Réunion de l’International Socialiste: Issoufou Mahamadou milite pour la paix à travers l’instauration d’un nouvel ordre mondial
La Valette, capitale de la République de Malte, a accueilli la réunion du Conseil de l’Internationale Socialiste (I.S) les 28 et 29 novembre 2025. A cette grande rencontre de l’organisation politique internationale qui regroupe la majeure partie des partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes du monde ainsi que certains démocrates, le Président de la Fondation Issoufou Mahamadou, ancien Président de la République du Niger, Président d’honneur de l’IS était invité. Il a, à cette occasion de grands échanges sur les nouvelles dynamiques sociales et politiques mondiales, présenté une communication sur le thème : « Diriger ensemble : coopération multilatérale pour la consolidation de la paix».
L’ancien Président de la République du Niger a défendu l’idée d’une paix durable dans le monde à travers un changement de paradigme notamment sur la nécessité d’une équité économique entre le Nord et le Sud, la promotion d’une gouvernance mondiale démocratique sur le plan politique comme sur le plan économique, la promotion de l’égalité et la liberté, l’instauration d’une nouvelle architecture financière internationale, bref l’instauration d’un nouvel ordre économique international. Un message qui a capté l’attention des participants venus des cinq continents qui ont salué la vision de cet homme d’Etat visionnaire dont l’expertise a fait bouger beaucoup de lignes à travers le monde.
Lisez plutôt l’allocution qu’il a prononcée à l’occasion du Conseil de l’IS à La Valette.
Allocution du Président de la Fondation Issoufou Mahamadou (FIM) au Conseil de l’IS
(La Valette 28 et 29 Novembre 2025)
THEME : « Diriger ensemble : coopération multilatérale pour la consolidation de la paix»
Chers amis,
L’affrontement armé est la manifestation la plus inacceptable de l’injustice dans les rapports sociaux disait Jean Jaurès avant de poursuivre : «Les budgets de la guerre s’enflent et montent partout d’année en année, et la guerre, maudite de tous, redoutée de tous, réprouvées de tous, peut, à tout moment, éclater sur tous. D’où vient cela ?…..Je dois dire ici tout d’abord quelle est, selon nous, la raison profonde de cette contradiction, de ce perpétuel péril de guerre au milieu de l’universel désir de la paix. Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir ; tant que cette classe privilégiée, pour se préserver contre tous les sursauts possibles de la masse, s’appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines armées de métier des républiques oligarchiques ; tant que le césarisme pourra profiter de cette rivalité profonde des classes pour les duper et les dominer l’une par l’autre, écrasant au moyen du peuple aigri les libertés parlementaires de la bourgeoisie, écrasant ensuite, au moyen de la bourgeoisie gorgée d’affaires, le réveil républicain du peuple ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. C’est de la division des classes et des intérêts dans chaque pays que sortent les conflits entre les nations… ».
Héritier du système esclavagiste et de la colonisation, l’ordre mondial actuel secrète les affrontements armés et crée l’instabilité et le chaos. Sa gouvernance politique et économique n’est pas démocratique.
Le passif de son bilan est plutôt lourd : deux guerres mondiales avec environ 100 millions de victimes civiles et militaires, des guerres majeures, des guerres de faible et moyenne intensité, le terrorisme, le crime organisé, les migrations, la cybercriminalité, les cyberattaques, les ingérences, l’échange inégal, les dettes usuraires, l’aggravation des inégalités, la persistance de la pauvreté et de la faim, la violation massive des droits humains comme l’illustre la grave situation de Gaza, les épidémies, le dérèglement climatique, bref, la division de l’humanité en maîtres et esclaves. A cette liste on peut ajouter le populisme, inséparable du nationalisme. Or, parce qu’il est la haine de l’autres, le nationalisme, c’est la guerre !
Chers amis
Caractérisé par des rivalités géopolitiques, géostratégiques et géoéconomiques, cet ordre porte en lui, permettez-moi de paraphraser, à nouveau, Jean Jaurès, la guerre et les calamités de toutes sortes comme la nuée porte l’orage.
Voilà pourquoi les dépenses militaires s’emballent depuis 10 ans : en 2024, elles ont fait un bon de 9,4%, pour passer à 2718 milliards de dollars.
