Niger : sortir de l’impasse sécuritaire et socio-économique, sans tabous ni invectives.

Niger : sortir de l’impasse sécuritaire et socio-économique, sans tabous ni invectives.

Chronique de la semaine

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Le Niger traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire récente. Sur le plan sécuritaire, les attaques terroristes persistent, notamment dans les zones frontalières, fragilisant les communautés rurales, désorganisant les circuits économiques et accentuant le déplacement des populations. Sur le plan socio-économique, la situation demeure tout aussi préoccupante : baisse du pouvoir d’achat, chômage des jeunes, pression sur les services sociaux de base et incertitudes liées aux sanctions et à l’isolement diplomatique.
Dans ce contexte difficile, une question sensible mais incontournable mérite d’être posée sans passion excessive : la recherche d’une sortie de crise durable peut-elle faire l’économie d’un débat sur la réhabilitation des partis politiques et la recomposition de la gouvernance de l’État ? Autrement dit, faut-il continuer à gouverner sans les acteurs politiques traditionnels ou envisager, avec prudence et responsabilité, une forme d’inclusion politique maîtrisée ?
Il serait intellectuellement malhonnête d’ignorer que les partis politiques ont, par le passé, contribué à l’affaiblissement de l’État par des pratiques souvent décriées : clientélisme, mauvaise gouvernance, instrumentalisation communautaire. Mais il serait tout aussi réducteur de considérer l’ensemble de la classe politique comme un bloc homogène et définitivement disqualifié. Dans toute société, des femmes et des hommes politiques ont accumulé une expérience de gestion, une connaissance fine des territoires et des réseaux sociaux qui peuvent, s’ils sont encadrés, contribuer à la stabilisation du pays.
La lutte contre le terrorisme et la relance économique ne peuvent reposer uniquement sur l’outil militaire ou sur une gouvernance exclusivement technocratique. Elles nécessitent une adhésion populaire large, une mobilisation nationale et un consensus minimal autour des grandes orientations de l’État. Or, les partis politiques, malgré leurs limites, restent des canaux structurés d’expression citoyenne et de médiation sociale.
Réhabiliter ne signifie pas restaurer à l’identique. Il s’agirait plutôt de redéfinir les règles du jeu, d’exiger des partis une rupture claire avec les pratiques du passé, une transparence financière et un engagement sans ambiguïté pour la souveraineté et l’intérêt national. Composer avec certains acteurs ne doit pas être perçu comme un renoncement, mais comme un pragmatisme politique au service de la paix et de la stabilité.
Cette chronique n’apporte pas de réponse définitive. Elle invite plutôt les Nigériens, toutes sensibilités confondues, à un débat franc, serein et responsable, débarrassé des injures, des invectives et des procès d’intention. Le Niger a besoin de lucidité, d’écoute mutuelle et de courage collectif pour tracer le chemin d’une sortie de crise durable.

LA VOIE DU SAHEL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *