Niger : ces acteurs de la société civile qui changent de cap au gré des régimes.

Niger : ces acteurs de la société civile qui changent de cap au gré des régimes.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Au Niger, la période 2021-2026 restera sans doute comme l’une des plus révélatrices des contradictions de la société civile. Longtemps présentée comme un pilier de la démocratie et un rempart contre les dérives du pouvoir, une partie de cette société civile donne aujourd’hui l’image d’un acteur à la mémoire courte, capable de changer radicalement de posture au gré des circonstances politiques.
Entre la fin du régime civil renversé en juillet 2023 et l’installation du pouvoir militaire, certains acteurs ont effectué ce que de nombreux observateurs qualifient désormais de virage politique spectaculaire, passant d’un discours de contestation permanente à une posture de soutien quasi systématique au nouveau régime.

De la contestation sous les civils…

Entre 2021 et 2023, la société civile nigérienne s’est illustrée par une activité intense contre les autorités élues. Manifestations, conférences de presse, tribunes médiatiques et campagnes de dénonciation rythmaient alors la vie politique nationale.
La gouvernance, la lutte contre la corruption, la cherté de la vie ou encore les accords militaires avec les puissances occidentales constituaient des thèmes récurrents de mobilisation. Plusieurs organisations et leaders de la société civile se posaient alors en défenseurs intransigeants de la transparence et de la souveraineté nationale.
Dans l’espace public, la critique du pouvoir civil était constante et parfois virulente. Les autorités étaient régulièrement accusées d’incompétence, de compromission ou d’abandon des intérêts nationaux.

Au soutien affiché du pouvoir militaire
Le coup d’État du 26 juillet 2023 a brutalement reconfiguré ce paysage.

Alors que l’ordre constitutionnel venait d’être renversé, certains des mêmes acteurs qui dénonçaient hier les dérives du pouvoir civil se sont rapidement transformés en défenseurs ardents du nouveau régime militaire.
Manifestations de soutien, appels à la mobilisation patriotique, dénonciation des sanctions internationales et discours souverainistes sont devenus les nouveaux marqueurs d’une partie de la société civile.
Plus surprenant encore, plusieurs figures qui réclamaient hier davantage de démocratie se montrent aujourd’hui beaucoup plus silencieuses face aux restrictions des libertés publiques, aux arrestations de certains militants ou à la réduction de l’espace d’expression politique.
Cette évolution alimente l’idée d’une société civile à géométrie variable, dont les principes semblent parfois s’adapter aux circonstances politiques.
Une crédibilité fragilisée
Ce changement de posture n’est pas passé inaperçu dans l’opinion publique. Pour de nombreux Nigériens, il révèle un malaise plus profond : celui d’une société civile dont l’indépendance réelle est parfois questionnée.
Certains observateurs parlent désormais d’une « société civile d’alignement », où les positions politiques évoluent en fonction des opportunités, des alliances ou des rapports de force du moment.
Dans ce contexte, la frontière entre engagement citoyen et militantisme politique devient de plus en plus floue.
Le risque est évident : lorsque la société civile perd sa capacité à critiquer tous les pouvoirs de manière équitable, elle cesse d’être un contre-pouvoir crédible et devient un simple acteur du jeu politique.
Le défi de l’indépendance
Pourtant, l’histoire récente du Niger montre que la société civile peut jouer un rôle déterminant dans la défense des libertés et de la gouvernance démocratique.
Mais pour retrouver cette crédibilité, elle devra relever un défi essentiel : retrouver une indépendance réelle vis-à-vis de tous les pouvoirs, qu’ils soient civils ou militaires.
Car la société civile n’est pas censée soutenir un régime ou un autre. Sa mission est de défendre des principes : la transparence, la justice, les libertés publiques et l’intérêt général.
Si ces valeurs deviennent variables selon les régimes en place, alors la société civile risque de perdre ce qui constitue sa véritable force : la confiance des citoyens.
Et dans un pays confronté à des défis sécuritaires, économiques et politiques majeurs, cette confiance est plus que jamais indispensable.

La voie du Sahel.

Abdoulkarim Ousmane Mahamadou

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