Par 524 voix, le Parlement européen exige la libération immédiate de Mohamed Bazoum.
Par Abdoulkarim Ousmane Mahamadou
Le Parlement européen a adopté, ce jeudi 12 mars, une résolution exigeant la libération immédiate du président nigérien renversé, Mohamed Bazoum. Le texte, référencé RC10-0159/2026, a été approuvé à une écrasante majorité : 524 voix pour, seulement 2 contre et 29 abstentions sur 555 parlementaires votants. Un vote massif qui traduit la fermeté de l’assemblée européenne face à la situation politique au Niger depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.
À travers cette résolution, le Parlement européen considère que la détention de Mohamed Bazoum par les autorités militaires nigériennes constitue une « détention arbitraire » et demande sa libération sans condition. Les eurodéputés dénoncent également les restrictions aux libertés politiques et civiles observées dans le pays depuis l’arrivée au pouvoir des militaires.
Pour les institutions européennes, la situation de l’ancien président demeure un symbole du retour des ruptures constitutionnelles en Afrique de l’Ouest. Dans leur texte, les parlementaires appellent les autorités nigériennes à respecter l’État de droit, les droits fondamentaux et les engagements internationaux du Niger en matière de gouvernance démocratique.Depuis le renversement du régime civil par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), dirigé par le général d’armée Abdourahamane Tiani, Mohamed Bazoum et certains membres de sa famille sont maintenus en résidence surveillée dans l’enceinte de la présidence à Niamey.
Malgré les nombreuses pressions internationales, les autorités militaires nigériennes ont jusqu’ici refusé toute libération de l’ancien chef d’État.Cette nouvelle résolution européenne s’inscrit dans une série de prises de position des partenaires occidentaux depuis le coup d’État. L’Union européenne avait déjà suspendu plusieurs programmes de coopération et exprimé à plusieurs reprises son inquiétude quant à la situation politique et aux droits humains dans le pays.
Cependant, cette position européenne intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Niamey et plusieurs capitales occidentales. Depuis 2023, les autorités nigériennes accusent certains partenaires internationaux d’ingérence dans les affaires internes du pays et affirment poursuivre une politique de souveraineté nationale.
Dans les milieux politiques nigériens, cette résolution du Parlement européen pourrait être interprétée comme une nouvelle pression diplomatique sur la junte. Mais il reste incertain que ce vote entraîne un changement immédiat de position des autorités militaires.Plus largement, cette décision illustre la persistance du bras de fer entre les institutions européennes et les nouveaux régimes militaires du Sahel. Dans un contexte régional marqué par les transitions militaires au Niger, au Burkina Faso et au Mali, la question de la légitimité politique et du respect des normes démocratiques demeure au cœur des tensions entre l’Afrique sahélienne et ses partenaires occidentaux.
Pour Niamey, la priorité affichée reste la sécurité et la reconquête de la souveraineté nationale. Pour Bruxelles, la libération de Mohamed Bazoum demeure un préalable essentiel à tout retour à l’ordre constitutionnel. Un désaccord profond qui continue de nourrir l’impasse politique entre le Niger et ses partenaires européens.
La voie du Sahel.

