Niger : Gazali Abdou Tasawa, correspondant de la Deutsche Welle, détenu arbitrairement pour un reportage sur la vie des migrants nigérians

Niger : Gazali Abdou Tasawa, correspondant de la Deutsche Welle, détenu arbitrairement pour un reportage sur la vie des migrants nigérians

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement la détention arbitraire du journaliste Gazali Abdou Tasawa, correspondant au Niger du média international allemand Deutsche Welle (DW), incarcéré le 23 janvier 2025 à Niamey. Sa seule faute : avoir réalisé un reportage sur les conditions de vie de migrants nigérians à Niamey, diffusé le 15 janvier 2025. RSF rappelle que le journaliste n’a fait qu’exercer son métier et appelle les autorités nigériennes à le libérer immédiatement.

D’après les informations recueillies par RSF, le journaliste Gazali Abdou Tasawa – employé par la DW depuis près de 15 ans et dont le travail est reconnu par ses pairs au Niger et à la rédaction centrale du média public allemand – est accusé de “diffusion de reportages pouvant créer des troubles à l’ordre public” sur la base de la loi sur la cybercriminalité. Il a été placé en détention à la prison civile de Niamey le 23 janvier 2025. Une source proche du journaliste indique qu’il avait d’abord été convoqué le 21 janvier, entendu par la police judiciaire et le procureur, puis autorisé à repartir libre. Les deux jours suivants, le journaliste a enchaîné les allers-retours entre les locaux de la police judiciaire et le palais de justice, avant son placement sous mandat de dépôt en fin de journée le 23 janvier.

Le reportage en cause, que Gazali Abdou Tasawa a réalisé en langue haoussa et diffusé  par la DW six jours avant sa première convocation, traite des conditions de vie de migrants et réfugiés nigérians à Niamey. Le reportage donne la parole à des dizaines de personnes, en majorité des femmes et des enfants, dont certaines ont fui les attaques du groupe djihadiste Boko Haram au Nigéria. Plusieurs personnes interrogées racontent avoir été chassées de leur logement par les autorités nigériennes dans différents quartiers de la ville de Niamey et avoir dû, alors, se réfugier près d’un cimetière, privées de toit et de nourriture. Le reportage met en lumière la situation des quelque 1 300 réfugiés nigérians à Niamey – selon les chiffres des autorités. Une situation jugée “particulièrement douloureuse” par le ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré, qui a d’ailleurs rencontré une délégation de l’ambassade du Nigéria au Niger, le 20 janvier. 

“En documentant la situation de migrants nigérians en détresse à Niamey, Gazali Abdou Tasawa n’a fait qu’exercer son métier de journaliste, dans le respect du droit du public à une information libre et indépendante. Son arrestation est une atteinte grave à la liberté d’informer et s’inscrit dans une série préoccupante de détentions arbitraires de journalistes depuis l’arrivée de la junte au pouvoir. Nous appelons les autorités nigériennes à le libérer immédiatement et à mettre un terme aux intimidations et au harcèlement visant les professionnels des médias dans l’exercice de leur mission.

Sadibou Marong

Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

“Nous sommes  très préoccupés par l’arrestation de notre collègue de longue date et exigeons sa libération immédiate. Il est impératif de garantir que nos employés puissent exercer leur métier de journaliste librement et sans intimidation”, a réagi Nadja Scholz, directrice de la programmation de la DW sur le site du média, qui déclare être en “contact étroit” avec les proches du journaliste, son avocat et des autorités locales.

L’arrestation de Gazali Abdou Tasawa s’inscrit dans un contexte de répression accrue contre les journalistes et les médias au Niger. Depuis l’avènement du pouvoir militaire dirigé par le général Abdouramane Tiani, une dizaine de journalistes ont été arrêtés arbitrairement. Si le directeur de l’hebdomadaire Le CourrierAli Soumana, a été libéré le 22 janvier 2025 après plus de quatre mois de détention, cinq autres professionnels des médias, dont Hamid MahmoudIbro ChaibouOumarou Abou Kané et Youssouf Sériba demeurent détenus. Le directeur du journal régional Toubal InfoHassane Zada, a quant à lui été condamné à trente mois de prison ferme pour propos jugés “injurieux” envers le chef de la junte.

Source: Reporters sans frontières (RSF)

LA VOIE DU SAHEL

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