13 décembre 1998 – 13 décembre 2025 : Norbert Zongo, la plume que les balles n’ont pas fait taire.
Il y a des morts qui refusent le silence. Vingt-sept ans après son assassinat, la voix de Norbert Zongo continue de résonner dans la conscience du Burkina Faso et bien au-delà, comme un rappel permanent du prix de la vérité face à l’arbitraire.
Le 13 décembre 1998, le journaliste burkinabè Norbert Zongo est retrouvé calciné dans son véhicule, sur la route de Sapouy, aux côtés de ses compagnons Ernest Zongo, Blaise Ilboudo et Marcel Kafando. Leur crime n’était ni le vol ni la rébellion armée : ils enquêtaient. Norbert Zongo, directeur de publication de L’Indépendant, s’était engagé dans une investigation sensible sur la mort de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère du président d’alors. Une enquête de trop pour un régime qui ne tolérait ni la lumière ni la contradiction.
À cette époque, le Burkina Faso vivait sous le pouvoir du capitaine Blaise Compaoré, arrivé au sommet de l’État le 15 octobre 1987 par un coup d’État militaire sanglant, au terme duquel fut assassiné son compagnon d’armes et président en exercice, le capitaine Thomas Sankara. Deux figures, deux trajectoires opposées, mais un même point de convergence dans l’histoire : la violence politique comme mode de gouvernement et le silence imposé comme doctrine.
Norbert Zongo savait les risques. Il les assumait. Dans ses éditoriaux, il dénonçait l’impunité, la corruption, les crimes d’État, et refusait de se plier à l’autocensure. « Le mal ne triomphe que par l’inaction des hommes de bien », écrivait-il. Sa plume était tranchante, son verbe libre, son engagement total. Il ne militait pas pour un parti, mais pour un principe : le droit du peuple à la vérité.
Son assassinat a provoqué une onde de choc nationale et internationale. Des manifestations massives ont secoué le Burkina Faso, donnant naissance au Collectif contre l’impunité et marquant un tournant dans la conscience citoyenne. Pourtant, malgré les enquêtes, les commissions et les promesses, la justice n’a jamais totalement réparé ce crime. L’ombre de l’impunité continue de planer sur cette affaire emblématique.
Rendre hommage à Norbert Zongo aujourd’hui, c’est rappeler que le journalisme n’est pas un crime. C’est honorer tous ceux qui, au Sahel et en Afrique, risquent leur liberté ou leur vie pour informer. C’est aussi interroger nos États : peut-il y avoir stabilité durable sans justice, ni démocratie sans presse libre ?
À La Voie du Sahel, nous saluons la mémoire d’un homme debout, d’un journaliste intègre, d’un Africain qui a choisi la vérité plutôt que la peur. Norbert Zongo est tombé, mais son combat demeure. Tant que la lumière sera recherchée, son nom restera vivant.
Norbert Zongo, présent.
La vérité, elle, ne meurt jamais.

