Niger : coup de tonnerre sur la société civile, l’association REJEA dissoute par arrêté ministériel.

Niger : coup de tonnerre sur la société civile, l’association REJEA dissoute par arrêté ministériel.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Un nouvel acte administratif vient secouer le paysage de la société civile nigérienne. Par un arrêté signé le 24 mars 2026, le ministère de l’Intérieur a prononcé la dissolution de l’Association « Rencontre des Journalistes pour l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement (REJEA) », une structure engagée sur les questions d’accès à l’eau et de salubrité publique.

Le document officiel, signé par le ministre d’État en charge de l’Intérieur, le Général de division Mohamed Toumba, s’appuie sur un ensemble de textes juridiques encadrant la vie associative au Niger. Parmi eux figurent notamment l’ordonnance de 1984 sur le régime des associations, ainsi que les dispositions en vigueur depuis l’avènement du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) en juillet 2023.Selon l’article premier de l’arrêté, la dissolution de REJEA prend effet immédiatement à compter de sa date de signature. Une décision qui signifie l’interdiction formelle pour l’association de poursuivre ses activités, « directement ou indirectement », sur toute l’étendue du territoire national. Cette mesure s’inscrit dans le cadre des pouvoirs conférés à l’administration pour encadrer ou suspendre les organisations jugées en infraction avec les textes en vigueur.Au-delà de la dissolution, les autorités imposent une série d’obligations aux responsables de REJEA. Ces derniers disposent d’un délai de 30 jours pour procéder à la cessation complète des activités de l’organisation. Cela inclut la production d’un rapport moral et financier de clôture, la transmission des états financiers accompagnés des relevés bancaires, ainsi qu’une déclaration exhaustive du patrimoine de l’association.Par ailleurs, les biens meubles et immeubles de REJEA feront l’objet d’un inventaire contradictoire, conformément à la réglementation. Une procédure qui vise à garantir la transparence dans la gestion des actifs de l’organisation dissoute.

Le texte précise également que toute violation des dispositions de cet arrêté expose les contrevenants à des sanctions administratives et pénales, en référence notamment aux lois encadrant la liberté de la presse et les activités associatives.Si les motifs précis de cette dissolution ne sont pas explicitement détaillés dans le document, cette décision intervient dans un contexte de réorganisation profonde de l’espace civique nigérien depuis les changements politiques de 2023. Plusieurs observateurs notent un durcissement du contrôle étatique sur les organisations de la société civile et les structures liées aux médias.

La REJEA, qui réunissait des journalistes engagés sur les questions d’eau, d’hygiène et d’assainissement, jouait un rôle de sensibilisation sur des enjeux cruciaux pour les populations, notamment en milieu rural.

Désormais dissoute, son avenir institutionnel est scellé, mais cette décision soulève déjà des interrogations sur l’évolution du cadre d’expression des organisations citoyennes au Niger.

LA VOIE DU SAHEL

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