, devait permettre une réponse rapide et musclée face aux groupes armés et aux mouvements de l’Azawad.
Après la mort de Prigojine, Wagner a officiellement disparu au profit de la Légion africaine, une nouvelle structure directement rattachée à l’appareil sécuritaire russe et placée sous la supervision du renseignement militaire de Moscou, avec une chaîne de commandement remontant jusqu’au Kremlin. À Bamako, la construction symbolique d’une église orthodoxe au sein d’une base militaire a illustré la volonté d’ancrer durablement cette présence.
Des performances militaires contestées
Contrairement à Wagner, réputé pour sa flexibilité opérationnelle, la Légion africaine a montré des lenteurs inquiétantes dès ses débuts. Lors du siège imposé en 2025 autour de la capitale Bamako par le groupe jihadiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, son intervention pour sécuriser les convois stratégiques, notamment de carburant, a été tardive. Ces défaillances ont semé le doute jusque dans les rangs de l’état-major malien.
Des chiffres qui donnent le vertige
Le cœur de la polémique réside dans le coût financier de cette alliance. Selon les données révélées par l’enquête, un soldat russe coûte en moyenne 10 000 dollars par mois à l’État malien, incluant salaire, transport, soins et logistique.
En 2021, avec environ 1 000 mercenaires, la facture mensuelle atteignait déjà 10 millions de dollars.
Fin 2023, leur nombre est passé à 2 500, portant la dépense à 25 millions de dollars par mois.
Entre janvier 2023 et juillet 2025, Wagner aurait coûté près de 681 millions de dollars.
À cela s’ajoutent 202 millions de dollars pour le déploiement initial de la Légion africaine entre fin 2024 et fin 2025.
Au total, près de 900 millions de dollars auraient été engloutis, soit davantage que le budget annuel de défense du Mali, estimé à environ 531 milliards de francs CFA.
Des circuits financiers opaques
Plus troublant encore, le mode de financement. L’État malien aurait contourné le système bancaire classique en recourant au réseau informel « Hawala », reliant Bamako, Dubaï et Moscou. Ce dispositif aurait été supervisé au plus haut niveau du ministère de la Défense, impliquant plusieurs hauts gradés. En juillet 2023, ces responsables ont d’ailleurs été sanctionnés par les États-Unis pour leur rôle dans la coopération militaire et financière avec les forces russes.
Contrairement à d’autres pays africains, aucune rente économique parallèle – or ou bois – n’a permis d’alléger la charge. Le Trésor public malien a payé, en espèces, l’essentiel de la note.
Une alliance sous question
À l’heure où l’insécurité persiste et où les ressources publiques s’amenuisent, une question s’impose : le Mali peut-il durablement supporter le coût d’une alliance militaire aussi onéreuse pour des gains sécuritaires aussi incertains ? Derrière le discours de souveraineté, le partenariat russe apparaît de plus en plus comme un pari risqué, aux conséquences financières et politiques potentiellement lourdes pour l’avenir du pays.
Source: Fondation AL NAHDA MÉDIAS

