Niger : l’omerta inquiétante face à l’asphyxie de la liberté de la presse et d’expression.

Niger : l’omerta inquiétante face à l’asphyxie de la liberté de la presse et d’expression.

Par Na Maïlaya Gado.

Depuis plusieurs mois, un silence pesant s’est installé dans l’espace public nigérien. Un silence qui ne dit pas l’apaisement, mais plutôt la peur, l’autocensure et la résignation. Journalistes, acteurs de la société civile, activistes et lanceurs d’alerte, jadis en première ligne pour défendre la démocratie et les libertés fondamentales, semblent aujourd’hui frappés par une forme d’omerta face à la dégradation manifeste de la liberté de la presse et d’expression au Niger.

Sous le régime militaire installé à Niamey, la critique est devenue un acte à haut risque. Des journalistes, des citoyens ordinaires, mais aussi des voix engagées sur les réseaux sociaux ont été interpellés, détenus, voire incarcérés pour des opinions jugées « subversives », « démoralisantes » ou simplement contraires à la ligne officielle. Cette situation marque une rupture nette avec les principes universels de liberté d’expression et d’information, pourtant garantis par la Constitution et par les engagements internationaux du Niger.Le plus préoccupant reste cependant le mutisme de ceux qui, par vocation ou par engagement, devraient alerter l’opinion nationale et internationale. Dans les rédactions, la prudence a remplacé l’audace. Les enquêtes sensibles sont abandonnées, les éditoriaux édulcorés, et les sujets politiques traités avec une extrême réserve. Beaucoup de journalistes reconnaissent, à demi-mot, pratiquer l’autocensure pour éviter des représailles. La peur de l’arrestation arbitraire, de la fermeture des médias ou de pressions économiques pèse lourdement sur les consciences.

La société civile, longtemps présentée comme le contre-pouvoir par excellence, donne également le sentiment de battre en retraite. Certaines organisations, autrefois très actives dans la défense des droits humains, se contentent désormais de communiqués vagues ou d’un silence stratégique. Quant aux activistes et lanceurs d’alerte, ils sont devenus des cibles privilégiées, accusés de saper l’unité nationale ou de travailler pour des intérêts étrangers. Ce climat délétère a contribué à étouffer le débat public et à réduire drastiquement l’espace civique.

Pourtant, l’histoire récente du Niger montre que la liberté d’expression n’a jamais été un luxe, mais un rempart contre l’arbitraire. En criminalisant la critique et en assimilant toute opinion divergente à une menace, le pouvoir militaire fragilise la cohésion sociale et alimente une frustration silencieuse. Car bâillonner la parole ne fait pas disparaître les problèmes ; cela les enfouit jusqu’à ce qu’ils resurgissent de manière plus violente.

L’omerta actuelle pose également la question de la responsabilité collective. Peut-on durablement accepter que des journalistes soient privés de liberté pour avoir fait leur travail ? Peut-on se taire lorsque des citoyens sont incarcérés pour un post, une analyse ou une opinion ? Le silence, dans ce contexte, devient une forme de complicité involontaire. Il conforte les autorités dans l’idée que la répression est tolérée, voire acceptée.

À long terme, cette situation risque d’isoler davantage le Niger sur la scène internationale et de ternir son image. Les partenaires, les organisations de défense des droits humains et les observateurs indépendants suivent de près l’évolution des libertés publiques. Un pays qui étouffe sa presse et muselle ses citoyens se prive aussi d’un levier essentiel de développement et de stabilité.

Briser l’omerta est aujourd’hui un impératif. Journalistes, acteurs de la société civile et citoyens doivent retrouver le courage de défendre, collectivement et pacifiquement, la liberté d’expression. Car sans une presse libre et des voix critiques, aucune refondation, aucun projet national, aussi ambitieux soit-il, ne peut réellement prospérer. La parole n’est pas un crime ; elle est le fondement même d’une société vivante et responsable.

LA VOIE DU SAHEL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *