NIGER–TCHAD : LE BRASIER DE TROP DOIT ÊTRE ÉTEINT AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD.

NIGER–TCHAD : LE BRASIER DE TROP DOIT ÊTRE ÉTEINT AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD.

Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou.

Dans un Sahel déjà meurtri par l’insécurité, les tensions diplomatiques et les difficultés économiques, une escalade entre Niamey et N’Djamena serait une aventure dangereuse dont les populations paieraient le prix fort. Face aux crispations, l’heure n’est ni aux surenchères verbales ni aux démonstrations de force, mais à la retenue, au dialogue et à la responsabilité politique.

Deux voisins, un destin lié.

Le Niger et le Tchad ne peuvent se permettre de transformer leurs différends en une crise durable. Liés par leur appartenance à l’espace sahélien, confrontés à des défis sécuritaires similaires et aux attentes pressantes de leurs populations, les deux pays ont davantage à gagner dans la coopération que dans l’affrontement.
La région n’a nul besoin d’une nouvelle fracture diplomatique. Les menaces terroristes, les déplacements de populations, la fragilité des économies et les difficultés quotidiennes des ménages constituent déjà des défis considérables.
Ajouter à cette réalité une crise ouverte entre deux États voisins reviendrait à alourdir un fardeau que les populations supportent depuis trop longtemps.

Une crise diplomatique n’est pas une fatalité.

Elle le devient lorsque l’orgueil prend le pas sur la raison et que les déclarations publiques remplacent les canaux de négociation.

La surenchère, une impasse dangereuse.

Dans un contexte régional particulièrement sensible, chaque déclaration officielle, chaque accusation et chaque geste politique doivent être mesurés à l’aune de leurs conséquences. Les mots peuvent envenimer une situation déjà fragile. Les décisions précipitées peuvent, quant à elles, réduire les marges de négociation et rendre le compromis plus difficile.
Niamey comme N’Djamena doivent donc faire preuve de sang-froid. La fermeté diplomatique n’exclut pas la modération. Défendre ses intérêts nationaux ne signifie pas fermer la porte au dialogue, encore moins exposer les populations aux conséquences d’un bras de fer dont elles ne maîtrisent ni les ressorts ni l’issue.
Les autorités des deux pays gagneraient à privilégier les échanges directs, les mécanismes diplomatiques existants et, si nécessaire, une médiation régionale acceptée par les parties. L’objectif ne doit pas être de désigner un vainqueur politique, mais de trouver une issue qui préserve la dignité des États et les intérêts de leurs citoyens.

La raison doit l’emporter.

Le Niger et le Tchad doivent se garder de toute décision susceptible d’aggraver inutilement leurs relations. Les peuples ne demandent pas des démonstrations d’hostilité supplémentaires. Ils attendent des dirigeants qu’ils protègent leur sécurité, défendent leurs intérêts et préservent les conditions de la paix.
L’histoire diplomatique enseigne qu’aucune crise n’est résolue par les seules postures de défi. Le dialogue exige du courage, la retenue de la maturité et le compromis une véritable vision politique.
Niamey et N’Djamena doivent entendre cet avertissement : dans le Sahel, la paix est trop précieuse pour être sacrifiée sur l’autel des rivalités. Avant que la tension ne se transforme en rupture, il est encore temps de faire taire les tambours de l’escalade et de laisser parler la raison.

La Voie du Sahel

FacebookMastodonEmailWhatsAppTelegramTwitter
CATEGORIES
Share This

COMMENTS

Wordpress (0)
Disqus ( )