Pourquoi Tiani n’a pas parlé le 17 décembre…

Pourquoi Tiani n’a pas parlé le 17 décembre…


(Editorial de Soumana Idrissa Maïga, Quotidien L’Enquêteur, article hors parution du 17 décembre 2025)

Ce 17 décembre 2025 restera sans doute gravé comme le moment où la Refondation nigérienne a franchi un nouveau Rubicon symbolique.

Alors que les citoyens attendaient, comme le veut une tradition républicaine immuable, l’allocution du Chef de l’État à la veille de la fête de la République, les écrans de la télévision nationale sont restés orphelins de l’image du Général Tiani.
Ce silence n’est pas un oubli. À ce niveau de responsabilité, et dans un contexte de refondation politique aussi intense, le silence est un message. Il hurle ce que le CNSP ne veut peut-être pas encore écrire dans un décret : la mort symbolique de la République du 18 décembre 1958.
L’an dernier, le général s’était plié à l’exercice. Mais deux ans et demi après le coup d’État du 26 juillet 2023, la rupture idéologique semble désormais totale. Pourquoi célébrer une date qui rappelle la proclamation de la République au sein de la Communauté française, alors que le régime a fait de la « souveraineté retrouvée » et de la rupture avec l’ex-puissance coloniale sa raison d’être ? En se taisant, le Général Tiani tente probablement de dévitaliser l’ancien calendrier pour mieux imposer le sien, celui de la « Refondation ».
Pourtant, cette stratégie du vide est à double tranchant. Gouverner, c’est aussi rassurer. Dans un pays éprouvé par les défis sécuritaires et le coût de la vie, la parole présidentielle est un repère. L’absence d’explication officielle transforme ce choix politique en une source d’anxiété populaire. Ce mutisme ouvre la brèche à toutes les spéculations : Une hésitation stratégique ? Une volonté d’effacer les symboles de la République civile pour installer de nouveaux repères ? Ou un mépris des formes institutionnelles ?
En choisissant de ne pas s’adresser à la Nation, le Général Tiani acte que la légitimité du pouvoir ne réside plus dans les rituels hérités, mais dans l’action brute. Mais même dans ce cas, ne rien dire à la veille du 18 décembre, c’est envoyer un message…
Car si l’on peut effacer une date d’un trait de plume ou d’un silence radio, on ne comble pas l’attente d’un peuple par le vide. Ce 18 décembre 2025 ne sera donc pas une fête, mais un constat : l’ancienne République est en train de s’éteindre. Mais sans cap annoncé, sans parole mobilisatrice, le peuple risque de ne plus savoir dans quelle direction il marche.
L’enquêteur.

LA VOIE DU SAHEL