Les conflits touchent un quart des pays de la planète. Sans être exhaustif, citons :
– la guerre Russie-Ukraine qui incite à la montée en puissance des armées des pays de l’UE, vieille querelle géopolitique qui remonte au moins à la guerre de Crimée des années 1853-1856, presque contemporaine du « Grand Jeu », cette rivalité géopolitique qui opposa la Russie à la Grande-Bretagne et qui a vu la création d’un Etat-tampon, l’Afghanistan
– Celle de la Palestine, conséquence lointaine de l’accord Sykes-Picot entre la Grande et la France et de la déclaration Balfour obtenue en contrepartie du lobbying en vue de faire entrer les USA, au côté des alliés, dans la première guerre mondiale et
– Celle du Yémen, le chaos Somalien, le chaos Libyen, œuvre «de missionnaires armés », l’embrasement subséquent du Sahel et du bassin du lac Tchad et peut-être, si on n’y prend garde, du golfe de Guinée, la guerre civile, la pire des guerres, au Soudan, le conflit dans la région des Grands Lacs etc…..
Ce n’est pas un hasard si les théâtres de ces guerres recouvrent des espaces où sont localisées d’importantes ressources naturelles ou des zones considérées comme stratégiques.
En particulier, aujourd’hui, la compétition est âpre pour l’accès aux minéraux dits critiques (cobalt, manganèse, cuivre, lithium, platine, graphite, terres rares) indispensables à la transition énergétique. Cette compétition se traduit par l’exacerbation de la concurrence technologique et militaire notamment entre les deux premières puissances économiques mondiales.
La puissance montante, cherche, naturellement, à prendre la place de la puissance dominante. Cette dernière, quant à elle, cherche à l’en empêcher.
Sur la base de l’expérience passée (12 cas sur 16), la probabilité est de 75% pour que les deux rivaux tombent dans le piège de Thucydide.
S’ils ne privilégient pas le dialogue et la coopération, si la dissuasion nucléaire ne fonctionne pas, si la prudence et la réflexion cèdent le pas à la peur et à l’orgueil, la guerre, entre les deux est fort probable.
Mesdames et Messieurs
L’ordre actuel, par essence, ne permet donc pas de diriger ensemble pour consolider la paix. Le système mis en place au lendemain de la seconde guerre mondiale n’a jamais bien fonctionné. Il est plombé par un lourd passif.
Nous en avons fait le triste constat au Sahel, confronté au terrorisme depuis douze ans. Les pays du Sahel avaient, en effet, tenté de mutualiser leur capacité opérationnelle et de renseignement mais ont vu la communauté internationale refuser de doter la force conjointe qu’ils ont mise en place d’un mandat offensif sous le chapitre 7 de la charte des Nations-Unies. En plus, il fut mis en place une mission des Nation Unies, très coûteuses pour maintenir la paix, et donc sans mandat offensif, alors que la situation exige d’imposer la paix.
Par conséquent, pour «diriger ensemble » et promouvoir la « coopération multilatérale pour la consolidation de la paix », il faut changer de paradigme. Il faut un nouvel ordre mondial.
Cela fait des années qu’on en parle. Je me rappelle des débats, pendant les années 1970, sur le Nouvel Ordre Economique International. Faute de forces capables de porter cette grande vision, en lieu et place, nous avions eu le « consensus de Washington»
Chers Camarades,
Le nouveau paradigme doit promouvoir une gouvernance mondiale démocratique sur le plan politique comme sur le plan économique. Il doit résoudre de manière correcte le problème fondamental de l’organisation de la production et de la répartition équitable des richesses.
Cela suppose une réforme en profondeur des Nations Unies, notamment du Conseil de sécurité, paralysé par le droit de veto. Cela suppose une réforme en profondeur des autres institutions internationales.
Le nouveau paradigme doit promouvoir l’égalité et la liberté, ces valeurs jumelles qui ont été portées, de tout temps, par le socialisme démocratique.
Le nouveau paradigme doit éradiquer la pauvreté, relever le défi sécuritaire et climatique, mettre fin à l’échange inégal et réformer l’Architecture Financière Internationale.
En particulier, le nouveau paradigme doit permettre à l’Afrique de réaliser les ambitions de l’agenda 2063, notamment de mettre en place des institutions démocratiques adaptées et stables, de promouvoir le capital humain de faire taire les armes, d’accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf, des plans de développement des infrastructures, des industries, de l’agriculture, créer des emplois pour les millions de jeunes qui ne seront plus tentés par l’aventure périlleuse de la migration clandestine et promouvoir une croissance économique inclusive et forte.
Les partis socialistes et l’Internationale Socialiste sont les mieux placés pour prendre en charge ces grands défis de notre époque. Ils doivent se doter d’une feuille de route claire en vue de la réalisation de ce projet ambitieux.
Je vous remercie


