Niger – Confédération AES : entre ambition stratégique et défis de mise en œuvre
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.
La séance de travail.présidée à Niamey par le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine autour de la préparation de l’An 2 de la Confédération AES marque une étape charnière pour l’avenir du projet d’intégration porté par l’Alliance des États du Sahel. À l’approche des rencontres de Ouagadougou, prévues du 24 au 26 février 2026, cette concertation vise à harmoniser les positions nigériennes et à clarifier les priorités communes dans un contexte régional toujours marqué par l’instabilité sécuritaire et les incertitudes économiques.
Sur le plan politique et institutionnel, l’initiative traduit une volonté affirmée de structurer l’espace AES au-delà des déclarations de principe. En cherchant à coordonner en amont les contributions nationales, les autorités nigériennes entendent renforcer la crédibilité du cadre confédéral et éviter les divergences qui ont, par le passé, affaibli d’autres projets d’intégration régionale. La tenue de ces travaux à Niamey illustre également l’implication directe de l’exécutif dans le pilotage du processus.
Toutefois, l’analyse critique impose de s’interroger sur la portée réelle des axes annoncés. La défense et la sécurité demeurent le socle de l’AES, notamment face à la menace terroriste persistante. Mais l’enjeu central reste la capacité des États membres à mutualiser efficacement leurs moyens, alors que les contraintes budgétaires et logistiques demeurent fortes. La coopération militaire, souvent mise en avant, gagnera à être évaluée à l’aune de résultats mesurables sur le terrain.
En matière diplomatique, l’harmonisation des positions apparaît pertinente dans un environnement international polarisé. Néanmoins, la Confédération devra trouver un équilibre entre affirmation de souveraineté collective et nécessité de partenariats extérieurs, indispensables au financement du développement. C’est précisément sur ce dernier volet que les attentes sont les plus fortes : sans avancées tangibles en matière de croissance inclusive, d’infrastructures et d’emplois, l’AES risque de peiner à convaincre les populations de sa valeur ajoutée.
Enfin, la consolidation de la coopération entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger constitue un test décisif. La planification stratégique engagée avant les assises de Ouagadougou est un signal positif. Reste à transformer cette volonté politique en actions coordonnées, durables et évaluables, condition sine qua non pour que l’An 2 de la Confédération AES ne soit pas seulement une continuité, mais un véritable tournant.

